Aveos: le mystérieux acheteur intéressé par l’atelier de moteurs examine les livres

Quand Aveos a subitement fermé ses portes le 19 mars, la société comptait 2600 employés, dont environ 1800 à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Quand Aveos a subitement fermé ses portes le 19 mars, la société comptait 2600 employés, dont environ 1800 à Montréal.

Non seulement l’acheteur potentiel qui tourne autour de l’atelier d’Aveos où travaillaient 500 personnes pour effectuer la révision des moteurs d’Air Canada est-il toujours dans le décor, mais il a même entrepris un exercice de diligence raisonnable.

Cette révélation a été faite hier dans le cadre de l’audience découlant de la poursuite du ministère de la Justice contre Air Canada, que Québec accuse d’avoir manqué à ses obligations juridiques envers son ex-filiale Aveos.


La directrice générale de FTI Consulting Canada, la firme torontoise nommée par la Cour supérieure pour agir comme contrôleur d’Aveos, a dit que l’acheteur mystérieux devrait conclure sa vérification d’ici la troisième semaine du mois de décembre. « Chaque jour, nous nous rapprochons du but », a dit Toni Vanderlaan au juge Martin Castonguay.


L’identité de la compagnie intéressée demeure secrète pour l’instant, mais Mme Vanderlaan a répété ce que le chef de restructuration nommé par la cour a dit le mois dernier : il s’agit d’une entreprise à la présence mondiale et aux reins solides. Un des noms qui ont circulé, avait appris Le Devoir au mois d’octobre, est celui de Lockheed Martin. Depuis ce temps, l’entreprise n’a pas répondu aux demandes d’information, tout comme GE Aviation, fabricant des moteurs CF-34 que pouvait réparer Aveos.


La poursuite du ministère de la Justice du Québec fait référence à la loi fédérale de 1988 qui a permis au gouvernement Mulroney de se délester d’Air Canada comme société de la Couronne et d’en faire une société privée. La loi stipule que la compagnie doit maintenir des « centres d’entretien et de révision » à Montréal, à Mississauga (aéroport Pearson de Toronto) et à Winnipeg.


Quand Aveos a subitement fermé ses portes le 19 mars, la société comptait 2600 employés, dont environ 1800 à Montréal. La compagnie était une ancienne filiale d’Air Canada, qui s’en est départie pour 700 millions en 2007.

 

Entretien lourd ou pas ?


La poursuite demande au juge Castonguay de déclarer qu’Air Canada a manqué à ses obligations et qu’elle devrait maintenir en sol montréalais un centre qui effectuerait les travaux de révision complète comme ceux jadis confiés à Aveos. Air Canada estime la poursuite mal fondée et affirme que « révision » ne veut pas dire « entretien lourd ». La société affirme aussi que la loi ne fixe aucun seuil minimal d’activités et d’emplois pour ces trois villes, car Ottawa voulait donner de la flexibilité au transporteur.


Un témoin expert invité par Air Canada a affirmé hier que ce qu’on appelle l’entretien lourd - complètement déconstruire un avion, ou retirer des composants entiers, pour faire une inspection en profondeur - se fait de moins en moins, car les sociétés aériennes segmentent le travail et le font la nuit lors de la « maintenance en piste ».


« La tendance, c’est qu’on en fait le maximum pendant la maintenance en piste », a dit Ron Utecht, un vétéran de l’industrie aérienne dont la carrière a atteint son apogée lorsqu’il a été nommé vice-président d’United Airlines, chargé de l’entretien et de l’ingénierie. « Sur le plan des finances, on ne peut pas se permettre de prendre un avion et de le déshabiller au complet pendant des semaines. »


Air Canada compte environ 2300 employés qui font de la maintenance en piste (entretien quotidien et réparation). Quant aux 2600 employés d’Aveos, ils étaient répartis dans trois divisions : entretien et révision de composants, de moteurs et de cellules. De ces trois divisions, seule celle des composants a été vendue et est en voie de redémarrer à Montréal. Dans le cadre de la mise en vente d’Aveos, Air Canada n’a fait aucune offre, a dit Mme Vanderlaan.

 

Dépendance


Mme Vanderlaan, qui était en cour à titre de témoin d’Air Canada, a dit au juge que dans l’entretien de cellules, 100 % du volume d’affaires d’Aveos provenait d’Air Canada, comparativement à 60 ou 70 % pour l’entretien de composants et 55 % pour les moteurs.


Les six derniers mois d’Aveos ont été marqués par une chute « significative » des revenus et par certains désaccords financiers avec Air Canada, a-t-elle dit lorsque le juge l’a invitée à décrire la raison de la fermeture.


Les audiences, auxquelles participe le gouvernement du Manitoba, se poursuivent aujourd’hui au Palais de justice de Montréal. Elles prendront fin la semaine prochaine.