Un gros actionnaire de Rona veut un conseil d’administration rénové


	Le PQ, le PLQ et la CAQ avaient dit au cours de la dernière campagne électorale qu’il ne fallait pas laisser aller Rona à des intérêts étrangers.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Le PQ, le PLQ et la CAQ avaient dit au cours de la dernière campagne électorale qu’il ne fallait pas laisser aller Rona à des intérêts étrangers.

Ayant rejeté les avances de 1,8 milliard du détaillant américain Lowe’s cet été, le conseil d’administration de Rona doit maintenant composer avec un actionnaire important qui entend convoquer une assemblée générale pour destituer le conseil et remplacer ses membres.

Cette bombe d’Invesco Canada, une société torontoise connue pour ses fonds Trimark qui appuyait l’idée de vendre Rona à Lowe’s, est une deuxième épreuve en autant de semaines chez le quincaillier, dont le président Robert Dutton a quitté son poste sans préavis le 7 novembre dernier.


Comme façon d’agir pour un actionnaire de cette taille, « c’est inhabituel », a estimé Yvan Allaire, expert en gouvernance d’entreprises et professeur à HEC Montréal. « Des actionnaires qui ont un pourcentage important des votes sont habituellement capables d’influencer la composition du conseil par le processus du vote annuel. Il n’y a pas un président de conseil qui, en composant son conseil, ne consulterait pas un gros actionnaire. »


Invesco possède 10,2 % des actions de Rona en circulation à la Bourse de Toronto, ce qui en fait le deuxième actionnaire. Au premier rang vient la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui en détient 14,2 %.


« Invesco Canada, agissant au nom des fonds de placement et des comptes clients administrés par la société, annonce son intention de convoquer une assemblée des actionnaires de Rona dans le but de destituer les administrateurs de Rona et d’élire de nouveaux administrateurs à leur place », s’est limité à dire Invesco. La compagnie ne précise pas l’identité des gens qu’elle voudrait voir au conseil.


Le conseil de Rona est présidé par Robert Paré, avocat en droit des affaires chez Fasken Martineau. Y figurent aussi Geoff Molson, président du Canadien de Montréal, Richard Fortin, ex-président du conseil de Couche-Tard, et Suzanne Blanchet, présidente de Cascade Groupe Tissu. M. Dutton y siégeait jusqu’à la semaine dernière.

 

Rona réagira sous peu


Invitée à commenter ce dernier développement, ou à tout le moins à préciser la nature des prochaines étapes chez Rona pour contrer cette nouvelle offensive, la porte-parole du quincaillier, Valérie Lamarre, a d’abord indiqué au Devoir qu’il y aurait une réaction officielle en cours de journée hier. Elle s’est ensuite ravisée pour dire que cela aurait « possiblement » lieu aujourd’hui. En après-midi hier, la compagnie n’avait toujours pas reçu de requête de la part d’Invesco.


Lorsque Rona a révélé cet été les avances informelles de Lowe’s, un spécialiste américain des grandes surfaces de construction et de rénovation dont le chiffre d’affaires atteint 50 milliards dans 1745 magasins, la réaction a été vive. Non seulement le conseil de Rona a-t-il rapidement rejeté la notion de vendre l’entreprise, le gouvernement Charest, à l’aube d’une campagne électorale, a affirmé qu’il fallait à tout prix protéger ce fleuron.


Puisque la moitié des produits vendus chez Rona sont achetés à des fournisseurs québécois et que des dizaines de magasins sont en fait des marchands affiliés et situés en région, le ministre des Finances, Raymond Bachand, avait demandé au président d’Investissement Québec « d’évaluer rapidement toutes les options au cas où l’offre de Lowe’s se concrétiserait ».


« Cette transaction n’apparaît pas être dans l’intérêt du Québec ni du Canada, avait affirmé M. Bachand. Rona est un acteur important dans l’économie québécoise, notamment dans l’industrie manufacturière, grâce à son important réseau de fournisseurs et ses forts liens avec plusieurs acteurs régionaux pancanadiens. »


Sentant l’opposition se former, Lowe’s avait ensuite laissé planer un certain silence avant de carrément retirer son intention d’achat au milieu du mois de septembre.


Mais le départ soudain de M. Dutton la semaine dernière après une séance du conseil d’administration n’a rien fait pour aider la cause. Lors d’une entrevue avec la chaîne financière télévisée BNN, un autre actionnaire de taille, ABC Funds, a affirmé que cela ouvrait la voie à Lowe’s pour le dépôt d’une nouvelle offre.


La porte-parole de Rona s’était limitée à dire que le départ de M. Dutton était survenu à la suite de « discussions très franches, de part et d’autre, entre le conseil et M. Dutton ».

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3 commentaires
  • Alain Lavallée - Inscrit 15 novembre 2012 08 h 30

    Le capitalisme financier et la déstructuration de l'économie réelle du QUébec

    Voici un bel exemple du fonctionnement du capitalisme financier. Une fois cotée en bourse, des actionnaires réclament un rendement maximal. Par exemple dans ce cas-ci, un fonds d'investissemnt de Toronto aurait aimée que Rona soit vendu à 14, 50 $ à Lowe des USA (alors qu'elle est cotée environ 10 $ en bourse).

    Il faut se rappeler ce qui est arrivé avec Provigo qui était le dynamique leader du commerce d'épicerie au Québec lorsqu'il était propriété québécoise. Une fois acheté par Loblaw du Canada, il n'a cessé de péricliter. Les producteurs québécois d'aliments ont perdu, et les emplois ont péréclité.

    Si Lowe prend le contrôle de Rona, le fonds d'investissement canadian de Toronto va enregistrer un gain en capital de 40 % (vente de Rona), puis gérée de l'étranger Rona va péricliter et les entrepreneurs québécois qui comptaient pour 47 % des achats de fournitures de RONA vont être remplacés par des fournisseurs étatsuniens de Lowe. L'économie réelle du QUébec va en souffrir.

    C'est toujours la même histoire. Dans ce cas-ci le capitalisme financier torontois va oeuvrer à la déstructuration de l'économie réelle du QUébec.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 15 novembre 2012 12 h 29

      Excellente remarque M. Lavallée.

      Il est plus que temps que l'on mette notre pied à terre et de faire cesser le travail de sape de ces prédateurs.

    • Renaud Blais - Inscrit 16 novembre 2012 08 h 53

      Oui vous avez raison M. Lavallée,
      À mon avis, il faut racheter la part de cet investisseur étranger qui ne veut que du rendement à court terme.
      Ce serait un bel exemple pour les autres verreux dont les sièges sociaux démanageront sur une exoplanète dès que ce sera possible...
      Renaud Blais
      Québec