Libre-échange Canada-UE - L’occasion de renforcer la diversité culturelle

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Photo: La Presse canadienne (photo) Francis Vachon
Pierre-Marc Johnson lors de sa comparution devant les parlementaires québécois.

L’éventuelle entente de libre-échange entre le Canada et l’Europe ne fera pas reculer, mais avancer la protection de la diversité culturelle, assure Pierre Marc Johnson.

Les négociations de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) offrent une « occasion exceptionnelle, pour le Québec et le Canada, de faire cause commune avec l’Europe sur un enjeu comme celui-là », a déclaré mercredi en entretien téléphonique au Devoir le négociateur en chef pour le Québec. « Si le Canada et l’Europe peuvent trouver un texte fort et explicite sur un certain nombre de choses, ça aidera tout le monde, et les Canadiens et les Européens qui pourront s’y référer dans de prochaines négociations où ils risquent de faire affaire avec des interlocuteurs moins proches d’eux ou moins réceptifs à cet objectif. »
 
Joint à Bruxelles, où se poursuivent les négociations, l’ex-premier ministre québécois réagissait à un rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) concluant qu’un moratoire dans toutes les négociations commerciales en cours était nécessaire le temps que le Canada et le Québec se dotent d’une stratégie plus efficace en matière de protection de la diversité culturelle. Le rapport, dont Le Devoir avait présenté les grandes lignes, le matin même, constatait que les accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux ont eu pour effet de contraindre la capacité des pays à protéger et promouvoir leur patrimoine culturel même quand on y avait prévu des mécanismes de protection, comme celui obtenu par le Canada dans son accord de libre-échange avec les États-Unis.
 
Donner vie à la convention de l’UNESCO

Pierre Marc Johnson n’oublie pas que le Québec et le Canada ont été au cœur de l’adoption de la Convention sur la diversité culturelle de l’UNESCO, en 1995, et ne s’étonne pas que certains puissent critiquer les failles des mécanismes de protection déployés jusqu’à présent dans les accords commerciaux. « Ce n’est jamais assez efficace » dans la mesure où ce qui domine les grandes négociations internationales porte bien plus sur les questions de sécurité et de commerce que de protection de la diversité culturelle, dit-il.
 
« La vraie question n’est pas s’il y a un train qui passe, ni s’il faut choisir ou non de l’ignorer. La question est comment utiliser au maximum le passage de [l’AECG] pour renforcer ces principes pour lesquels on s’est battu à l’UNESCO », et que sa convention n’est « d’aucune façon capable » de faire avancer seule.
 
L’ancien conseiller aux Nations unies en matière d’environnement cite en exemple le mouvement écologiste. « Ce qui a permis à l’environnement de prendre un véritable envol et d’avoir un véritable poids — qui n’est pas suffisant, diront certains, mais qui est sûrement plus important qu’il y a 20 ans —, ç’a été l’inclusion de références à l’univers de l’environnement dans les traités d’intérêt commercial. »

En attendant les Américains

La mise au point dans l’AECG d’un vocabulaire et d’outils juridiques plus efficaces en matière de protection culturelle sera précieuse lors des prochaines négociations commerciales que le Canada et l’Europe doivent mener bientôt, dit-il. Il pense notamment à ces négociations que les Européens doivent entreprendre l’an prochain avec les États-Unis, le plus grand exportateur de produits culturels au monde et un grand opposant à la convention de l’UNESCO. On pourrait aussi évoquer les négociations que l’Europe et le Canada doivent mener chacun de leur côté entre autres avec des pays d’Asie, comme le Japon.
 
Entreprises en 2009, les négociations de l’AECG sont censées se conclure avant la fin de l’année. Présenté comme le projet le plus ambitieux entrepris par le Canada depuis l’ALENA, il porte sur un vaste ensemble d’enjeux, allant des services aux barrières commerciales non tarifaires, en passant par les marchés publics, la protection des investisseurs et la propriété intellectuelle.
3 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 18 octobre 2012 03 h 47

    Diversité culturellee

    L’éventuelle entente de libre-échange entre le Canada et l’Europe ne fera pas reculer, mais avancer la protection de la diversité culturelle, assure
    Il faut donc conserver le Musée canadien des civilisations et non le détruire.

  • Christian Montmarquette - Abonné 18 octobre 2012 03 h 51

    Manque de crédibilité, conflit d'intérêt et néolibéralisme


    Malheureusement pour lui, Pierre-Marc Johnson a de sérieux problème de crédibilité, puisqu'il représente aussi des intérêst privés et que son choix idéologique va à contre-sens des intérêts qu'il prétend vouloir défendre.

    Proche collaborateur de l'ancien gouvernement libéral et de Jean Charest, il faut sans cesse interpréter le discours de Pierre-Marc Johnson au travers de la lunette du néolibéralisme, dont l'objectif le premier n'est pas la protection de la souveraineté des États et des cultures, mais au contraire celui leur affaiblissement au profit du libre marché et de la libre entreprise.

    Soyons avisés.

    Christian Montmarquette
    QS-Montréal

    Référence :

    Amir Khadir questionne Pierre Marc Johnson
    Accord économique Canada Europe :

    http://www.youtube.com/watch?v=hOS4hC0x79A

    .

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 18 octobre 2012 08 h 21

      Je suis à ce sujet, parfaitement d'accord avec vous et
      Amir Khadir.