L’investissement responsable en pleine progression

Benoit Rose Collaboration spéciale
À l’instar des consommateurs, les investisseurs veulent s’assurer de plus en plus que leurs investissements appuient l’environnement, les droits de la personne ou les pays en voie de développement.
Photo: Peter Raider Newscom À l’instar des consommateurs, les investisseurs veulent s’assurer de plus en plus que leurs investissements appuient l’environnement, les droits de la personne ou les pays en voie de développement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’investissement responsable a fait d’importantes avancées au Canada et au Québec au cours des dernières années, soutient Eugene Ellmen. Celui-ci agit à titre de directeur général de l’Association pour l’investissement responsable, un réseau national qui en fait la promotion depuis plus de vingt ans. En attendant la publication de sa Revue 2012, qui dévoilera en décembre les dernières tendances du secteur, l’association a accepté de partager quelques observations avec Le Devoir.


Basée à Toronto, l’Association pour l’investissement responsable (AIR) a vu le jour en 1989. Ses administrateurs fondateurs voulaient créer une organisation qui encouragerait le secteur des placements à répondre aux besoins d’une économie plus humaine et plus respectueuse de l’environnement. Aujourd’hui, elle forme un réseau d’envergure nationale qui regroupe des institutions financières, des sociétés d’investissement, des conseillers financiers et d’autres organisations et personnes intéressées par l’investissement socialement responsable (ISR). Elle est membre du Conseil pour l’éducation des investisseurs.


Son mandat est constitué de quatre volets. Elle veut assumer un rôle de direction pour étendre l’usage des critères sociaux et écologiques dans la communauté financière du Canada. Elle veut augmenter la sensibilisation du public à l’ISR. Elle cherche à justifier les arguments en faveur de l’analyse écologique et sociale auprès des autres organisations d’investissement. Enfin, elle veut aussi fournir un forum et une source de renseignements sur l’ISR à ses membres et au public. Son équipe effectue ainsi de la recherche sur les tendances de ce secteur au pays. Tous les deux ans depuis 2000, elle publie les résultats d’une analyse importante dans sa Revue de l’ISR au Canada, une référence dans le domaine. La septième édition de cette oeuvre pionnière sera disponible sous peu, en décembre prochain.

 

Avancées et rendement


L’association estimait en 2002 qu’il y avait alors, au Canada, pour environ 50 milliards de dollars d’actifs gérés selon différents critères d’ISR. Huit ans plus tard, elle évaluait déjà la somme à 530,9 milliards de dollars, soit près du cinquième des actifs totaux des secteurs des caisses de retraite, de la gestion de fonds et des fonds communs de placement. Au printemps 2011, son directeur général, Eugene Ellmen, soulignait avec enthousiasme que l’ISR avait « fait preuve de résilience dans un contexte difficile occasionné par la crise financière de 2008 ». Cette avenue offrait toujours, selon lui, « une solide solution de rechange aux Canadiens qui désirent investir en conformité avec leurs valeurs personnelles ».


Deux mois avant la publication de la Revue 2012, M. Ellmen nous assure que la progression continue. « L’investissement responsable a fait d’importantes avancées au Canada et au Québec au cours des dernières années. Des conseillers financiers nous disent que les investisseurs leur posent souvent des questions sur l’investissement responsable. Au même titre que les consommateurs soucieux de recycler leurs déchets et d’acheter du café équitable ou des aliments biologiques, [ils] veulent s’assurer que leurs investissements appuient l’environnement, les droits de la personne ou les pays en voie de développement », affirme-t-il par voie de courrier électronique.


Est-ce que ça rapporte vraiment ? Oui, nous dit-on. « Le rendement financier des investissements durables et socialement responsables est comparable à celui de placements traditionnels au profil similaire. » Via son site Internet, l’AIR diffuse une feuille d’information visant à démasquer le mythe du rendement sacrifié sur l’autel des valeurs. Elle affirme qu’un ensemble croissant de preuves empiriques indique que la performance des ISR peut être aussi forte que celles des investissements traditionnels. « Dans certains cas, leur rendement a été supérieur. » Depuis 2000, une lecture comparative du Jantzi Social Index (JSI), un indice de 60 sociétés canadiennes choisies en fonction de critères de responsabilité sociale, et de son indice de référence traditionnel a permis d’arriver à une telle conclusion.


Selon l’AIR, certains chercheurs croient à l’existence d’une « prime sociale » liée à des facteurs sociaux et écologiques, tels qu’une gestion prévoyante, une plus grande productivité, des responsabilités juridiques et sociales moins importantes et l’ouverture de débouchés sur le marché. Le débat est ouvert et les discussions sont sérieuses.

 

Communications directes et activisme


M. Ellmen nous dit aussi qu’il y a, au Canada, « des progrès dans le domaine de l’investissement institutionnel. Les grandes caisses de retraite ont accru de façon marquée leurs communications directes avec les entreprises sur des questions sociales et écologiques, afin d’améliorer leur rendement et leur divulgation d’informations à ces égards, notamment en matière de changements climatiques. Par ailleurs, certains fonds ont entrepris l’examen de nouvelles méthodes prometteuses d’analyse des investissements, y compris des stratégies permettant de prendre en compte les facteurs écologiques et sociaux dans leur évaluation d’une entreprise. »


« Nous croyons que ces développements sont très encourageants, car ils permettront aux investisseurs d’améliorer leur rendement financier et aux entreprises de devenir beaucoup plus socialement responsables », de confier le directeur général.


Les communications directes sont à la base de ce que l’AIR appelle « l’activisme actionnarial », ou engagement d’actionnaires. Ce processus consiste, pour ces derniers, à se servir de leur influence pour provoquer un changement positif chez les entreprises. Cette façon de faire va au-delà de la sélection ou de l’exclusion des actions qui correspondent ou non à une éthique donnée. « Cela comprend plusieurs moyens d’action, notamment des rencontres avec la haute direction, la soumission de propositions d’actionnaires, l’exercice de vos votes à l’égard de propositions d’actionnaires et le désinvestissement d’actions d’entreprises qui ne répondent pas à vos préoccupations », résume l’AIR.


Elle nous renvoie au plus récent bulletin d’information de l’un de ses membres, Placements NEI, qui fait état des faits saillants de l’année 2012. « Nous privilégions la discussion à la présentation de propositions d’actionnaires, mais cela s’avère parfois nécessaire lorsqu’il est impossible de trouver un terrain d’entente avec une société, y admet-on. Principal défi à notre menu cette année : le dialogue avec la société Enbridge à propos de l’opposition soulevée par les communautés autochtones au sujet de son mégaprojet de pipeline Northern Gateway, visant le transport du pétrole des gisements de sables bitumineux de l’Alberta vers la côte britanno-colombienne, d’où il pourra être exporté. »


Alors, en bout de ligne, est-ce que l’ISR peut aussi changer le comportement des entreprises ? « Oui, et voici un exemple : une entreprise peut être exclue des indices ESG [environnement, responsabilité sociale et gouvernance]. La haute direction se préoccupera alors beaucoup de l’incidence de cette exclusion auprès de ses investisseurs et elle prendra le plus souvent des mesures qui permettront à l’entreprise d’être réadmise dans l’indice », de conclure l’association.