Scandale du Libor - La banque UBS versera une amende de 1,5 milliard

La banque suisse UBS devra payer une amende de 1,5 milliard de dollars en Grande- Bretagne et aux États-Unis pour avoir manipulé le taux interbancaire Libor, un scandale qui vaut à vingt établissements d’être encore dans le collimateur des autorités.


« Les pratiques de la banque ont été tout simplement stupéfiantes », a déclaré mercredi Lanny Breuer, substitut du procureur au département de la Justice américain, assurant qu’UBS avait « manipulé le Libor à ses propres fins » afin de dissimuler sa « vulnérabilité » pendant la crise financière.


L’amende payée par UBS est la plus importante jamais infligée à une banque après celle de la britannique HSBC, qui a accepté de payer 1,92 milliard aux États-Unis où elle était accusée de blanchiment d’argent. La pénalité est trois fois plus élevée que celle payée par la britannique Barclays (290 millions de livres) qui avait fait éclater le scandale du Libor, un taux qui conditionne plus de 300 000 milliards de dollars de produits financiers et influe sur les prêts aux ménages et aux entreprises.


« Au cours de ces enquêtes, nous avons découvert que certains collaborateurs avaient eu un comportement inacceptable. Leur comportement illicite ne reflète pas les valeurs d’UBS », a déclaré Sergio Ermotti, le directeur général d’UBS. Le ministre de la Justice américain Eric Holder a d’ailleurs annoncé mercredi que deux anciens courtiers d’UBS, un Suisse et un Britannique, avaient été inculpés pour complot en raison de leur rôle dans le scandale, ajoutant que la filiale japonaise d’UBS avait plaidé coupable d’accusations pénales.


Superman


Au moins 45 collaborateurs d’UBS étaient impliqués ou conscients des pratiques visant à influencer les taux, selon l’Autorité des services financiers (FSA) britannique, qui a publié des messages accablants pour la banque. « Un haut 6M [taux Libor à six mois] Superman […] sois un héros aujourd’hui », demande par exemple un courtier d’UBS, dans un message instantané du 14 juillet 2009, à un intermédiaire. « Si tu maintiens le 6m [le Libor en yen à six mois] inchangé aujourd’hui… je vais faire un putain d’énorme deal avec toi aujourd’hui », dit ce même courtier au téléphone en septembre 2008 à un autre intermédiaire en lui promettant « 50 000 $, 100 000 $».


Sous le poids notamment de ces amendes, UBS s’attend à essuyer une perte de l’ordre de 2 à 2,5 milliards de francs suisses au quatrième trimestre après avoir été déjà ébranlée par la fraude de son courtier londonien Kweku Adoboli, des soupçons de blanchiment en France et l’annonce fin octobre de près de 10 000 suppressions de postes.


La FSA a prévenu qu’elle « continuerait à mener d’autres enquêtes internationales en relation avec le Libor et l’Euribor », son équivalent européen. Des investigations ont été ouvertes dans plusieurs pays, dont la France, où le parquet de Paris saisi par une plainte d’une actionnaire de la Société générale.


Aux États-Unis, une quinzaine d’établissements de divers pays ont été assignés à comparaître, dont JPMorgan, Citigroup, Barclays, UBS ou Deutsche Bank. Au Royaume-Uni, Royal Bank of Scotland (RBS) a déjà reconnu qu’elle s’attendait à payer une amende importante, qui pourrait, selon la presse, s’élever à 350 millions de livres. L’affaire connaît également un volet pénal dans le pays, où pour la première fois trois personnes ont été arrêtées le 11 décembre.