Vente des actions de GM : Ottawa sera plus patient que Washington

Une employée de GM sur la chaîne de montage de la Camaro, en Ontario. L’assemblage de la voiture se fera désormais aux États-Unis.
Photo: La Presse canadienne (photo) Frank Gunn Une employée de GM sur la chaîne de montage de la Camaro, en Ontario. L’assemblage de la voiture se fera désormais aux États-Unis.

General Motors (GM) - qui récuse obstinément l’étiquette de « Government Motors » accolée à la suite de son sauvetage par les gouvernements canadien et américain en 2009 - rachètera 200 millions d’actions du Trésor américain d’ici la fin de l’année, mais aucune du gouvernement canadien. Alors que Washington presse le pas pour se départir de ses participations dans le constructeur automobile, Ottawa écarte quant à lui toute « vente précipitée ».

Le Canada n’a pas de projet de vente de ses actions dans GM à court terme, a indiqué mercredi le ministre des Finances, Jim Flaherty. « Nous n’allons pas avoir une vente précipitée. Nous ne vendrons pas les actions sans avoir la garantie d’obtenir la meilleure valeur possible pour les contribuables canadiens », a déclaré l’élu. Rappelant qu’il est membre d’un « gouvernement conservateur », M. Flaherty a précisé qu’il ne souhaite pas « être actionnaire à long terme d’entreprises privées ».


Pas suffisant pour le gouvernement ontarien, libéral, qui souhaite se départir de ses actions de GM plus tôt que tard. Les gouvernements fédéral et ontarien sont devenus actionnaires de GM en 2009, après avoir investi 10,8 milliards de dollars dans un plan de sauvetage servant à maintenir le constructeur automobile à flot. Le Canada et l’Ontario ont une participation conjointe de 9 % dans GM, détenant près de 140 millions d’actions ordinaires et 16,1 millions d’actions privilégiées d’une valeur de 3,5 milliards de dollars à la fin de septembre.


M. Flaherty s’est entretenu mercredi matin avec le président de GM du Canada, Dan Akerson, pour discuter d’une éventuelle vente. « C’est quelque chose que nous allons maintenant examiner », a-t-il dit.


Le poids de la participation des gouvernements canadien et ontarien dans GM n’a pas empêché sa haute direction de transférer la production des voitures Camaro de son usine ontarienne d’Oshawa vers une autre installation au Michigan.


Une diminution des investissements en capitaux et une amélioration de l’efficacité de la production ont été des facteurs clés dans la prise de cette décision, a expliqué GM.


La plus récente convention collective conclue entre les Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA) et GM, ratifiée en septembre, garantit toutefois que la production de la Camaro aura lieu à Oshawa jusqu’à la fin de la génération actuelle de ce modèle.


GM respectera les cibles de production promises à Ottawa et à Queen’s Park en 2009, a assuré la direction. En plus de la Camaro, l’usine d’Oshawa, qui emploie environ 2000 personnes, produit la Buick Regal et, bientôt, la Cadillac XTS.

 

Sauvetage non rentable


Le gouvernement américain, qui est allé à la rescousse de GM à coups de milliards de dollars, compte pour sa part vendre sa participation entière de 32 % dans la compagnie au cours des 15 prochains mois, a annoncé le département du Trésor mercredi, soit une semaine après que le gouvernement Obama eut cédé toutes ses participations dans l’American International Group (AIG) acquises lors de l’un des sauvetages les plus controversés de la crise financière.


D’ici la fin de l’année, le département du Trésor entend vendre un peu moins de la moitié de sa participation, soit 200 millions d’actions, à GM pour 5,5 milliards de dollars, au prix d’achat de 27,50 $ par action, c’est-à-dire environ 8 % plus élevé que le prix de clôture de l’action du constructeur automobile mardi après-midi. Ensuite, il se départira des parts restantes dans un délai de 12 à 15 mois, en fonction des conditions du marché.


« Cette annonce est une étape importante pour mettre un point final à l’opération sauvetage de l’industrie automobile, qui a été réalisée avec succès. Elle dissipe en outre la perception de la propriété publique de GM chez les clients », a déclaré le président et chef de la direction de GM, Dan Akerson, par voie de communiqué.


Le gouvernement Obama a agi rapidement dans les derniers mois pour tourner le dos à quelques-uns des sauvetages les plus controversés opérés au fil des dernières années.


La Maison-Blanche et GM ont à plusieurs reprises insisté sur la nécessité de permettre au constructeur automobile de redevenir une entreprise entièrement privée, craignant que le plan de sauvetage financé par les contribuables américains puisse nuire à sa capacité de concurrencer sur le marché. En effet, GM s’est d’abord attiré le surnom de « Government Motors ».


Le département du Trésor a investi environ 49,5 milliards de dollars dans le premier constructeur automobile américain au milieu de l’année 2009, dans l’espoir de prévenir une liquidation à l’origine de la perte de plus d’un million d’emplois.


Washington devrait ainsi perdre de l’argent au terme du sauvetage de GM. Le seuil de rentabilité est généralement estimé à environ 53 $ l’action. Le département du Trésor a longtemps soutenu que le sauvetage des constructeurs automobiles serait compensé à la fois par celui d’AIG et le programme de recapitalisation des banques.


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Avec La Presse canadienne

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 20 décembre 2012 07 h 46

    «Dans ma Camaro»

    «Dans ma Camaro, je t'emmènerai sur les chemins d'été.
    Dans ma Camaro, je t'emmènerai à San Francisco.
    Dans la nuit noire à cent milles à l'heure,
    Je t'en ferai voir de toutes les couleurs.»
    - Luc Plamondon et Steve Fiset
    Afin de remercier le gouvernement canadien de l'avoir sauvé, GM rapatrie la production de la Camaro aux USA.
    Ben coudonc ...

  • Gaston Carmichael - Inscrit 20 décembre 2012 09 h 01

    Subvention déguisée

    Les dépendantistes continuent à soutenir que nous ne nous sommes pas fait floués dans ce sauvetage parce que nous possédons un portefeulle d'actions.

    Or, trois ans après cet "investissement", ce portefeuille ne vaut plus qu'un tiers de ce que l'on a déboursé. Apparemment, si nous gardons ces actions assez longtemps, nous récupérerons notre mise. J'ai bien peur que je ne verrai pas ce jour.

    C'est facile pour l'Ontario de montrer un beau bilan quand c'est le fédéral qui paye ses factures.