L’Espagne se rapproche d’une demande de sauvetage

L’Espagne se rapprochait mercredi d’une demande d’aide financière qu’elle a repoussée pendant des mois, à la veille d’un sommet où les Européens vont débattre de la supervision bancaire et des moyens de renforcer l’Union monétaire.


Sauf coup de théâtre, aucune demande formelle de Madrid n’est attendue jeudi ou vendredi à Bruxelles, mais elle pourrait être faite la semaine prochaine ou d’ici début novembre, ont confié à l’AFP deux sources européennes. « Les choses évoluent », a confirmé un diplomate européen, et l’Espagne pourrait faire appel au Mécanisme européen de stabilité (MES) pour déclencher une intervention de la Banque centrale européenne sur le marché de la dette.


L’idée serait que Madrid demande un programme de précaution, pour bénéficier du soutien de l’institut de Francfort, sans puiser dans les fonds européens. Ces informations ont entraîné une détente des taux d’emprunt espagnols, passés mercredi sous les 5,5 %, une première depuis début avril.


L’Espagne pourrait profiter du sommet européen pour « expliciter les conditions qui seraient exigées en échange d’une aide », qui viendrait s’ajouter à la ligne de crédit déjà accordée pour ses banques en juin, a précisé le diplomate.


Pour autant, il ne faut s’attendre jeudi à des « développements sur la situation financière et macroéconomique » ni de l’Espagne ni de la Grèce, a prévenu la Commission européenne, même si le sommet pourrait être l’occasion de saluer « les efforts du gouvernement grec », a indiqué une source européenne de haut rang. C’est à un « sommet d’étape » auquel le président de l’UE, Herman Van Rompuy, a convié les dirigeants des 27, afin d’explorer les pistes pour aller plus loin dans l’intégration économique et monétaire, et mieux articuler discipline et solidarité. L’idée est d’aboutir à des décisions lors du sommet de décembre.


Le principal débat politique porteur de tensions est celui entre les 17 membres de la zone euro et les 10 autres pays de l’UE. « On voit bien que la zone euro se dote de plus en plus de mécanismes et de structures propres. Nous devons veiller à éviter une Union européenne à deux vitesses », indique une source européenne.


Les Européens vont tenter d’avancer sur leur projet d’union bancaire, qui passe par un superviseur unique des banques de la zone euro. Mais des désaccords importants subsistent sur le calendrier et sur la forme. L’Allemagne défend une mise en place pas à pas de ce mécanisme adossé à la BCE, quand Paris pousse à avancer « le plus vite possible ». « Nous avons pris les bonnes décisions au sommet des 28 et 29 juin et nous avons le devoir de les appliquer, rapidement », a réaffirmé mercredi le président français, François Hollande, dans un entretien à plusieurs journaux européens. La mise en place d’un superviseur bancaire est d’autant plus importante que c’est la condition pour la mise en oeuvre d’un mécanisme de recapitalisation directe des banques. Ce point intéresse au plus haut point l’Espagne, qui craint de voir l’aide financière pour ses banques alourdir sa dette publique.


Autre sujet de débat pour les 27 : la proposition de budget central de la zone euro avancée par M. Van Rompuy dans le cadre des réflexions sur l’approfondissement de l’Union monétaire. Tous les États membres ne la conçoivent pas de la même manière. Londres voit dans ce projet un argument pour réduire sa part dans le budget pluriannuel de l’UE, qui sera discuté lors d’un sommet fin novembre. Berlin l’envisage comme une « capacité budgétaire » limitée afin d’inciter les États à mettre en place des réformes structurelles, tandis que Paris imagine un outil de solidarité pour permettre à un pays d’absorber d’éventuels chocs.


Sans parler ouvertement d’euro-obligations, M. Van Rompuy évoque un instrument qui serait capable d’emprunter sur les marchés. Mais Berlin s’oppose catégoriquement à toute forme d’émission commune de dette, alors que le président Hollande s’est encore prononcé mercredi pour « une mutualisation partielle des dettes ».