Un quart de la population européenne est menacée par la pauvreté

Au Portugal, comme dans plusieurs autres pays européens, de plus en plus de citoyens doivent faire appel à la soupe populaire.
Photo: Agence France-Presse (photo) Patricia de Melo Moreira Au Portugal, comme dans plusieurs autres pays européens, de plus en plus de citoyens doivent faire appel à la soupe populaire.

Pour évoquer la situation des pays les plus frappés par la crise de la zone euro, personne n’ose encore employer le terme si angoissant de « dépression », utilisé pendant la crise des années 1930. Pourtant la situation de milliers de Grecs, d’Espagnols, d’Irlandais, de Portugais ou d’Italiens a pris des allures de plus en plus dramatiques.

La récession parfois interminable (cinq années en Grèce), cumulée à un chômage de masse (plus de 25 % en Grèce et en Espagne, plus de 15 % au Portugal) et couplée aux mesures d’austérité réduisant la taille de l’État providence, ont fait émerger une nouvelle forme de pauvreté.


Celle-ci est perceptible au travers de petites privations mais aussi, souvent, de véritables sacrifices. Les Espagnols ont réduit les budgets de Noël. Nombre d’entre eux ont aussi renoncé, dans des proportions records, à l’usage du téléphone portable : au total, 486 000 lignes ont été interrompues, et leur nombre a chuté de 3,8 % sur un an, rapportait l’agence Reuters, mi-décembre.


Avec un chômage qui frappe plus de la moitié des actifs de moins de 25 ans, les jeunes Espagnols sollicitent de plus en plus leurs aînés pour s’en sortir financièrement. Tandis que les plus âgés ont recours aux associations caritatives, débordées en cette fin d’année.


Le 14 décembre, le quotidien El Pais se faisait l’écho d’un rapport publié par l’association Intermon Oxfam (« Crisis, desigualdad y pobreza »), mettant en garde contre le risque de paupérisation grandissante du pays. Selon cette étude, d’ici 2022, 40 % - deux Espagnols sur cinq ! - seront en situation d’exclusion sociale. Un « niveau si élevé qu’il faudrait deux décennies pour que le pays retrouve le niveau de bien-être d’avant crise », signalait le journal.


Dans le pays, la consommation de produits alimentaires bon marché conduit à une montée de l’obésité, tandis que chez le voisin portugais, 10 385 écoliers de 253 écoles publiques souffrent de carences alimentaires, s’affolait en novembre le Jornal de Angola. Un quotidien lu à Luanda, capitale de l’ancienne colonie portugaise, où émigrent de plus en plus de Portugais pour fuir la crise.


En Grèce, selon un rapport l’institut de statistique européen Eurostat, publié le 3 décembre, près d’un tiers des Grecs (31 %) seraient en « situation de privation matérielle sévère », menacés de pauvreté ou d’exclusion. C’est-à-dire vivant avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 60 % du revenu médian national, et/ou incapables de payer les factures de la vie courante, comme, par exemple, le chauffage.


Avec la réduction des dépenses de santé, une part croissante de la population grecque n’a plus d’assurance-maladie. Tandis que les faillites et le chômage font basculer certains dans la dépression ou la misère.

 

Nouvelles pathologies


Depuis deux ans, les médecins de Thessalonique ont vu apparaître de nouvelles pathologies liées à la malnutrition des enfants. Et dans tout le pays, des maladies oubliées font leur retour, comme le paludisme ou la tuberculose (Le Monde du 27 novembre). Dans le pays, l’arrivée des premiers frimas s’est traduite par des vols de bois recensés jusque dans la forêt protégée du mont Olympe…


Pour Eurostat, le danger est plus prégnant dans les pays du Sud de l’Europe, mais il affecte l’ensemble du Vieux Continent. En 2011, près de 120 millions de personnes seraient en situation de privation ou menacées de pauvreté ou d’exclusion, soit 24,2 % de la population des 27 pays membres, contre 23,4 % en 2010 et 23,5 % en 2008.


La France, plutôt épargnée par le fléau (19 % en risque de pauvreté d’exclusion ou en situation de privation) est, elle, gagnée par la peur. Le 7 décembre, le quotidien Les Echos dévoilait les résultats édifiants d’un sondage réalisé par CSA : près d’un Français sur deux (48 %) se déclaraient « pauvre » ou « en train de le devenir ».

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