Pour une stratégie concertée contre la faim

La Banque mondiale rapportait la semaine dernière que les prix alimentaires mondiaux ont augmenté de 10 % seulement au cours du petit mois allant de juin à juillet. Cette hausse, principalement attribuée à des sécheresses aux États-Unis ainsi que dans d’autres grands pays producteurs d’Europe de l’Est, comme la Russie et l’Ukraine, a atteint 25 % pour le blé, 17 % pour le soja et 25 % pour le maïs.
Photo: Agence France-Presse (photo) Saul Loeb La Banque mondiale rapportait la semaine dernière que les prix alimentaires mondiaux ont augmenté de 10 % seulement au cours du petit mois allant de juin à juillet. Cette hausse, principalement attribuée à des sécheresses aux États-Unis ainsi que dans d’autres grands pays producteurs d’Europe de l’Est, comme la Russie et l’Ukraine, a atteint 25 % pour le blé, 17 % pour le soja et 25 % pour le maïs.

Témoin d’une nouvelle flambée des prix de certains aliments, l’ONU évoque les dures leçons apprises ces dernières années pour en appeler à une « intervention rapide et coordonnée à l’échelle internationale » afin « d’empêcher la répétition » de la crise alimentaire qui avait frappé le monde en 2007-2008.


« Il nous faut agir sans délai pour éviter que ces chocs de prix n’aboutissent à une catastrophe affligeant des dizaines de millions de personnes au cours des prochains mois », ont affirmé hier, dans une déclaration commune, les dirigeants de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et du Programme alimentaire mondial (PAM).


Selon les trois organisations, il faut déployer parallèlement des mesures immédiates visant à réduire l’ampleur de l’impact sur les populations les plus vulnérables, ainsi que des stratégies à long terme visant à développer les capacités de production à une époque de croissance démographique, d’intensification de la demande et de changements climatiques.


À court terme, elles plaident pour la mise en place de filets de sécurité minimums en faveur des populations les plus démunies et des petits producteurs afin de leur éviter d’être victimes de la faim, de perdre leurs actifs et de plonger dans la pauvreté. On rappelle aussi à la communauté internationale ses promesses passées de réduire la demande de biocarburant lorsque la faim menace.


Les dernières années ont également montré que « les choses à éviter sont tout aussi importantes que les choses à faire », a-t-on noté. On a vu, par exemple, comment la constitution de réserves alimentaires « dictées par la panique », tout comme la mise en place de barrières aux exportations, se révèlent « généralement


Mais « tant que nous n’aurons pas trouvé le moyen de mettre notre système alimentaire à l’abri des chocs et du climat, le danger persistera », explique-t-on. « Notre vulnérabilité tient au simple fait que, dans une bonne année, la production céréalière mondiale suffit à peine à satisfaire les demandes croissantes de nourriture, d’alimentation animale et de combustible. » La promotion de la production vivrière durable dans les pays pauvres importateurs ouvrirait une piste de solution à long terme en plus de permettre aux petits producteurs de profiter de la hausse des prix. Plus d’efforts devront aussi être déployés afin de réduire le gaspillage et la perte de nourriture dus aux infrastructures déficientes et évalués au tiers de la production mondiale.


« Les prix alimentaires élevés sont un symptôme, et non la maladie », a-t-on plaidé. « C’est pourquoi la communauté internationale doit prendre des mesures préventives pour empêcher des hausses excessives. »



Nouvelle alerte


La Banque mondiale rapportait, la semaine dernière, que les prix alimentaires mondiaux ont augmenté de 10 % seulement au cours du petit mois allant de juin à juillet. Cette hausse, principalement attribuée à des sécheresses aux États-Unis ainsi que dans d’autres grands pays producteurs d’Europe de l’Est, comme la Russie et l’Ukraine, a atteint 25 % pour le blé, 17 % pour le soja et 25 % pour le maïs, amenant ces deux dernières céréales à des plafonds historiques.


Le monde en est à son troisième épisode de flambée des prix des aliments en cinq ans, a rappelé l’ONU hier. Elle était chaque fois attribuable aux conditions météorologiques, mais aussi à d’autres facteurs, dont la conversion des cultures vivrières en biocarburants et la spéculation financière.



Le pire est à venir


Le prix des aliments de base doublera d’ici 20 ans au rythme où vont le changement climatique et la multiplication des événements naturels extrêmes, a prévenu hier OXFAM dans un rapport cité par l’Agence France-Presse.


L’organisation humanitaire estime que les effets du réchauffement sont « sous-estimés », car « les changements à évolution lente des températures moyennes et des schémas de précipitations », globalement défavorables à l’agriculture, se doubleront de « pertes de cultures causées par des événements météorologiques extrêmes, plus fréquents et plus intenses ».


Les auteurs de l’étude ont modélisé les scénarios d’événements extrêmes sur l’Afrique subsaharienne et chacune des principales régions exportatrices du monde pour le riz, le maïs et le blé, afin d’estimer l’impact possible en 2030 sur les prix. À l’exportation, les prix du maïs augmenteraient de 177 % ; ceux du blé de 120 % ; et ceux du riz raffiné de 107 %.


Ce sont « les populations les plus pauvres qui paieront cette flambée au prix fort », a déclaré à l’agence de presse une porte-parole d’OXFAM. Au Sahel, les ménages consacrent en moyenne de 50 % à 75 % de leur budget à se nourrir.