Le déficit zéro remis à 2017

Jim Flaherty a présenté sa mise à jour économique, qui laise voir un défici de 25 milliards en 2012.
Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan Jim Flaherty a présenté sa mise à jour économique, qui laise voir un défici de 25 milliards en 2012.

Le gouvernement Harper a annoncé qu’il retardait d’un an l’atteinte de l’équilibre budgétaire.


C’est devant un parquet de gens d’affaires de la ville de Fredericton que le ministre des Finances, Jim Flaherty, a effectué la mise à jour des projections économiques et financières de son gouvernement. Ottawa devrait enregistrer un déficit de 25 milliards de dollars en 2012-2013, soit 4,9 milliards de plus que prévu.


Le ministre a annoncé à demi-mot ce report du déficit zéro à 2016-2017. Largement attendue, cette annonce s’est faite encore une fois loin de la capitale fédérale.


Cette mise à jour des prévisions budgétaires, à un moment où la Chambre des communes ne siège pas, a suscité l’ire des partis d’opposition. Thomas Mulcair lui-même s’est fendu d’un gazouillis à ce sujet sur Twitter : « Les conservateurs n’ont aucun respect pour nos institutions démocratiques. »


Prompt à jeter le blâme sur des objets inanimés, le ministre Flaherty a imputé ce report à la faiblesse des cours des matières premières qui sont le pain, le beurre et la tranche de fromage jaune de l’économie canadienne. La faible demande mondiale pour les produits de base a entraîné une baisse des prix, laquelle a eu une incidence négative sur le produit intérieur brut du Canada, qui sera de 25 milliards moins élevé que prévu par année, en moyenne, pour la période de 2012 à 2016.


Ottawa voit donc ses revenus baisser en deçà des prévisions et est forcé de revoir à la hausse ses déficits pour les prochains exercices budgétaires. La mise à jour annonce ainsi un déficit de 16,5 milliards pour l’année 2013-2014 et de 8,6 milliards pour l’année 2014-2015, soit 6,3 milliards et 7,3 milliards de plus qu’annoncé dans le budget de mars dernier. L’année 2015-2016, qui devait être celle de l’atteinte de l’équilibre, se soldera par un déficit de 1,8 milliard. Ce n’est plus avant 2016-2017 qu’Ottawa espère enregistrer un maigre surplus de 1,7 milliard.


Fidèle à son habitude, le gouvernement a prévu un coussin de 3 milliards. Cet atout dans sa manche lui permettrait d’atteindre le déficit zéro un an plus tôt si toutes ses prévisions se réalisent.

 

Positif, mais modeste


Il faudra voir à quels défis se heurtera le respect de ces nouveaux objectifs. Le ministre des Finances s’est montré prudent quant à l’éventuelle croissance de l’économie canadienne, qu’il annonce « positive, mais modeste ». Le ministre Flaherty s’est enorgueilli de la performance du Canada parmi ses homologues du G7, une rengaine qui n’est pas neuve dans le discours des conservateurs. Au fil de son allocution, le ministre des Finances a souligné la solidité de l’économie canadienne au sortir d’une récession qui menace toujours d’engouffrer l’Europe et nos voisins du Sud.


La Canada, a-t-il rappelé, a créé 890 000 emplois depuis 2009, soit 390 000 de plus qu’au début de la crise, la plus forte croissance de l’emploi parmi les pays du G7. Le Forum de Davos a classé le système bancaire canadien comme le plus solide au monde et le pays demeure le chouchou de la bien nommée agence de notation Standard Poor’s. Bien entendu, à moyen et à long terme, les performances de l’économie canadienne seront tributaires de la reprise aux États-Unis et dans l’Union européenne.


Par ailleurs, l’Agence internationale de l’énergie vient d’affirmer que les États-Unis deviendront le plus grand producteur mondial de pétrole d’ici 2017, ce qui pourrait profondément déstabiliser l’économie canadienne. Les États-Unis sont le principal importateur du pétrole albertain.

 

La grand-mère de Jim


Dans ce contexte, la porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de finances, Peggy Nash, a peut-être raison de dénoncer que les « conservateurs poursuivent leur approche monolithique qui est de mettre tous nos oeufs dans le même panier des ressources naturelles ».


Le ministre Flaherty a souligné que le principal risque intérieur pour le Canada était « l’exposition des ménages à un niveau élevé d’endettement », ce qui sera évidemment contrecarré par les mesures de resserrement des règles hypothécaires déjà adoptées par le bon gouvernement Harper.


« Quand on se regarde, on se désole ; quand on se compare, on se console », disait ma grand-mère et sans doute celle de l’honorable Jim Flaherty. Que les jeunes ménages canadiens, qui désespèrent d’accéder à la propriété avant leur préretraite, se consolent eux aussi : au moins, ils n’habitent pas en Grèce, en Espagne ou à Detroit.


Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, a réagi à la mise à jour en notant que « peu de pays industrialisés disposent d’un plan aussi crédible de réduction du déficit ». Il a toutefois remarqué qu’Ottawa, qui prévoyait une hausse des dépenses de programmes de 1,4 % en 2012-2013 dans le budget de mars dernier, a subrepticement gonflé cette augmentation à 2,8 % dans la mise à jour de mardi. Devant un tel tour de passe-passe, on se demande à quel point la hausse timide de 1,2 % projetée pour 2013-2014 est réaliste et dans quelle mesure les conservateurs sont décidés à étendre à eux-mêmes leurs propres politiques d'austérité.

2 commentaires
  • Maxime St-Jacques - Inscrit 14 novembre 2012 06 h 41

    Linflation crée le chômage à long terme

    Voici la leçon qui vient: l'impression de monnaie pour l'investissement privé par le biais des banques, bien que cela sauve l'image de la création d'emploi à court terme, amène une hausse corrolaire des prix à plus long terme et donc, une pression inflationniste exercée sur les payx étrangers par l'exportation de nos produits, suivant l'offre et la demande.

    C'est pour cetet raison que les autres pays n'ont pas besoin de nos produits de base; ils ont compris la leçon et n'achètent pas nos denrées, ce qui a pour effet d'en réduire les prix, suivant la loi de l'offre et de la demande intérieure. Les taux d'intérêts vont donc s'accroître prochainement, puis nous comprendront la notation de Standards and Poor disant que nous avons le système bancaire le plus solide, puisque nous pouvons absorber une masse monétaire à taux hypothécaire très élevée, grâce aux citoyens et à l'emploi toujours créé, mais par l'inflation.

    Il faut recentrer l'économie sur les avantages comparatifs en termes de ressources, et en termes de compétences, cesser d'exporter, et d'importer, nos spécialisation. Il faut aider là où il y a besoin, et non pas pratiquer l'interventionnisme économiquement intéressé comme je le dis si bien. C'est pour cette raison que j'ai participé à la consultation publique de 2010 sur le budget de Flaherty en envoyant un commentaire de 4 fois deux cents mots afin de tisser les grandes lignes d'un nouvel équilibre budgétaire qui sera en parfaite conformité avec les grandes lignes de ce commentaire-ci.
    Merci à tous et bonne chance!

    Maxime St-Jacques de Drummondville,
    BAa UQAM

  • Alain Castonguay - Abonné 14 novembre 2012 10 h 30

    Bonne nouvelle

    Le seul élément positif de cette annonce, outre l'embarras visible du ministre et la langue de bois qu'il a utilisée pour le masquer, est que le gouvernement Harper ne pourra se vanter de sa bonne gestion des finances publiques lorsqu'il sollicitera un nouveau mandat à l'automne 2015.