Protection des terres agricoles - L’UPA veut mettre les banquiers dans le coup

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Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, rencontrera prochainement de hauts dirigeants de la Banque Nationale et de Desjardins afin de leur présenter le projet de Société d’aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ).

La SADAQ serait notamment chargée de superviser les transactions foncières et, le cas échéant, de bloquer celles visant au premier chef le rendement financier d’investisseurs au détriment du renforcement et du renouvellement du modèle agricole québécois.


Le projet, qui a été présenté cette semaine au 88e Congrès de l’UPA, a été « bien reçu » par les délégués. Fort de cet appui, M. Groleau compte également s’asseoir avec les chefs des autres institutions financières « qui voudront venir partager leur point de vue avec nous ».


« La proposition de l’IREC [Institut de recherche en économie contemporaine] pourrait être bonifiée », a-t-il fait remarquer vendredi dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir. « C’est une proposition d’affaires qu’on fait qui en même temps va permettre d’encadrer le développement de l’agriculture. On veut des partenaires. »


La Banque Nationale a fait l’acquisition de 5000 acres de terres agricoles dans la région du Lac-Saint-Jean afin d’offrir « des rendements à long terme constants » aux fonds de la caisse de retraite des employés du géant financier. L’arrivée de la Banque Nationale au Lac-Saint-Jean avait soulevé plusieurs inquiétudes, dont celle de voir de plus en plus de terres agricoles accaparées à des fins de spéculation.


« Dès le printemps dernier, quand les gens nous ont dit : ‘‘ Vous nous bousculez un peu », on a mis fin à l’acquisition de terres ’’, a rappelé le porte-parole de la Banque Nationale, Claude Breton.


La Banque Nationale a mis fin il y a trois semaines à l’exploitation directe des terres en dissolvant son unité d’exploitation agricole.


Elle songe maintenant à louer ses terres à des producteurs locaux. Entre autres choses.


Mais l’assurance de la Banque Nationale ne suffit pas‚ a indiqué le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron. « [Les institutions financières] ont le droit de dire leurs intentions. Je les félicite, mais moi, ma responsabilité, c’est d’avoir un encadrement », a-t-il déclaré mercredi à l’occasion du Congrès de l’UPA.


Le recul de la Banque « a calmé le marché », se réjouit M. Groleau, « mais ce n’est pas suffisant ». L’UPA, qui craint l’arrivée d’un autre joueur, mise sur la SADAQ afin de les tenir à l’écart.


D’emblée, la Banque Nationale n’est « ni favorable, ni défavorable » au projet de SADAQ. « On pense qu’il y a de la place pour plus d’un modèle au Québec », a fait valoir M. Breton, souhaitant que le gouvernement et l’UPA ouvrent la porte à l’acquisition directe de propriétés agricoles par un investisseur institutionnel.


« Ce n’est pas nous qui allons déterminer quel est le modèle optimal qui peut convenir au secteur agricole québécois », a pris soin de souligner le directeur principal Affaires publiques de la Banque Nationale. « On a signifié notre intérêt au président de l’UPA d’ouvrir le dialogue. »


Le ministre fédéral de l’Agriculture, Gerry Ritz, n’a pas voulu dénoncer le phénomène d’accaparement des terres agricoles, plaidant qu’il ne voulait pas empiéter dans le champ de compétences des provinces. « Ce n’est pas à moi de juger s’il s’agit d’une menace ou non [à la souveraineté alimentaire du pays. Représentant] du fédéral, je veux juste m’assurer que nous avons encore la capacité de produire des aliments. Le Canada est un des rares pays qui seront en mesure d’accélérer la production afin de répondre à la demande supplémentaire de 50 % exigée par la communauté internationale dans les prochaines années », a-t-il déclaré jeudi après s’être adressé aux membres de l’UPA lors d’une visite éclair au Centre des congrès de Québec.

 

Gestion de l’offre


L’élu conservateur s’est efforcé d’apaiser jeudi les craintes de l’UPA, qui soupçonne le gouvernement fédéral d’être disposé à faire des concessions de dernière minute afin d’arracher un accord de libre-échange avec l’Union européenne d’ici la fin de l’année.


