Carrés rouges et casseroles n’ont pas fait fuir les touristes

Les « perturbations » émaillant les manifestations étudiantes dans les rues de Montréal ont eu des effets limités sur le tourisme.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les « perturbations » émaillant les manifestations étudiantes dans les rues de Montréal ont eu des effets limités sur le tourisme.

Le tintement des casseroles des opposants à la hausse des droits de scolarité n’a pas plombé l’année touristique de la métropole québécoise comme le craignaient plusieurs observateurs, selon le Bilan du tourisme à Montréal en 2012.

Par rapport à l’année 2011, une « année record », le tourisme a subi un léger ralentissement au cours de l’année 2012, a fait savoir lundi Tourisme Montréal. Le taux d’occupation moyen des hôtels a fléchi de 1,61 point de pourcentage, passant ainsi de 69,25 % de janvier à novembre 2011 à 67,64 % de janvier à novembre 2012, a constaté l’Association des hôtels du grand Montréal (AHGM). Pour sa part, le tarif moyen des chambres a battu en retraite de 75 cents, de 139,59 dollars en 2011 à 138,84 dollars en 2012.


« On s’en est bien tirés dans un contexte difficile », estime le vice-président relations publiques, recherche et développement du produit à Tourisme Montréal, Pierre Bellerose, montrant du doigt le nombre de congrès en baisse. « C’est la principale cause de cette baisse-là. »


Les « perturbations » émaillant les manifestations étudiantes dans les rues de Montréal ont eu des « effets limités pendant cinq, six, sept semaines », explique-t-il. « On a eu des annulations, mais, dès le mois de juillet, c’est comme si rien ne s’était passé », ajoute-t-il, soulignant que les touristes ont « repris leur “pattern” de voyage » à Montréal.


Le Grand Prix du Canada - événement touristique de premier plan - s’est déroulé sans embûches au plus fort de la crise étudiante. Le promoteur de l’événement, François Dumontier, a enregistré une baisse de l’achalandage moins importante que prévu à 5 ou 6 %.


Cette baisse de 5 % ou 6 % a été observée en mai et en juin. « C’était très circonscrit dans le temps. Mais on ne savait pas quand ça allait finir. Cela avait amené des gens à spéculer que ça allait être un été difficile. Nous, on n’a jamais fait de prévision dans ce sens-là », précise Pierre Bellerose.


Néanmoins, si 2012 a été une « mauvaise année » au chapitre de la tenue de congrès d’envergure, le mois de juin a vu défiler « énormément de gros congrès » à Montréal. « Quelques délégués ne sont pas venus », fait toutefois remarquer M. Bellerose. « Il y avait des inquiétudes. »


Les participants à des réunions d’affaires constituent 25 % de tous les visiteurs mettant le pied à Montréal, mais 40 % de toutes les dépenses.


Croissance modérée à Montréal-Trudeau


Par ailleurs, les entrées de touristes internationaux aux frontières du Québec ont connu une baisse de 0,6 %, passant de 1 923 696 à 1 911 219 touristes, selon Statistique Canada.


Sans doute échaudés par la crise économique, quelque 17 000 touristes internationaux de moins ont séjourné dans la métropole québécoise (- 2,4 %).


En contrepartie, un plus grand nombre de voyageurs en provenance des États-Unis (+ 0,4 %) ont visité la deuxième ville francophone de la planète. La plupart d’entre eux ont opté pour l’automobile comme moyen de transport. « On a constaté une augmentation du nombre d’Américains qui viennent en automobile, ce qui est une clientèle en très forte décroissance depuis plusieurs années », explique M. Bellerose. « La classe moyenne américaine a vécu des problèmes énormes. Est-ce que le redressement économique a fait que les gens ont commencé à ressortir de leur État ? » s’interroge-t-il.


Le trafic de passagers à l’aéroport Montréal-Trudeau a néanmoins enregistré une « croissance modérée » grâce aux vols intérieurs, plus nombreux. S’établissant à 11 789 691 passagers embarqués et débarqués, le trafic s’est accru de 0,7 % de janvier à octobre 2012 par rapport à janvier à octobre 2011.

 

Déjà 17 congrès « multi-hôtels » au carnet


« Le contexte instable que nous avons connu a provoqué la stagnation des différents indicateurs touristiques, malgré les efforts de promotion accrus déployés par l’industrie sur l’ensemble des marchés porteurs », a indiqué le président-directeur général de Tourisme Montréal, Charles Lapointe.


M. Lapointe se dit certain « que le tourisme à Montréal renouera avec la croissance dans les prochains mois ». « L’année 2013 s’annonce déjà prospère sur le plan du tourisme d’affaires, avec plusieurs congrès confirmés à Montréal. »


Défiant les pronostics, la métropole accueillera 17 congrès « multi-hôtels » - qui nécessitent la réservation de 800 chambres et plus lors de la journée la plus achalandée de l’événement - selon le carnet de réservations 2013, soit 10 de plus qu’en 2012.


L’été dernier, le président du festival Juste pour rire, Gilbert Rozon, dénonçait l’impact économique « énorme » du conflit étudiant sur l’industrie touristique, soupçonnant que ses conséquences pourraient se faire sentir pendant des années. Il craignait notamment que Montréal ne perde des congrès en raison des manifestations nocturnes quotidiennes dans la métropole.

