45e Salon international de l’auto de Montréal - Ce que jeune veut…


	Les jeunes de la génération Y recherchent aujourd’hui des autos ausi intelligentes que leurs téléphones.
Photo: - Le Devoir
Les jeunes de la génération Y recherchent aujourd’hui des autos ausi intelligentes que leurs téléphones.

Commandes vocales pour texter les mains libres, mettre à jour son profil Facebook sans même toucher au clavier; bien que les automobiles soient toujours décrites par des qualificatifs virils pour séduire les jeunes consommateurs, elles ne peuvent plus seulement compter sur leurs qualités physiques. Les véhicules d’aujourd’hui doivent être aussi « smart » que les téléphones.

Jeudi dernier, c’est sur des vélos à pignons fixes que deux figurants qu’on aurait cru sortis de la série Portlandia ont dévoilé le nouveau concept GEAR de Honda, conçu pour la génération Y. Cette sous-compacte est l’une de ces rarissimes premières mondiales du Salon de l’auto de Montréal - ailleurs en Amérique du Nord, elle serait passée sous le radar, alors que le Québec se distingue, étant le plus important marché de petites voitures au pays. Ce prototype, qui servira sûrement d’inspiration pour la prochaine Fit, Honda l’a décrite comme « simple et pratique, abordable, avec une forte personnalité. Et branchée. » Il réunit les éléments pour espérer conquérir les enfants du millénaire.


C’est l’un des défis de l’industrie automobile, séduire cette jeunesse multitâche et connecter deux symboles contradictoires de la mobilité : le téléphone intelligent et la voiture. Dans une étude, le University of Michigan Transportation Research Institute a noté qu’au cours de la dernière décennie, les jeunes tardent à obtenir leur permis de conduire au Canada, ainsi que dans huit des 15 pays observés. La tendance est davantage observable chez les Y utilisateurs d’Internet. Chez les jeunes Américains de 16 à 24 ans, 46 % choisiraient le cellulaire avant la voiture, montre le centre de recherche Gartner inc. (15 % des baby-boomers feraient de même). Le téléphone « intelligent » coiffe désormais l’automobile comme premier grand achat de la vie « adulte ».


« Le fait qu’ils tardent à obtenir leur permis n’est pas signe qu’ils n’en veulent pas, relativise Bertrand Lessard, directeur général de la région du Québec chez Ford Canada. Moi, à 18 ans, ça me prenait une auto. C’était le symbole de liberté. Aujourd’hui, cette liberté est représentée par le téléphone cellulaire. Mais l’automobile vient tout de suite après. »


Pour Alexandre Tremblay et Mélanie Granger, deux représentants motorisés de la génération Y âgés la vingtaine, la voiture possède toujours cette valeur. Pour M. Tremblay, elle est indispensable et lui permet de faire la navette Alma-Québec pour le travail. Avec la voiture qu’elle partage avec son conjoint, Mme Granger n’a plus à dépendre du système d’autobus anémique pour visiter sa famille à Saint-Jean-sur-le-Richelieu. À Montréal, elle opte pour le transport en commun, preuve que dans les grands centres urbains, la liberté ne vient pas toujours avec une clé et quatre roues motrices.


Et s’ils avaient à opter entre le cellulaire ou la voiture… en fait, ils ne voient pas pourquoi ils auraient à choisir. « Je n’ai pas de ligne fixe, mon téléphone est la seule façon de me joindre ! », ont-ils tous deux répondu. Le téléphone n’est plus un accessoire ; c’est une évidence.

 

Demandez et vous recevrez


Les systèmes de communication et de divertissement aux commandes vocales et d’écrans tactiles tels que MyFordTouch, MyLink de Chevrolet et autres AcuraLink ne sont plus que le lot des voitures de luxe, ils sont désormais intégrés dans la plupart des gammes de modèles. Selon les compagnies, le conducteur peut ainsi dire « J’ai faim » et recevoir de sa belle des suggestions resto à proximité, puis mettre à jour son profil Facebook si l’envie se fait sentir dans le parc des Laurentides. Sachant que la jeunesse utilise surtout le téléphone pour texter, ces innovations permettent même d’écouter les textos et d’y répondre. Tout ça, les deux mains sur le volant.


Alors que Chevrolet profite du salon pour montrer à la nouvelle génération d’acheteurs ses deux prototypes, les étalons Code 130R et Tru 140S, Frédéric Racine, directeur régional chez General Motors Canada, croit que la technologie est ce qui va « gagner les 60 % de jeunes plus ou moins passionnés d’auto », une proportion estimée par le géant automobile après avoir sondé l’intérêt de cette fraîche clientèle.


Pour faire connaître leurs modèles, les compagnies adaptent leur stratégie publicitaire. La télévision est en perte de vitesse au profit du très petit écran chez les jeunes, tel que le révélait une étude de l’Institut national de la recherche scientifique. Les constructeurs vont donc les trouver là où ils sont : dans les festivals, comme Igloofest, sur le Web, avec des capsules mettant en scène des vedettes québécoises conçues exprès pour ce marché distinct. Pensons aux bancs d’essais menés par l’humoriste Philippe Bond chez GM, et à Ford avec ses blogues et des courts-métrages, tournés avec des réalisateurs d’ici.


« C’est une génération qui cherche l’authenticité, elle détecte un pitch de vente dès qu’il y en a un », remarque Martin Drolet, directeur régional du Canada chez Scion, groupe de Toyota. Chez Ford, l’idée est de bâtir une clientèle en faisant « partie de leur groupe », une stratégie bâtie sur le long terme. « Ce n’est pas nécessairement pour leur vendre un véhicule demain matin, explique M. Lessard. Les jeunes Québécois sont présents sur les réseaux sociaux, c’est ce qui les fait vibrer. On veut être là, nous aussi. »


S’ils avaient à choisir parmi ces gadgets, les « Yers » ici interrogés opteraient avant tout pour une voiture leur permettant de jouer de la musique sans avoir à pitonner pour éviter les distractions. Alexandre Tremblay a longtemps reluqué la Jeep avant d’acheter sa première voiture, une Golf 2011. Et pas pour faire comme dans les annonces et dévaler des flancs de montagnes boueux. « Je suis un grand fan de Jurassic Park, et c’est le véhicule qu’ils conduisent dans le premier film. Je suis un nostalgique ! »


L’auto a beau être « branchée » de tous bords tous côtés, sa charge émotive fait toujours vibrer.

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