Le ministre fédéral de l’Agriculture, Gerry Ritz, s’est engagé à ne pas renier le système de gestion de l’offre en vue de décrocher une entente. « On prend très au sérieux notre rôle de soutien à la gestion de l’offre », a-t-il assuré devant les congressistes. Les « positions défensives » du Canada sont « claires » pour les Européens, a-t-il spécifié.


L’UPA croise les doigts afin que le Canada obtienne un accès accru pour le porc et le boeuf québécois sur le marché européen sans qu’il ait à « concéder encore » du terrain sur les fromages.


Il s’agit d’une condition sine qua non d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne. « C’est essentiel dans mon esprit », a affirmé M. Ritz, soulignant du même souffle qu’il doit y avoir un « mouvement substantiel » de l’UE à cet égard.


La gestion de l’offre régit la production agricole canadienne en fixant un certain nombre de quotas. Elle limite notamment les importations de produits laitiers, d’oeufs et de volailles au pays. La mesure protectionniste constitue une pomme de discorde avec l’UE - de même qu’avec les pays de la région pacifique dans les négociations devant mener à un Partenariat transpacifique. « C’est très très important, ce que le Canada va faire, puisqu’il va donner un signal [sur ce qu’il] pourrait concéder » dans sa négociation relative au PTP.


Le marché européen en ce qui concerne le boeuf et le porc canadiens est « quasi fermé » en ce moment, fait remarquer M. Groleau. En revanche, 14 000 tonnes de fromage peuvent être notamment importées de l’UE chaque année au Canada, dont « une grande partie » au Québec.


« Si on avait seulement la réciprocité par rapport à ce qu’on importe déjà, nos producteurs de viande seraient très heureux », a dit M. Groleau.


Le président de l’UPA se dit « pas entièrement rassuré » par les propos de M. Ritz. « On n’a pas eu d’engagement clair sur le fait qu’il n’y aura pas de concession sur l’accès au marché au Canada », a déploré M. Groleau. « L’Europe a des accès importants à notre marché. On n’a pas l’intention de donner un accès supplémentaire. […] On donne déjà beaucoup et on n’a rien. »

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La Nouvelle-Zélande s’oppose à la gestion de l’offre

S’il n’en tient qu’à la Nouvelle-Zélande, il n’y aura pas d’entente, dans le cadre du Partenariat transpacifique (PTP), si le Canada s’entête à maintenir son système de gestion de l’offre dans le secteur agricole. « Cet enjeu est présenté par notre gouvernement comme une condition sine qua non », a expliqué la professeure de droit à l’Université d’Auckland, Jane Kelsey, lors d’une conférence de presse téléphonique organisée en marge de la 15e réunion de négociations du PTP qui se tenait justement, cette semaine, dans la capitale néo-zélandaise. « Notre gouvernement a beaucoup de mal à convaincre la population de l’intérêt de ces négociations et un gain sur le front agricole est perçu comme essentiel », a poursuivi l’experte en réponse à une question du Devoir. La Nouvelle-Zélande et l’Australie avaient même exigé, sans succès, que le démantèlement du système de gestion de l’offre dans le lait, les œufs et la volaille au Canada soit une condition à son entrée, cet automne, dans ces négociations auxquelles participent les États-Unis et une dizaine d’autres pays tous baignés par l’océan Pacifique.

2 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 8 décembre 2012 13 h 49

    Avantage collatéral au pire

    «Le Canada est un des rares pays qui seront en mesure d’accélérer la production afin de répondre à la demande supplémentaire de 50 % exigée par la communauté internationale dans les prochaines années», dit le ministre fédéral de l'Agriculture.

    On devine pourquoi.

  • Denis Paquette - Abonné 9 décembre 2012 23 h 45

    Il était temps

    Hola! Il était temps que le gouvernement s'intéresse a la spéculation des terres. Dans le dossier de l'étalement urbain, toutes les terres agricoles en périphérie des villes, ont étées l'objet de spéculations, ce qui a eu pour effets de pousser a la hausse les terres et de les rendre inacccessibles aux générations futures, sans parler des conséquences de l'étalement urbain et ca continue. Au meme moment, les villes se désagregent, ont de la misere a garder leur population et les couts des infrastructures explosent, chercher l'erreur.