Carney pourrait réagir à l’endettement des ménages

Mark Carney va surveiller «l’évolution des déséquilibres dans le secteur des ménages».
Photo: La Presse canadienne (photo) Chris Young Mark Carney va surveiller «l’évolution des déséquilibres dans le secteur des ménages».

La Banque du Canada n’est pas pressée d’augmenter les taux d’intérêt, mais elle confirme qu’elle pourrait le faire plus vite que prévu pour freiner l’endettement des ménages.

Sans surprise, la banque centrale a laissé mardi son taux directeur là où il se trouve depuis plus de 2 ans, soit à 1 %. Elle a toutefois fait mentir plusieurs observateurs en ne donnant aucun signe de même seulement envisager la possibilité de réduire le loyer de l’argent pour aider le Canada à faire face au difficile contexte économique mondial. Au contraire, elle a ajouté une nouvelle raison pour à terme entreprendre de resserrer les conditions monétaires, outre le niveau d’inflation.


L’institution dirigée par le gouverneur Mark Carney a encore une fois noté, dans un bref communiqué, qu’en ce contexte de morosité économique mondiale, la croissance au pays continuera d’être principalement alimentée par la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Déjà à un sommet inquiétant, « le fardeau de la dette des ménages devrait continuer d’augmenter avant de se stabiliser », pense-t-on, d’ici la fin de 2014.

 

Le péril de la dette


« Au fil du temps, une réduction modeste de la détente monétaire sera probablement nécessaire », a indiqué la Banque du Canada. Cette formulation constitue un modeste changement par rapport à celle de la dernière décision, au début du mois dernier, qui pourrait indiquer, selon des analystes, que ce resserrement des taux devra peut-être attendre un peu plus longtemps qu’on le pensait. « Le moment et le degré de toute réduction seront évalués avec soin, en fonction de l’évolution économique à l’échelle internationale et nationale », a-t-on répété comme chaque fois, avant d’ajouter : « y compris l’évolution des déséquilibres dans le secteur des ménages ».


La Banque n’en est pas à sa première mise en garde contre les dangers de la hausse continue de l’endettement des ménages au Canada. Désormais à plus de 163 % du revenu des ménages, cet endettement affiche encore un rythme de croissance de 5,6 % par année. Mark Carney avait fait un pas de plus, lors d’un discours la semaine dernière, en laissant entendre que son institution pourrait, au besoin, recourir à une hausse des taux d’intérêt pour freiner cette tendance, mais qu’elle ne le ferait pas sans d’abord « l’annoncer clairement ».


Jusqu’à tout récemment, le mandat de la Banque du Canada l’obligeait à s’en tenir aussi strictement que possible au contrôle à moyen terme de la stabilité des prix. La Banque indique désormais que l’endettement des ménages pourrait être considéré comme une menace à la stabilité financière du pays et l’amener à passer à l’action, même s’il n’y a pas de péril inflationniste en vue. « Son nouveau mandat plus flexible, renouvelé en 2011, lui permet d’agir de la sorte », a observé mardi l’économiste de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie.


Le huard, l’immobilier et l’économie mondiale


Avant de serrer la vis aux ménages canadiens, la Banque du Canada attendra toutefois d’avoir mesuré l’effet du dernier resserrement des règles hypothécaires par le gouvernement fédéral cet été, ont prédit Paul-André Pinsonnault et Krishen Rangasamy de la Banque Nationale. Elle tiendra aussi compte de l’impact sur les exportations de la vigueur du huard.


Déjà survitaminée par les ventes de pétrole et autres matières premières « dont les cours ont augmenté ces derniers mois », la devise canadienne reçoit bien involontairement l’aide, en effet, des investisseurs à la recherche de valeurs refuges et de taux d’intérêt un peu moins bas qu’ailleurs, a noté la Banque du Canada.


Cela se produit alors que l’économie américaine croît lentement, mais graduellement, que « l’Europe est en récession » et que la croissance en Chine et dans les autres économies émergentes « a décéléré un peu plus vite que prévu ». On remarque que « la conjoncture financière mondiale s’est améliorée, sous l’effet des mesures de politiques énergiques prises par de grandes banques centrales, mais le climat demeure fragile ».


Au pays, l’économie « devrait se raffermir et tourner de nouveau à plein régime d’ici la fin de 2013 ». Jusque-là, on pensait que ce retard de croissance pourrait être comblé à la mi-2013. Il faudra notamment composer avec un secteur du logement qui, après avoir « grimpé à des niveaux historiquement élevés », semble maintenant se diriger vers un « déclin ».

 

Pas de hausse avant…


La Banque du Canada en conclut que la croissance économique canadienne sera conforme à ses dernières prévisions officielles, soit 2,2 % cette année (plutôt que 2,1 %), 2,3 % en 2013 (inchangé) et 2,4 % l’année d’après (plutôt que 2,5 %). Une version plus détaillée de ces prévisions et de l’analyse sur laquelle elles se fondent sera dévoilée ce mercredi avec la version automnale de son Rapport sur la politique monétaire.


Ces perspectives économiques ne sont pas trop éloignées de celles des analystes. Elles se révèlent toutefois sensiblement plus optimistes à court terme que celles dévoilées lundi par le Conference Board du Canada, qui parie plutôt sur un taux de croissance de seulement 1,8 % cette année, de 2,3 % l’an prochain et de 2,6 % en 2014.


Cette analyse de la Banque du Canada se révèle finalement moins accommodante que plusieurs l’avaient prévu, a observé Doug Porter. L’économiste de la Banque de Montréal en déduit que sa première hausse de taux d’intérêt viendra vraisemblablement d’ici la fin 2013, « soit dans environ un an ».


Son homologue de la Banque TD, Dina Ignjatovic, croit même que cela pourrait se produire dès la seconde moitié de l’année prochaine.


Benoit P. Durocher du Mouvement Desjardins n’attend rien, quant à lui, avant le début de 2014, tout comme ses confrères de la Banque Nationale.