L’endettement des Canadiens franchit un seuil psychologique

Les ménages canadiens sont toujours plus endettés. Ce ratio d’endettement dépasse désormais les 160 % du revenu disponible. Cette barre psychologique, associée à l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, a été atteinte avant que le marché immobilier canadien n’amorce sa correction.

Statistique Canada a annoncé lundi une révision méthodologique de ses données sur l’avoir des Canadiens. L’exercice fait notamment ressortir que l’endettement des ménages en 2011, fixé auparavant à 150,6 %, atteindrait plutôt 161,7 % du revenu disponible. La progression s’est poursuivie en 2012 pour atteindre 163,4 % à la fin du deuxième trimestre, peu avant que le marché immobilier canadien ne s’engage dans sa phase de correction. L’agence fédérale estime obtenir ainsi un portrait plus précis.


Les analystes soulignent que l’atteinte d’un ratio de 160 % aux États-Unis et au Royaume-Uni coïncide avec le déclenchement d’une profonde crise immobilière. Ils tablent cependant sur un atterrissage en douceur. Ils soulignent que le marché immobilier canadien ne repose pas sur les mêmes assises spéculatives, malgré ses poches de surchauffe dans l’Ouest et dans le segment du condominium à Toronto.


La correction est toutefois en cours, enclenchée par le nouveau resserrement des règles hypothécaires annoncées par le gouvernement fédéral à la fin de juillet.


Ainsi, le Conference Board observait un recul des ventes de 5 % ou plus dans 16 des 28 grands marchés canadiens entre juillet et août. Les prix n’étaient toutefois en baisse que dans 9 marchés. Pour sa part, l’Association canadienne de l’immeuble (ACI) dévoilait un repli des ventes de maisons existantes de 5,8 % entre juillet et août, et de 8,9 % par rapport à août 2011. Les reculs observés étaient particulièrement ressentis dans la grande région de Toronto (-12,5 %) et à Vancouver (-30,7 %).


La glissade s’est poursuivie en septembre. Selon les données de l’ACI rendues publiques lundi, les ventes de maisons existantes ont reculé de 15,1 % par rapport à septembre 2011. Elles demeurent toutefois supérieures à celles inscrites le mois précédent.


L’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, a voulu relativiser en faisant ressortir que les données révisées, en dégageant un endettement accru, revoient cependant en hausse la valeur nette des ménages, qui passe de 182 900 $ à 190 800 $ en moyenne. « La majorité de cette hausse était attribuable à une meilleure évaluation des actions non cotées », a expliqué Statistique Canada. Cette révision de la valeur nette étant supérieure à celle de l’endettement au final, l’image financière d’ensemble des ménages s’en trouve améliorée, conclut l’analyste.


Stéfane Marion note cependant que la moitié de l’accroissement de la valeur nette repose sur un accroissement du prix des propriétés. Ce qui a fait dire à Diana Petramala, économiste à la TD, que les données révisées de Statistique Canada montrent que les ménages canadiens sont plus vulnérables à une correction du marché immobilier que ce que l’on pouvait penser


Les changements méthodologiques de Statistique Canada comprennent des modifications apportées à la définition du revenu disponible, ainsi que l’exclusion des activités des institutions sans but lucratif au service des ménages.

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Comment calculer le ratio dette/revenu disponible


Selon le ratio qu’elle utilise, Statistique Canada additionne l’encours de la dette des ménages contractée sur le marché du crédit. Cela comprend le solde de cartes de crédit, les marges de crédit personnelle et hypothécaire, le prêt automobile et les autres prêts à la consommation, le prêt étudiant et les factures impayées. On y ajoute la dette hypothécaire. Ce montant total est ensuite divisé par le revenu disponible des ménages. Ce revenu se calcule en additionnant la rémunération du travail et les transferts gouvernementaux du ménage, et en soustrayant les prélèvements obligatoires, dont l’impôt sur le revenu et les cotisations à l’assurance-emploi, au régime des rentes et à l’assurance médicaments, et les frais de garde.