Audiences du CRTC sur l’acquisition d’Astral - Veut-on créer un «Bellusconi»?

Le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation des médias au Canada si jamais le CRTC avalise la transaction entre Bell et Astral.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation des médias au Canada si jamais le CRTC avalise la transaction entre Bell et Astral.

La concurrence qui prévaut dans le monde des médias pourrait s’« étouffer », au cours des prochaines années, si le CRTC autorisait l’achat d’Astral par Bell, a avancé Québecor mardi, n’hésitant pas à parler de « point de non-retour ».


Évoquant une emprise potentiellement similaire au pouvoir dont jouit le conglomérat italien de Silvio Berlusconi, l’entreprise de Pierre Karl Péladeau s’est affairée, au deuxième jour des audiences publiques, à prédire un « nombre effarant de précédents».


L’organisme de réglementation fédéral entend toute la semaine des avis concernant l’achat proposé d’Astral par Bell, une transaction de 3,38 milliards que les deux joueurs voient notamment comme une façon d’affronter la concurrence de nouveaux venus de l’étranger comme Netflix et Apple.


Québecor, Cogeco et certains groupes de consommateurs craignent que l’union donne à Bell un rapport de forces démesuré lors de l’acquisition de droits de diffusion - par exemple de séries télévisées ou d’événements sportifs - ou de la négociation avec les annonceurs.


« Le Canada deviendrait non seulement l’un des pays ayant l’un des taux de concentration les plus élevés dans le champ de la radiodiffusion, mais il serait aussi le seul où les autorités réglementaires auront accepté une combinaison de la plus importante entreprise de télécommunications, bâtie sur un monopole consenti par l’État pendant plus d’un siècle, avec un pôle de radiodiffusion dont le seuil de concentration effleure celui du conglomérat Mediaset de Silvio Berlusconi en Italie », a dit M. Péladeau en compagnie de plusieurs hauts gradés de Québecor, de Vidéotron et de TVA.

 

Doute sur les conditions


En guise de conclusion, M. Péladeau a semé le doute sur un feu vert qui serait par ailleurs assorti de conditions, saisissant l’occasion pour lancer une flèche à Bell. « L’histoire a prouvé à maintes reprises que, quelles que soient les conditions que vous pourriez imposer, a-t-il dit aux commissaires du CRTC, elles deviendront la cible des centaines de spécialistes en affaires réglementaires


En plus de son service de télévision par satellite, Bell possède CTV, TSN et RDS, de même que des stations de radio et des chaînes telles que MuchMusic, Discovery Channel et Bravo. De son côté, Astral compte des chaînes populaires au Québec comme Vrak TV, Canal Vie et Canal D. Astral exploite également plus de 80 stations de radio (NRJ, Rouge FM, etc.) et un réseau de 10 000 panneaux d’affichage.


Selon de récentes données du CRTC, Québecor est au premier rang au Québec, avec 30,5 % du marché de la télé, suivi d’Astral à 18,3 %, la Société Radio-Canada à 16,6 % et Bell à 8,3 %.


Lundi, la direction de Bell a fait valoir qu’elle était la seule entreprise capable d’avaler Astral sans devoir aussitôt remettre certaines de ses parties en vente. Le président d’Astral, Ian Greenberg, a dit que la famille fondatrice veut vendre la compagnie et qu’en l’absence d’un acheteur aux reins solides comme Bell, Astral deviendrait la proie de vautours qui s’amuseraient à démanteler la compagnie dans un exercice d’« ingénierie financière ».

 

Québecor, un autre géant


À un moment, le nouveau président du CRTC, Jean-Pierre Blais, a demandé à Pierre Karl Péladeau si toutes les grandes entreprises ne font pas un peu toutes la même chose, lorsque vient le temps de maximiser le profit.


« Vous n’êtes pas sans savoir que vous êtes, vous aussi, un géant dans le marché médiatique et que vous utilisez votre poids pour maximiser la valeur pour les actionnaires. Certains diront que c’est ce que Bell et Astral tentent de faire aussi », a dit M. Blais, un avocat de formation qui a été nommé à la présidence du CRTC au mois de juin.


« J’en conviens, mais il y a plusieurs façons d’agir », a répondu M. Péladeau. « Chose certaine, le précédent qui serait créé, si vous deviez autoriser la transaction, c’est une domination du marché anglophone et francophone. Un précédent qui n’existe pas à l’heure actuelle. Chacun des marchés est très concurrentiel. »


Si le CRTC entérinait la transaction, le tandem Bell-Astral enregistrerait 80 % des revenus de publicité sur les chaînes spécialisées, a affirmé le président de TVA, Pierre Dion.

 

RDS Radio


En début de journée, la direction de Bell a demandé au CRTC la permission de métamorphoser la station montréalaise TSN Radio (990 AM) en RDS Radio. En contrepartie, la société augmenterait le contenu sportif de la station anglophone CJAD, qui appartient présentement à Astral. Sinon, a dit Bell, il aurait fallu vendre TSN Radio - à cause des règles sur la propriété maximale du nombre de stations d’une même langue - et rien ne dit que l’acheteur en aurait conservé le format.


Les commissaires du CRTC s’étonnent de cette demande, puisque l’organisme a permis à Bell l’an dernier de retirer la station TSN Radio du 990 AM pour la réinstaller au 690 AM.

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