9 commentaires
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 18 décembre 2012 01 h 10

    Les casseroles attirent les touristes!

    Gilbert Rozon aurait dû se calmer en ce qui concerne les congrès. Le nôtre a au contraire eu une attraction touristique supplémentaire grâce aux casseroles !

    Lors du congrès SysMus 2012 (systematic musicology – musicologie systématique) à Montréal, duquel je faisais partie, certains conférenciers étaient inquiets de venir durant la grève étudiante. Mais toutes leurs inquiétudes se sont dissipées en mettant le pied à Montréal. En fait, lors du souper collectif, les conférenciers étrangers s'étaient presque rués aux fenêtres du restaurant pour voir passer les manifs de casseroles! Quand je parlais d'attraction touristique...

    • Marc-André Fortier - Abonné 18 décembre 2012 09 h 42

      M Michaud, quel avantage a-t'on à perdre son temps dans le traffic point. Montréal a selon certains, dépassé des villes comme Los Angeles et Toronto à ce chapitre. Personnellement je préfère éviter de conduire en ville.

      Et chaque année à Montréal, des dizaines de rétroviseurs tombent victimes, de chauffards, de cyclistes serrés de trop près par un automobiliste ou plus souvent un taxi, sur une piste cyclable qu'ils partagent bien des fois avec les automobiles des résidents. On appelle ça un accident. Et les chances réelles de vandalisme sur votre auto demeurent bien réelles même en l'absence des terribles carrés rouges dans nos rues, ce sont les risques de la grande ville.

      Finalement, j'abonde dans le sens de M Chiasson. Travaillant au centre ville de Montréal, je me suis trouvé pris dans ces manifestations à quelques reprises et pour autant qu'on s'arme de patience, l'expérience était loin d'être désagréable, je peux vous confirmer que nous avons une bien belle jeunesse et surtout une excellente relève.

      Cordialement

  • Claude Smith - Abonné 18 décembre 2012 09 h 06

    Ce pourrait-il ?

    Ce pourrait-il que la réaction de M. Rozon soit motivée surtout par le fait qu'il était
    un fervent partisan de la hausse des frais de scolarité décrétée par le gouvernement ???


    Claude Smith

  • Michel Deshaies - Inscrit 18 décembre 2012 12 h 59

    Rozon et ses poches!!

    Rozon m'a bien fait rire dans toute cette histoire, il était le seul organisateur d'événement à s'inquièter autant de la grève étudiante. Je vis moi-même du tourisme Montréalais, je peux vous dire que je n'ai jamais fait autant d'heures supplémentaires que cet été. Alors le "spin" de 40secondes qu'on nous passait en boucle 24/7 et qui faisait croire que Montréal était en plein guerre civile n'aura effrayé que le gens d'ici. En fait, les seules annulations ou questionnement que nous nous avons eu provenait de notre clientèle québécoise; les Européens, les États-Uniens, les Asiatiques etc... nous en parlaient lorsqu'ils étaient au commerce, mais autrement ils trouvaient tous ça bien comique les casseroles. Au total, je n'ai eu qu'une seule famille qui m'a parlé que les casseroles les avaient empêché de bien dormir... la fenêtre de leur chambre donnant directement sur Maisonneuve tout près du parc Émilie-Gamelin d'où partait les manifestations.

    M.Rozon a seulement eu peur de ne pas pouvoir se remplir les poches et de ne pas être capable de payer ses dettes au Casino et à M.Angélil

  • Bernard Gervais - Inscrit 18 décembre 2012 15 h 48

    S'énerver pour rien

    Je travaille dans l'industrie touristique à Montréal depuis 25 ans et, si les visiteurs cette année ont été un peu moins nombreux qu'en 2011, c'est à cause de la situation économique difficile qui sévit dans plusieurs pays (par exemple l'Espagne). Les carrés rouges et les casseroles n'y sont pour rien dans cette diminution.

    Quant aux touristes qui sont venus et qui ont vu les manifestations étudiantes au centre-ville, qu'en ont-ils pensé ? Parmi tous ceux auxquels j'ai parlé, quelques-uns m'ont demandé bien sûr ce qui se passait, mais c'était par curiosité. Aucun, en tout cas, ne m'a semblé dérangé par de tels rassemblements.

    Les médias et certaines personnalités connues, comme Gilbert Rozon, se seront donc énervés pour rien !

  • Gérard Côté - Inscrit 18 décembre 2012 16 h 17

    Le burlesque économique

    A chaque fois que des citoyens réagissent à des situations et font connaître leurs avis, aussitôt les représentants des corps intermédiaires dit écomomiques réagissent dans les médias comme la Fédération des chambres de commerce et son improbable porte-parole la poune de l'économie soit madame Françoise Bertrand qui répète comme dans une mauvaise saynète toujours les mêmes répliques burlesques de création de richesse, climat propice à l'économie, le bien ne fait de bruit et le bruit ne fait pas de bien. Ces organismes auraient avantage à faire parler les membres plutot que leurs seuls porte-paroles. Le message serait plus nuancé, moins (néo) libéral et surtout plus près de ce qui vit la population.