Une voie féminine de croissance pour l’Afrique

Kah Walla: «Pour changer le pouvoir, on doit l’embrasser.»
Photo: Wef Kah Walla: «Pour changer le pouvoir, on doit l’embrasser.»

Les femmes représentent l’une des grandes chances économiques pour les pays en voie de développement à condition qu’on reconnaisse, notamment, le rôle joué par l’économie informelle, dit une politicienne et entrepreneure camerounaise.

« Les gouvernements et plusieurs grands acteurs économiques continuent de jeter un regard aveugle ou biaisé sur l’économie informelle même si elle compte pour une part importante de leur économie et de l’emploi », déplore Kah Walla, présidente fondatrice d’une firme de consultant en gestion et candidate défaite aux élections présidentielles camerounaises de l’an dernier.


La Banque mondiale estimait en 2007 que l’économie informelle représentait entre le quart et plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) de nombreux pays en voie de développement. On y retrouverait 57 % des emplois non agricoles d’Amérique latine, 78 % de ceux en Afrique et entre 45 % et 85 % de ceux en Asie.


Il s’agirait, entre autres, des petits vendeurs de rues, des marchandes des places du marché, des ouvriers et des artisans, mais aussi de commerces et d’ateliers ayant pignon sur rue, mais dont une partie plus ou moins grande des effectifs et des activités échappe à toute forme de réglementation, d’impôt ou même de simple mesure officielle. L’ensemble de cette nébuleuse représenterait environ un milliard de petits entrepreneurs à travers le monde, dont une forte proportion de femmes, a rapporté la femme de 45 ans à l’occasion du World Entrepreneurship Forum qui se tenait le mois dernier à Lyon, en France, et dont elle est devenue, au fil des ans, l’une des chouchous.


Au lieu de bâtir sur ce dynamisme entrepreneurial, les gouvernements choisissent généralement d’ignorer ce vaste pan de leur économie, quand ils ne lui font pas carrément la guerre en raison de l’image de société retardée qu’il donne, croient-ils, à leur pays. Les banques ne font pas non plus d’effort pour aider son développement au-delà de petits projets de microfinancement. Les gens qui en vivent se retrouvent ainsi sans droit, sans financement et sans voix politique.


Les femmes du marché de Sandaga


Kah Walla a récemment mis sur pied un projet s’adressant aux 1300 commerçants du marché de Sandaga, à Douala, au Cameroun. Constitué à 70 % de femmes, ce marché agricole est l’un des plus importants de l’Afrique centrale, avec des ventes d’un peu plus de 20 millions par année. Le projet comprenait notamment un programme d’enseignement de notions de base en comptabilité et en informatique, une évaluation de l’impact économique du marché, la création d’une mutuelle de financement et une campagne de visibilité auprès des médias. On a rapidement vu les commerçants se servir d’ordinateurs pour s’informer des prix et passer des commandes auprès d’autres grands marchés africains et même asiatiques. Des institutions financières ont commencé à s’intéresser à ce groupe de marchands à l’importance pas si négligeable après tout. Les gouvernements en font autant, particulièrement depuis que des représentantes du marché ont annoncé leur intention de se présenter aux prochaines élections.


« Les femmes africaines sont des marchandes depuis toujours, dit Kah Walla. Comme toutes les femmes, elles ont aussi beaucoup plus tendance à se soutenir et à s’entraider, ce qui est quelque chose qui manque généralement à notre monde. »


D’un autre côté, elles continuent de faire face à toutes sortes d’obstacles liés à la culture traditionnelle. L’inverse est vrai aussi, alors que l’urbanisation et l’occidentalisation de l’Afrique détricotent les liens communautaires sur lesquels les professionnelles pouvaient autrefois compter pour s’occuper de leurs jeunes enfants en leur absence.

 

Oser embrasser le pouvoir


Présidente, depuis 17 ans, d’une firme qui fait des affaires avec des multinationales et des ONG aussi bien en Afrique qu’en Amérique et en Europe, la candidate déclarée à la prochaine élection présidentielle de son pays nourrit de grandes ambitions pour les femmes de son continent. « Ne me parlez plus de microprojets et de microfinancement. Les femmes savent et doivent oser penser macro parce que, pour changer le pouvoir, on doit l’embrasser. »

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