La BCE n’imprimera pas de monnaie pour résoudre la crise, prévient Mario Draghi

Mario Draghi
Photo: Agence France-Presse (photo) John Thys Mario Draghi

La Banque centrale européenne (BCE) n’imprimera pas de monnaie pour résoudre la crise de la dette en zone euro, a déclaré mardi son président Mario Draghi.


« La BCE ne peut s’engager dans du financement monétaire et ne peut pas remplacer l’action des États membres [de la zone euro]. Il est trop facile de penser que la BCE peut remplacer l’action des gouvernements ou leur manque d’action en imprimant de la monnaie. Cela n’arrivera pas », a dit M. Draghi lors de son audition devant la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, retransmise par la télévision du Parlement.


Le responsable monétaire a jugé que « la BCE a déjà fait beaucoup », en référence aux liquidités mises à disposition des banques et aux programmes de rachat de dette des États en difficulté de la région, dont le dernier en date, l’OMT, a largement contribué à l’accalmie sur les marchés depuis son annonce début septembre, bien qu’il n’ait pas encore été activé. « Nous avons nos propres responsabilités et nous devons agir dans le cadre de notre mandat », a dit M. Draghi. Un mandat qui lui interdit de financer les déficits publics en imprimant de la monnaie, notamment pour éviter de créer de l’inflation alors que l’objectif fixé à la BCE est de la maintenir sous le seuil de 2 % à moyen terme.


Les rachats d’obligations publiques effectués par la BCE depuis 2010, au travers de son premier programme baptisé SMP, sont entièrement stérilisés, c’est-à-dire que l’institution prend en dépôt de la part des banques un montant équivalent à ces rachats pour éviter de créer de la monnaie.


Alors que la BCE est considérée comme la seule institution en zone euro capable d’agir vite et avec des moyens financiers puissants contre la crise de la dette qui mine la région, cette dernière a toujours déclaré que c’était aux gouvernements de remettre leurs finances en ordre s’ils voulaient sortir de la crise. « La zone euro fait de bons progrès en direction de fondations saines », a jugé une nouvelle fois mardi M. Draghi, tout en appelant encore les responsables gouvernementaux à ne pas relâcher leurs efforts.


« Sans doute le processus de consolidation fiscale va mener et a mené à une baisse du PIB dans plusieurs régions de la zone euro. Mais quelle est l’alternative ? », a-t-il questionné devant les interrogations concernant une austérité qui coûte beaucoup à certaines populations. « Ces réformes sont douloureuses dans le court terme, en particulier pour ceux qui ont perdu leur emploi ou risquent de le perdre, mais elles sont nécessaires pour un retour de la croissance », a-t-il encore dit.


Il a salué en particulier les efforts de deux pays sous assistance extérieure, l’Irlande et le Portugal, ce dernier étant « sur le point de retrouver l’accès aux marchés financiers ». Quant à la Grèce, elle a aussi fait des progrès « perceptibles » et « significatifs » en matière de réformes, même s’il reste du travail à accomplir, a-t-il dit. Il s’est en revanche refusé à commenter plus avant l’état des finances d’Athènes avant le rapport de la troïka de ses bailleurs de fonds attendu a priori à la mi-octobre.


Interrogé sur son programme OMT, M. Draghi a déclaré qu’il ne pourrait bénéficier qu’aux États ayant accès aux marchés financiers « sinon cela serait considéré comme du financement monétaire ».