Uniterra en Guinée - Et les pêcheurs pêchent!

Martine Letarte Collaboration spéciale
Les pê?cheurs guinéens peuvent recevoir un prêt de la MECREPAG.
Photo: CECI Les pê?cheurs guinéens peuvent recevoir un prêt de la MECREPAG.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives-Sommet international

Une coopérative d’épargne et de crédit a été créée en Guinée grâce au soutien du programme Uniterra, créé par le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) et l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC).

Auparavant, il était pratiquement impossible pour un pêcheur artisan guinéen d’obtenir du crédit pour acheter un moteur pour son embarcation. C’est un investissement important pour de tels travailleurs à revenu modeste. Aujourd’hui, le pêcheur peut se tourner vers la Mutuelle d’épargne et de crédit des pêcheurs artisans de Guinée (MECREPAG) pour obtenir un prêt. « Il y avait des caisses de crédit auparavant, mais les taux d’intérêt étaient beaucoup trop élevés pour que le financement soit accessible aux pêcheurs », indique d’emblée Dian Diallo, directeur pays du CECI et coordonnateur pays du programme Uniterra, en Guinée.


L’Union nationale des pêcheurs artisans de Guinée, partenaire d’Uniterra, a manifesté en 2004 le besoin criant que ses travailleurs aient accès à un microfinancement de proximité à des taux abordables. La décision de créer une coopérative s’est donc prise rapidement. « C’est leur mutuelle, indique M. Diallo. Les pêcheurs peuvent épargner et octroyer du crédit. Ce n’est pas comme une banque qui vient imposer ses règlements. »


« Les pêcheurs sont donc non seulement des usagers de la mutuelle, mais ils participent également à toutes les décisions qui sont prises », affirme Fatoumata Barry, directrice générale de la MECREPAG, qui a accordé un entretien téléphonique au Devoir à partir de la Guinée.


On parle de pêcheurs ici, mais, en réalité, on fait référence à tous les travailleurs du secteur, qui sont en grande majorité des femmes. « À part pêcher en mer, ce sont les femmes qui font toutes les autres activités liées à la pêche, précise Mme Barry. Elles représentent 75 % de nos 2200 membres. On privilégie donc les femmes pour le crédit. Elles forment des groupes de trois à cinq femmes pour obtenir des fonds de roulement pour des activités de transformation du poisson. »


Les prêts pour l’achat d’un moteur sont aussi une part importante des activités de la MECREPAG. « Le taux de motorisation est seulement de 29 %, indique Fatoumata Barry. On prête au pêcheur les 2/3 du prix du moteur, mais le moteur appartient à la mutuelle jusqu’au remboursement final du prêt. Avant de prêter, on regarde toujours, bien sûr, la capacité de la personne à rembourser. »


La MECREPAG accorde également du crédit pour l’achat d’autres types d’équipement, comme des filets. Il est aussi possible d’obtenir des fonds de roulement pour les différents corps de métier actifs dans le domaine de la pêche artisanale : menuisiers, mécaniciens de moteurs, etc.

 

Un contexte de pauvreté


Il aura fallu trois ans pour faire des études de faisabilité et des démarches juridiques et rendre la coopérative fonctionnelle à Conakry, la capitale du pays. Ensuite, on a dû habituer les pêcheurs à l’épargne. « Auparavant, les pêcheurs gagnaient de l’argent et le dépensaient le jour même, raconte Mme Barry. La caisse maintenant ouverte dans le port encourage l’épargne. Une fois leur journée de travail terminée, ils peuvent tout de suite déposer leur argent pour qu’il soit en sécurité. L’épargne a aussi l’avantage de pouvoir être bénéfique à un autre pêcheur qui a besoin de crédit. Par contre, les coopératives sont méconnues en Guinée. Nous donnons donc des formations aux membres sur leur fonctionnement. »


« Chaque fois qu’on accorde un crédit à un membre, indique la directrice générale, on met en place un système d’épargne obligatoire équivalant à 10 % du capital à rembourser. Lorsque le membre a terminé de rembourser son prêt, il peut récupérer son montant épargné. L’avantage de l’épargne obligatoire est qu’elle assure des fonds à la coopérative. »


Après Conakry, la MECREPAG a ouvert cinq autres caisses dans d’autres ports. « Le défi maintenant est de consolider le réseau. Nous souhaitons améliorer l’efficacité de la gestion de chacune des six caisses », affirme M. Diallo. Et, « pour chaque caisse, nous devons avoir un bon contrôle interne et une bonne gouvernance », affirme Mme Barry, qui viendra au Canada en novembre pour visiter différents établissements de microfinance et participer aux Journées québécoises de la solidarité internationale.


De plus, Uniterra enverra un volontaire canadien à Conakry en novembre pour consolider le réseau des caisses. « Il rejoindra un autre volontaire national bien expérimenté dans le microcrédit, qui est là six mois pour aider la mutuelle à améliorer ses politiques de gestion des ressources humaines et financières », indique Dian Diallo.


Le volontaire canadien rencontrera toutefois sur son chemin la barrière de la langue. « Mme Barry a recruté des gens locaux pour travailler dans les caisses, donc, c’est bien, parce qu’ils parlent le soussou, la même langue que les pêcheurs, indique M. Diallo. Par contre, il y aura un défi de communication entre eux et le volontaire canadien. »


Il a toutefois bon espoir que la MECREPAG continuera à progresser. « Le projet est devenu un vrai succès, affirme-t-il. Maintenant, la MECREPAG réussit à aller chercher de nouveaux partenaires financiers. Elle reçoit des fonds du ministère de la Pêche et aussi de l’ONG européenne Plan international. »


Fatoumata Barry continue d’ailleurs à tisser des alliances. « La MECREPAG est présente dans des régions reculées où les banques classiques ne le sont pas, affirme-t-elle. Elles pourraient donc passer par nous pour atteindre de nouvelles clientèles en nous donnant accès à du crédit à un taux accessible. Je commence en ce moment mes démarches auprès des banques. »



Collaboratrice