Sandy pourrait secouer l’économie américaine

L’ouragan Sandy alors qu’il s’approchait des côtes américaines lundi.
Photo: NOAA L’ouragan Sandy alors qu’il s’approchait des côtes américaines lundi.

Washington — Quel sera le coût de Sandy pour l’économie ? Des experts chiffrent les futurs dégâts à plusieurs milliards de dollars, mais suggèrent également que le sinistre pourrait dynamiser l’activité.

L’annulation de plus de 10 000 vols, la fermeture temporaire d’entreprises et la suspension des transports à Washington et New York ont mis les experts d’accord : l’ouragan Sandy pèsera sur une économie américaine encore convalescente.


« Les effets pourraient se faire ressentir bien après le passage de la tempête puisqu’il faudra des semaines pour réparer les possibles coupures de courant et les dégâts sur les infrastructures », résument les experts du cabinet d’études Challenger, Gray and Christmas.


La société de gestion des risques Eqecat, qui fait autorité en la matière, a plus précisément estimé entre 10 et 20 milliards de dollars les dégâts que les vents à 110 km/h de Sandy pourraient provoquer sur la côte est. « Les dommages pris en charge par les assurances sont évalués entre 5 à 10 milliards de dollars », a ajouté Eqecat lundi.


Cette estimation place Sandy dans la moyenne des ouragans qui ont récemment déferlé sur les États-Unis : les dégâts causés par Irene en 2011 avaient été évalués à 10 milliards tandis que ceux provoqués par Ike en 2008 avaient été chiffrés à 20 milliards, selon Eqecat. Tous se situent loin derrière Katrina, qui avait dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005 et tué plus de 1800 personnes : les « dommages assurés » avaient été évalués entre 40 et 66 milliards, faisant de cet ouragan la catastrophe naturelle la coûteuse de l’histoire.


Calculer précisément l’impact d’une catastrophe naturelle relève toutefois de la gageure. « Il ne s’agit pas simplement d’additionner les remboursements effectués par les sociétés d’assurances et le coût des dommages non assurés », explique Peter Morici, professeur d’Économie à l’Université de Maryland.


Selon ce spécialiste des catastrophes naturelles, la principale difficulté réside dans le fait que les ouragans et autres séismes peuvent par ailleurs doper l’activité, particulièrement aux États-Unis, « une économie avec un chômage élevé et des ressources sous-utilisées. Les sinistres peuvent donner un coup de pouce à un secteur de la construction aujourd’hui en difficulté et débloquer des investissements », juge M. Morici, selon qui les travaux de reconstruction devraient ainsi générer des investissements de 15 à 20 milliards. Cette hypothèse s’appuie sur des précédents. Après le séisme meurtrier qui avait dévasté la province chinoise du Sichuan en 2008, faisant près de 70 000 morts, une agence gouvernementale chinoise avait calculé que les efforts de reconstruction avaient finalement dopé le PIB du pays de 0,3 %.


Récusant tout cynisme, le cabinet Challenger, Gray and Christmas estime lui aussi que l’économie américaine pourrait au final tirer quelques bénéfices de Sandy. « Une fois le choc passé […], il y aura probablement une augmentation des embauches dans le secteur de la construction […] et une hausse des dépenses des ménages et des entreprises afin de réparer les dégâts », indiquent ces experts.


Selon le cabinet Edmunds, les dommages causés par Sandy pourraient également « pousser des consommateurs à revenir vers le marché » automobile et stimuler les ventes d’automobiles en novembre.


Wall Street fermée


Dans l’immédiat les principales places boursières et obligataires des États-Unis étaient fermées lundi en raison de l’approche de l’ouragan Sandy et elles le resteront mardi, ont annoncé les autorités. C’est la première fois depuis 1888 que la Bourse de New York est fermée pour deux journées consécutives en raison des mauvaises conditions météorologiques. À l’époque, la ville avait été frappée par une tempête hivernale qui avait laissé des amoncellements de plus de 12 mètres de haut en certains endroits.


C’est aussi la première fois depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 que le NYSE ferme ses portes de manière imprévue. La place new-yorkaise avait également suspendu ses activités le 27 septembre 1985 en raison de l’ouragan Gloria.


Plusieurs secteurs dans les environs du district financier de New York faisaient partie d’une zone d’évacuation obligatoire. En début d’après-midi, la tempête poussait déjà le niveau de l’eau au-dessus des digues de la pointe du sud de Manhattan.


Plusieurs grandes entreprises américaines ont de leur côté décidé de retarder de quelques jours le dévoilement de leurs résultats trimestriels.