Martine Ouellet aux Ressources naturelles - L’industrie minière est encore sous le choc

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet.

Un mois après l’élection du gouvernement péquiste, le secteur minier manifeste plusieurs « inquiétudes » quant à la volonté de Québec de tirer davantage de revenus de cette industrie, mais aussi de revoir les orientations prises dans le cadre du Plan Nord des libéraux. Les incertitudes seraient telles qu’il serait plus difficile d’obtenir du financement pour mener des projets en sol québécois.

«Pendant la campagne électorale, les entreprises d’exploration qui allaient chercher du financement à l’extérieur du Québec se faisaient surtout poser des questions sur la situation politique. Les investisseurs étaient très préoccupés, a affirmé au Devoir la directrice générale de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ), Valérie Fillion. Après les élections, il y a eu d’autres questionnements. Les gens demandent : “ Si j’investis dans ton projet, est-ce que tu seras en mesure de le faire progresser pour que ça vaille la peine que j’investisse ? ” Il y a beaucoup d’incertitude chez les investisseurs.»


Mme Fillion a reconnu que l’incertitude est une composante incontournable de la filière minérale, un secteur soumis des cycles importants. « Mais là, on en ajoute davantage. On va où ? On fait quoi ? » Selon elle, la nomination de Martine Ouellet à la tête du ministère des Ressources naturelles - « un ministère à vocation économique » - n’aurait pas contribué à apaiser les entreprises. Mais même si des représentants du lobby patronal n’ont pas hésité à la qualifier la ministre de « militante environnementaliste », Valérie Fillion a reconnu qu’elle étudie ses dossiers « attentivement ».


André Lavoie, le directeur des communications et des affaires publiques pour l’Association minière du Québec, estime lui aussi que les entreprises minières qui veulent exploiter le sous-sol québécois se posent beaucoup de questions depuis l’élection du 4 septembre. « On ne connaît pas le plan de match », a-t-il laissé tomber mercredi. La volonté du Parti québécois de bonifier le régime de redevances fait partie des éléments qui inquiètent les joueurs du secteur. « L’inquiétude réside dans le fait qu’on est en attente. »


L’AEMQ croit d’ailleurs que le nouveau gouvernement devrait revenir sur sa volonté d’augmenter les redevances. Celles-ci ont atteint quelque 360 millions en 2011, alors que la valeur des ressources exploitées dépassait les 9 milliards. Le gouvernement souhaite imposer une redevance de 5 % sur la valeur brute des ressources extraites, que l’entreprise dégage des profits ou non. Il espère aussi instaurer une taxe sur le surprofit des entreprises, au-delà d’un rendement de 8 %. « On lance un message et il n’y a pas d’étude ou de chiffres pour appuyer la proposition », a soutenu Valérie Fillion. Selon elle, le taux de 8 % ne tient pas compte de la réalité des minières, puisque les institutions financières exigeraient souvent 15 % de retour sur l’investissement dans ce secteur risqué. « C’est quoi le message ? Ça ne marche pas. »


Même refus de voir le gouvernement obliger les minières à procéder à la transformation des ressources au Québec. Soulignant que plusieurs projets fonctionnent déjà, M. Lavoie a invité le gouvernement à opter pour « des mesures incitatives au lieu de mesures coercitives ». Mme Ouellet n’a pas encore précisé ce qu’elle entendait, mais elle a dit qu’elle pourrait prévoir des dispositions dans la future Loi sur les mines.


Loin de jouer l’affrontement, la ministre des Ressources naturelles a insisté, en entrevue au Devoir vendredi dernier, sur sa volonté de discuter avec les entreprises minières avant de proposer des mesures pour accroître les retombées économiques de l’industrie.


Devant un développement minier qui se déploie surtout en territoire éloigné, Martine Ouellet s’est aussi dite ouverte à l’idée d’investir des fonds publics dans les infrastructures - ports et routes, par exemple - qui permettront aux minières de mener leurs projets. Plusieurs études ont déjà été lancées pour de telles infrastructures sous les libéraux. Qui plus est, des projets miniers souhaitent être reliés au réseau d’Hydro-Québec pour alimenter leurs projets en énergie.


