Sunwing : on ne change pas une recette gagnante

Colin Hunter: «Nous avons deux obsessions: nos employés, nos clients.»
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Colin Hunter: «Nous avons deux obsessions: nos employés, nos clients.»

Il est attendu que 2013 sera l’année des grandes manoeuvres dans l’industrie canadienne du voyage. Transat mise sur des produits structurés et sur la nouvelle finition intérieure de ses cabines ; Air Canada prépare le lancement de son voyagiste auquel sera rattachée une composante aérienne à faibles coûts. Chez Vacances Sunwing, on hausse les épaules. Chaque année amène son lot de défis, et 2013 n’y fera pas exception. « On va s’adapter et on s’en tient à notre plan d’affaires, qui consiste à exercer un contrôle serré de nos coûts et à créer la différence. »

Colin Hunter en a vu d’autres. Fort de ses 40 ans d’expérience dans l’industrie du voyage, il a également appris de ses erreurs. Le fondateur et président du conseil du Groupe de voyages Sunwing s’en tient au plan de match qui a permis à Sunwing de devenir, en dix ans, le deuxième plus important voyagiste intégré au Canada, avec une part de marché devant approcher les 40 % cet hiver. Tous lui prédisaient pourtant une courte vie. Lorsqu’il a démarré en 2002, en cet après Septembre-2001 particulièrement difficile pour les compagnies aériennes, il a pris la voie inverse empruntée alors par ses concurrents, qui jouaient la carte des surcharges et de l’élimination des services à bord. Le voyagiste a toujours été rentable depuis, soutient-il. En 2012, selon des projections faites à partir des résultats de son partenaire TUI Travel PLC, la rentabilité atteindrait près de 70 millions, sur un chiffre d’affaires de plus de 1,3 milliard.


N’empêche, « les marges bénéficiaires sont très faibles dans notre industrie. Tu obtiens un meilleur rendement sur fonds propres en achetant un triplex », illustre Sam Char, directeur exécutif du voyagiste au Québec. « Mais tu as plus de plaisir à oeuvrer dans l’industrie du voyage que dans l’immobilier », enchaîne Colin Hunter. Contrôle serré des coûts à tous les échelons et intégration verticale avec pour cible de dégager une marge bénéficiaire à chaque étape sont devenus un leitmotiv. « Nous avons deux obsessions : nos employés, nos clients. Nous devons contrôler le produit que nous offrons. Nous devons en contrôler la qualité du début à la fin. »

 

Faibles coûts


Le lancement, prévu l’été prochain, par Air Canada d’un voyagiste intégré doté d’une composante aérienne à faibles coûts ne fait pas sourciller Colin Hunter. « Toutes les grandes compagnies aériennes concoctent leur filiale à faibles coûts. Or, l’histoire nous enseigne que les transporteurs réguliers parviennent difficilement à exploiter un “low cost” avec succès. Il est très difficile de compétitionner avec EasyJet », donne-t-il en exemple. « Et nous aurons, de toute manière, une structure de coûts plus faibles. Nous exploitons une entreprise de manière la plus efficace possible, sans superflu. C’est la seule façon de faire que l’on connaît. » Sunwing doit cependant manoeuvrer désormais avec l’arrivée de syndicats et doit négocier ses premières conventions collectives. « Cela fait partie du processus de maturité. Nous allons nous y adapter. » Il reste que « nous n’affichons pas la lourdeur, la structure de frais fixes et la politique de rémunération des cadres et dirigeants de concurrents plus vieux que nous ».


Sunwing a toutefois eu à défendre son modèle d’affaires à la suite de contestations auprès de l’Office des transports du Canada (OTC). « Quelle perte de temps et d’argent ! », a dénoncé Colin Hunter. L’OTC a conclu après examen que la structure de propriété du Groupe de voyages Sunwing, accordant depuis 2010 une participation de 51 % aux actionnaires canadiens et de 49 % à la britannique TUI, était conforme à la réglementation canadienne. Et ce, tant au niveau du contrôle de fait que de facto. L’OTC donnait également son feu vert à Sunwing pour l’exploitation cet hiver de quatre appareils appartenant à une entreprise tchèque, et pilotés par du personnel étranger. « Tous ceux qui connaissent Sunwing savent très bien qu’il s’agit d’une entreprise familiale et que les décisions sont prises ici. Quant à la pratique de recourir à du personnel étranger en haute saison, elle est courante dans l’industrie. Qu’est-ce que l’OTC permet à WestJet, à Canjet ? L’an dernier, WestJet s’en remettait à des pilotes d’American Airlines dans sa desserte de liaisons vers le sud. Cette année, il fera appel à Thomas Cook. Récemment, l’équipage sur un vol d’Air Canada vers la Jamaïque provenait d’Aeromexico. Nous respectons les règles. Et si l’OTC veut les modifier, nous les suivrons. »


Dix CD


« Notre industrie est désormais globale. Nous devons également être flexibles et nous ajuster aux fluctuations. C’est un enjeu pour tous. Et nous envoyons également du personnel navigant à l’étranger en période creuse », insiste le président « crooner ». Colin Hunter doit produire son neuvième CD sous peu. « Le dixième est prévu l’été prochain. Il sera produit au Québec », ajoute, en esquissant un large sourire, celui qui doit également ouvrir un Jazz Bistro à Toronto.


Pour la suite des choses, Sunwing se concentrera sur le Sud. Sur ce qu’il sait faire et sur les créneaux à plus forte marge bénéficiaire, tels les forfaits à valeur ajoutée et une extension dans la propriété et la gestion hôtelière. Lancée officiellement l’an dernier, la division hôtellerie de Sunwing comprend quelque 3000 chambres à Cuba, un millier en République dominicaine et bientôt près d’un millier en Jamaïque. Et pas question de prendre de l’expansion dans le segment des agences de voyages. « Ce n’est pas notre pain et notre beurre, d’autant que nous n’offrons pas un produit l’année durant. Et notre partenariat actuel avec les agences de voyages fonctionne bien. » Pas question, également, de prendre massivement la route vers l’Europe durant l’été. « Nous attendons, nous voulons être patients. Nous nous en remettons pour l’instant à nos liens avec TUI. Nous recherchons la qualité, et voulons avoir l’appareil le plus efficient.»