Gaz de schiste - Le PQ sème la confusion, accuse Lucien Bouchard

M. Bouchard a même repris l’idée d’atteindre l’«indépendance énergétique», chère à Pauline Marois, pour dénoncer sa ministre des Ressources naturelles.
Photo: Paul Chiasson M. Bouchard a même repris l’idée d’atteindre l’«indépendance énergétique», chère à Pauline Marois, pour dénoncer sa ministre des Ressources naturelles.

Lucien Bouchard s’est attaqué au gouvernement de Pauline Marois, vendredi, en dénonçant les propos tenus la veille par la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. Cette dernière a soutenu que l’exploitation des gaz de schiste ne sera jamais sécuritaire. Le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec s’explique mal cet « interdit inconditionnel et a priori » de la ministre, alors qu’une évaluation environnementale est en cours afin de déterminer comment exploiter cette ressource fossile de façon « responsable ».

« Le gouvernement a-t-il déjà conclu, à l’instar de la ministre, d’imposer de toute façon un moratoire à l’exploration et à l’exploitation du gaz naturel de schiste, peu importent les résultats des études en cours ou à venir ? », a demandé le président du lobby pétrolier et gazier du Québec, par voie de communiqué.

 

M. Bouchard a ainsi rappelé que le gouvernement Charest, favorable à l’exploitation du gaz de schiste, avait confié à un comité de 11 personnes le mandat de mener une évaluation environnementale stratégique sur l’industrie du gaz de schiste. Ce comité a déjà commandé diverses études et mène des rencontres au Québec et ailleurs afin d’évaluer notamment la « pertinence socioéconomique » et les risques environnementaux de cette filière. Il a obtenu un budget de sept millions de dollars, puisés à même les fonds publics. Le comité, mis sur pied à la suite de la publication d’un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), doit remettre son rapport à l’automne 2013. En attendant, il n’existe pas de moratoire pour l’industrie au Québec. Mais aucune entreprise n’a procédé depuis à des opérations de fracturation.

 

Lucien Bouchard se demande d’ailleurs quel message la ministre des Ressources naturelles veut envoyer lorsqu’elle affirme vouloir imposer un « moratoire complet ». « Une décision gouvernementale d’imposer formellement un moratoire prendrait les allures d’un coup de pied dans une porte ouverte, puisque, depuis maintenant plus de deux ans, et certainement encore pour deux ou trois autres années, il n’y a et n’y aura pas d’exploration, et encore moins de production, de gaz de schiste sur le territoire québécois. » Il faut dire que l’industrie n’a pas manqué de manifester ses inquiétudes quant à l’avenir du secteur gazier au Québec. Qui plus est, les prix sur les marchés ont fortement chuté au cours des dernières années en raison d’une offre abondante.

 

Selon l’ex-premier ministre, la volonté de Mme Ouellet de confier au BAPE une étude sur le gaz de schiste crée par ailleurs de la « confusion ». « L’annonce du renvoi du dossier au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement signifie-t-elle la révocation du mandat du Comité et la dissolution de ce dernier ? », a-t-il souligné dans sa déclaration. « Si l’existence de ce comité est maintenue, il serait imprudent d’en devancer les conclusions et encore plus téméraire de nier les innovations technologiques déjà réalisées aussi bien que la possibilité de progresser dans ce domaine », a ajouté Lucien Bouchard.

 

Plaidoyer proschiste

 

Le représentant le plus en vue de l’industrie de l’énergie fossile a aussi livré un plaidoyer pour le gaz de schiste. « Pourquoi ne pas se réserver la possibilité de prendre en compte les nombreuses études déjà faites ailleurs qui concluent à l’existence de technologies sécuritaires pour extraire cette ressource dont l’exploitation, aux États-Unis seulement, pourrait créer jusqu’à 600 000 emplois, selon le président américain ? »

 

M. Bouchard a même repris l’idée d’atteindre l’« indépendance énergétique », chère à Pauline Marois, pour dénoncer sa ministre des Ressources naturelles. « Comment expliquer l’interdit inconditionnel et a priori de la ministre alors que, du côté de nos voisins du sud, le président Obama s’est engagé à poursuivre activement l’exploitation de cette ressource pour des raisons à la fois environnementales et liées à l’atteinte de l’indépendance énergétique de son pays, objectif que s’est également donné la première ministre du Québec, dans sa déclaration [de mercredi] ? »

 

L’Association pétrolière et gazière a également profité de sa sortie publique pour réclamer une rencontre avec le nouveau gouvernement. Le regroupement a au total 33 lobbyistes inscrits au registre québécois.

 

Lorsqu’elle était ministre des Ressources naturelles, la libérale Nathalie Normandeau avait à plusieurs reprises affirmé qu’elle était favorable au développement du gaz de schiste au Québec, et ce, alors qu’il n’y avait eu aucune étude de menée sur les impacts possibles de cette filière. Lors du congrès de l’Association pétrolière et gazière du Québec, en octobre 2009, elle avait dit vouloir présenter « une loi plus moderne, plus proactive » pour encadrer l’exploitation du gaz de schiste et du pétrole au Québec. « En fait, on veut mettre de côté la bureaucratie, avait-elle expliqué. On veut faciliter votre vie, parce qu’on est bien conscients qu’en facilitant votre vie, on va permettre de créer plus de richesse au Québec. On va vous permettre de déployer vos ailes et, dans ce sens, on souhaite une loi qui nous permette d’être plus efficaces. »

 

Au cours de l’été 2010, alors que le débat sur l’exploitation de cette ressource fossile prenait de l’ampleur, le gouvernement Charest comptait toujours déposer dès l’automne 2010 un projet de loi pour encadrer l’industrie. Il n’y avait toujours eu aucune étude environnementale de cette filière alors méconnue au Québec. On prévoyait même la mise en production des premiers puits commerciaux pour la fin de 2010. Ceux-ci auraient, selon une disposition inscrite dans le budget 2009-2010, bénéficié d’un congé de redevances de cinq ans.

 

Il n’a pas été possible d’obtenir de réaction de la part du Parti québécois vendredi.

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