Mme Ouellet n’a par ailleurs pas voulu dire si les péquistes imposeront une taxe spéciale au secteur minier afin de payer pour la restauration des sites miniers abandonnés. Elle avait pourtant pressé les libéraux de mettre en place un tel mécanisme l’hiver dernier dans le cadre de la commission parlementaire qui étudiait la refonte de la Loi sur les mines. La facture refilée entièrement aux contribuables pourrait atteindre 1,25 milliard de dollars, selon les plus récentes données.

22 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 4 octobre 2012 05 h 28

    Il me semble que c'est naturel.

    Les malades sont-ils sous le choc quand on nomme un médecin au Ministère d ela santé? Je ne pense pas dans le mesure où celui-ci voit les priorités de son ministère sont pour les soins aux malades. Un médecin au Ministère d ela santé qui prioriserait les privilèges de ses collègues serait mal vu de la population.

    Cela dit, l'industrie minière aurait peut-être voulu un membre de leur personnel comme Ministre à ce ministère? Doit-on considérer l'industrie minière comme étant prioritaire face aux exigences de l'environnement sachant que nous sommes tous dépendant sans rire de la qualité de l'environnement?

  • Luc Normandin - Abonné 4 octobre 2012 06 h 47

    Enfin!

    Ce gouvernement est comme une bouffé d'air frais!
    On a l'impression qu'enfin on redevient propriétaire de nos ressources et que l'environnement est enfin réellement pris en compte!
    Pourvu que ça dure!

  • Roger Lapointe - Abonné 4 octobre 2012 07 h 05

    Martine Ouellet,le meilleur choix comme ministre.

    Martine ouellet est sans aucun doute le meilleur choix comme ministre des Ressources Naturelles dans le contexte actuel où les minières en mènent large avec nos richesses et les profits faramineux qui en découlent. Il est plus que temps que cesse ce vil chantage de l'industrie qui a toujours agit à sa guise comme dans une république bananière.Il nous reste souvent comme ici en Abitibi, que des résidus toxiques comme héritage de ce monde irresponsable s'il n'est pas sévèrement encadré.La refonte de la loi sur les mines est une urgence nationale avant de se retrouver encore une fois avec un gouvernement irresponsable qui lèche les botte des magnats de cet empire minier.

    • Roger Lapointe - Abonné 4 octobre 2012 09 h 26

      Noua aurons à acquitter dans un avenir rapproché,une facture de 1 milliard de $ pour la restauration des sites miniers abandonnés par des entrprises qui ont changées de nom ou qui sont carrément disparues dans le néant...

    • Jean Guy Nadeau - Abonné 6 octobre 2012 04 h 48

      Si les minières payaient pour les déchets de leur industrie, ce serait un pas dans la bonne direction

  • André Michaud - Inscrit 4 octobre 2012 08 h 55

    Mêler Industrie et écologie

    Industrie et écologie sont deux choses différentes.

    Il faut un ministre pro industrie pour s'ocuper de façon efficace du côté commercial et un ministre de l'environnement pour appliquer des normes environnementales.

    Il ne faut pas un pro-industrie à l'environnement, ni un pro écolo à l'industrie et aux mines.

    Avec le déclin de la demande minière, l'augmentation des redevances et une écolo comme ministre, pariez que peu seront attiré à venir investir au Québec dans le secteur minier. Ils sont plus bienvenus dans les autres province qui ont aussi des mines..

    On vient de sortir de la compétition économique ..mais les écolos qui veulent le calme plat et aucun développement dans le nord seront bien content. Un Québec calme, propre ... et pauvre.

    • Roger Lapointe - Abonné 4 octobre 2012 09 h 30

      Écologie et développement;les deux se conjuguent pourtant très bien ensemble.C'est la valeur du gisement et d'autres variables comme la main-d'oeuvre qualifiée et l'expertise des sous-traitants qui amènent son développement qui sont des contraintes tout a fait normales dans un pays civilisé.

    • André Michaud - Inscrit 4 octobre 2012 11 h 34

      @ Roger Lapointe

      Les compagnies ayant déjà investi des milliards ne quitteront sûrement pas.

      il faudra voir combien d'autres compagnie seront intéressées à venir investir d'autres milliards dans d'autres projets miniers. Et si les autres provinces ont de meilleurs conditions à offrir, ils iront logiquement ailleurs.

      Nos richesses naturelles sont notre plus gros atout financier dans l'économie mondiale.

