Le nouveau visage de l’Eurogroupe

Jeroen Dijsselbloem, le nouveau président de l’Eurogroupe, à son arrivée à la réunion devant entériner sa nomination.
Photo: Geert Vanden Wijngaert - Associated Press Jeroen Dijsselbloem, le nouveau président de l’Eurogroupe, à son arrivée à la réunion devant entériner sa nomination.

« L’Eurogroupe a aujourd’hui désigné Jeroen Dijsselbloem comme son président pour les deux ans et demi à venir », ont indiqué les ministres des Finances de l’union monétaire dans un communiqué à l’issue d’une réunion à Bruxelles.


« C’est une bonne décision », a immédiatement réagi le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, qui soutenait ouvertement cette candidature, tandis que le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, saluait un « bon choix ».


M. Juncker a fait part de sa « satisfaction de pouvoir quitter ce poste à lourde responsabilité et de voir M. Dijsselbloem » lui succéder. « C’est vrai qu’il n’a pas un parcours de service aussi long que le mien, mais je suis convaincu qu’il remplira cette fonction avec beaucoup de conviction car il est un Européen convaincu », a assuré le premier ministre Luxembourgeois.


« C’est la fin d’une ère », a commenté Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques en faisant référence au départ de M. Juncker.


Inconnu du grand public, M. Dijsselbloem, 46 ans, tout nouveau ministre des Finances de son pays, a été désigné l’unanimité moins l’Espagne, qui s’est abstenue.


M. Dijsselbloem a distribué à ses collègues une lettre dont l’AFP a obtenu copie, et dans laquelle il insiste sur la nécessité de « promouvoir une approche équilibrée », en reconnaissant qu’il faut à la fois « de la discipline et de la solidarité ». Il y souligne « les défis qui restent à relever » et la nécessité « non seulement d’améliorer la viabilité de nos finances publiques mais aussi la compétitivité, de lutter contre les déséquilibres et de soutenir la croissance et l’emploi ».

 

Un fin stratège


Jeroen Dijsselbloem [prononcer : Yé-roun deille-seul-bloum] est décrit comme un médiateur d’exception et un fin stratège, atouts de taille pour coordonner la politique économique d’une zone euro en crise.


Âgé de 46 ans, il n’a que 11 semaines d’expérience en tant que ministre, après des années à jouer des seconds rôles. Il était relativement inconnu, même dans son propre pays, au moment de prendre le portefeuille des Finances.


« Stratège époustouflant », selon le quotidien économique Financieel Dagblad, « un brin guindé et loyal comme un chien guide d’aveugle », selon le quotidien de centre gauche De Volkskrant, M. Dijsselbloem, la chevelure brune bouclée surmontant un large front et un visage souvent un peu pincé, est « un homme aimable derrière un masque rigide », selon le quotidien protestant Trouw.


Sa personnalité réservée l’a longtemps tenu à l’écart des médias. Selon Trouw, « il ne cherchait pas les caméras et les caméras ne le cherchaient pas, il semble ennuyeux et austère ».


« C’est un homme très sympathique dans le privé », assure pourtant à l’AFP Staf Depla, qui a été avec M. Dijsselbloem et l’actuel chef de file travailliste Diederik Samsom un des « Ingénieurs rouges ».


Ces trois travaillistes avaient pris ce nom lors d’une campagne électorale pour les élections législatives de 2003 en référence à leurs études scientifiques. Ils avaient sillonné les Pays-Bas vêtus de combinaisons rouges, plaidant notamment pour que les immigrés musulmans suivent des cours sur la société néerlandaise afin de mieux s’y intégrer.


Jeroen Dijsselbloem, qui a étudié l’économie agricole à l’université de Wageningen, dans l’est des Pays-Bas, et effectué une recherche pour un doctorat en économie d’entreprise en Irlande, était considéré comme le stratège du groupe.


Pendant de nombreuses années, il continuera à asseoir cette réputation au sein de son parti, en restant dans l’ombre. Il s’occupera des dossiers liés à l’enseignement, aux soins de santé, aux politiques d’asile et à la jeunesse.


M. Dijsselbloem, un travailliste qui défend l’équilibre budgétaire et les mesures d’austérité, s’est dégagé comme candidat par défaut. Il est, de plus, issu d’un des pays fondateurs de l’Union européenne et dont la dette dispose encore de la note AAA.


« Dijsselbloem est une page blanche et qu’il devienne ministre des Finances était une surprise parce qu’il n’a jamais eu un profil lié aux finances en tant que politicien », a déclaré à l’AFP Bas Jacobs, économiste à l’université de Rotterdam.


Né à Eindhoven de parents enseignants, Jeroen Dijsselbloem a grandi dans une famille apolitique et catholique. Son amour de la chose publique surgit vers 15 ans après sa participation, malgré l’interdiction de ses parents, à une manifestation contre l’installation de missiles de la guerre froide aux Pays-Bas en 1983.


Il a été surnommé « chevalier de la morale » après avoir plaidé au Parlement pour des clips moins violents à la télévision.


Cet admirateur du trompettiste Miles Davis et amateur des Monty Python est reconnu comme un bon dirigeant et un médiateur d’exception, un diplomate qui laisse « parler les gens et sait les écouter », selon un ancien membre d’une commission parlementaire qu’il a dirigée.

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