      Et comme le disait le ministre des finances péquiste , l'état n'a pas les moyens d'investir et risquer 12 milliards pour seulement une mine de fer. On peut seulement prendre des parts en collaboration avec des minières.

      Ne nous leurrons pas, on a besoin des minières pour assurer notre prospérité économique et payer tous nos services publiques. Si on les considère comme des ennemis on court vers une situation comme en Grèce ou en Espagne et ce sont évidemment les plus démunis qui écoperont. Quand une céonomie n'est pas propère ce sont toujours les plus pauvres qui en souffre le plus.

      N'oublions pas que l'emploi dans les mines est très très rénumérateur, presque rien en bas de 80,000$ par année. Sans parler de toutes les emplois engendrés indirectement.
      Avec la dette actuelle on ne peut se permettre de jouer aux purs et durs.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 4 octobre 2012 12 h 02

      L'industrie devrait toujours avoir une vision écologique de leurs activités...Nous sommes au 21ieme siècle , la planète est malade et bientôt il y aura 2 milliards de personnes de plus sur cette terre. Il faut avoir une vision à long terme du développement et réduire les conséquences néfastes de ce développement.
      Les gens de l'industrie minière ont des enfants et se doivent d'assurer leur survi sur cette planète...

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 4 octobre 2012 14 h 48

      @ André Michaud:

      Rions un peu ensemble et rappellons nous de la loi de l'offre et de la demande:

      Nous avons l'offre (ressource), il ont la demande (besoin). La quantité de métaux et ressources rares étant limitées sur la planète, leur prix ne peut que grimper avec la diminution des stocks (industrie pétrolière à preuve). Autrement dit, de quoi avons nous peur ?

      Les compagnies seront FORCÉES tôt ou tard de venir acheter leurs ressources ici. Si nous attendons 5 ans que les méthodes d'extraction soient plus sécuritaires, nous n'aurons rien perdu et même probablement tout à gagner.

      L'argument de l'industrie à toujours été "nous irons ailleurs, là ou c'est moins cher", mais il ne s'agit que d'un arguement fallacieux pour savoir qui va recevoir des pécadilles en premier. L'exemple de l'industrie minière européene devrait nous inspirer: ils ont fait une extraction rapide de leurs ressources et sont maintenant aux prises avec d'innombrables problèmes environnementaux directement reliés à l'exploitation minière.

      Bien d'accord que nous devons avoir une bonne économie, mais ce n'est pas une raison pour la mettre avant toute chose. On a beau avoir la meilleure économie sur papier, celà ne veut rien dire du point de vue environnemental et social. Si exploiter nos ressources maintenant veut dire limiter le potentiel économique du Québec à long terme (dégradation de l'environnement, disparition des ressources, etc.), alors nous courrons vers une catastrophe bien pire encore que le maintien de notre dette nationale pour quelques années....

      Jérémie Poupart Montpetit
      Étudiant au doctorat en science de l'environnement, UQAM

    • André Michaud - Inscrit 5 octobre 2012 00 h 19

      @ Louise Lefebvre

      Moi aissi je veux un environnement potable pour mon petit fils.

      Les minières au québec depuis les dernières années ont tous une division environnement et ont grandement amélioré leurs moyens de production. Ils veulent être le plus vert possible tout en restant dans les prix concurents, ne serais-ce que pour leur image. Ils savent que les média sont partout..

      De plus la loi les oblige maintenant à mettre des dizaines de millions de côté pour après la fin de l'exploitation de la mine, laisser un environnement le plus "naturel" possible.

  • François Dugal - Inscrit 4 octobre 2012 08 h 58

    Le party

    Le party est terminé: yes!

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 4 octobre 2012 14 h 49

      il n'est pas terminé, mais un grand pas est déjà fait... reste à savoir comment le reste du dossier sera géré.

      Petit bémol, le meilleur moyen de contrôler réellement l'exploitation des ressources naturelles serait une nationalisation partielle de ces industries. Pourquoi est-ce que personne ne le propose ? sommes nous si peu innovateurs dans nos solutions ?

    • Gabriel Auclair - Inscrit 4 octobre 2012 23 h 54

      Ça couterait trop chère et ça ne va pas nous permettre de contrôler réellement l'exploitiation des ressources naturelles.
      Pour vraiment avoir le contrôle, il faudrait avoir au moins 50% + 1 actions par compagnie.