Aussitôt annoncé, le plan d’aide à Peugeot-Citroën est critiqué

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	Manifestation des employés de Peugeot-Citroën à Rennes (Normandie) après l’annonce de la supression de 8000 emplois au début du mois.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Alain Jocard
Manifestation des employés de Peugeot-Citroën à Rennes (Normandie) après l’annonce de la supression de 8000 emplois au début du mois.

Le gouvernement socialiste français, confronté à son premier test majeur avec une restructuration sévère chez le constructeur PSA Peugeot-Citroën, a dévoilé hier un plan d’aide au secteur, aussitôt critiqué par des professionnels du secteur et l’opposition.

Ce plan «s’inscrit avec une très, très grande détermination dans le redressement de la filière automobile», a assuré le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, alors que le premier constructeur automobile français a annoncé la suppression de 8000 emplois et de lourdes pertes financières.


Pour soutenir le secteur, le gouvernement prévoit de faire passer le «bonus écologique» pour les véhicules électriques de 5000 à 7000 euros et de 2000 à 4000 euros pour les hybrides, mais ce bonus sera conditionné au maintien des prix de vente alors que ces voitures peinent à percer en France. Il envisage également des facilités de financement pour les équipementiers et constructeurs en difficulté face à la baisse des ventes automobiles en Europe, et de réorienter des investissements vers la recherche.


En échange de son aide, le gouvernement va demander aux constructeurs automobiles la «pérennisation des sites de production», a insisté le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Paris va aussi demander la mise sous surveillance de l’accord de libre échange UE-Corée, M. Montebourg dénonçant des «actes de concurrence déloyale» des constructeurs sud-coréens.


Dans cette défense du «Made in France», M. Montebourg a aussi convaincu deux cinéastes, Cédric Klapisch et Luc Besson, de réaliser des «publicités en faveur de l’automobile française».


«Renault salue la volonté de l’État de soutenir la filière automobile française», a déclaré le p.-d.g., Carlos Ghosn, dans un communiqué, et «se félicite tout particulièrement du signal fort envoyé en faveur des véhicules propres et notamment des véhicules électriques». Mais dans le même temps, Renault a annoncé qu’il repoussait le lancement de sa citadine électrique Zoé, initialement prévu pour cet automne, à l’année prochaine.


Éviter le désastre


Deux mois après son arrivée au pouvoir, le gouvernement tente d’éviter un désastre pour l’ensemble de la filière après l’annonce choc d’un plan de suppression de 8000 postes chez PSA, avec la fermeture en 2014 du site d’Aulnay-sous-Bois, près de Paris.


Cette annonce avait provoqué la colère du nouvel exécutif, François Hollande jugeant le plan de restructuration «en l’état inacceptable».


L’opposition de droite a jugé le plan gouvernemental décevant car «il ne s’attaque pas au vrai sujet, la baisse du coût du travail», selon l’ex-ministre du Budget Valérie Pécresse.


Pour un expert allemand de la filière automobile, Ferdinand Dudenhöffer, le plan français est «dérisoire»: «C’est comme si on essayait d’éteindre un incendie immense avec un verre d’eau.» Et si la Fédération des industries mécaniques (FIM) a relevé des «points positifs», des professionnels du secteur automobile ont regretté que le plan gouvernemental ne traite pas de questions majeures. «Le plan laisse à plus tard le traitement de la compétitivité et de la flexibilité du marché du travail», a constaté Arnaud de David-Beauregard, vice président de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (FIEV).


PSA a annoncé avoir subi une perte nette de 819 millions d’euros au premier semestre, nettement supérieure à celle attendue. Ces annonces ont été immédiatement sanctionnées par les agences de notation. Fitch a abaissé la note de la dette long terme d’un cran, de BB+ à BB, assortie d’une perspective négative. Standard and Poor’s a aussi abaissé d’un cran, à «BB», la note de Peugeot. Plusieurs centaines de salariés ont manifesté devant le siège parisien, au pied d’une banderole «Non à la fermeture de PSA Aulnay».


Lors d’un comité d’entreprise hier, les élus du personnel ont demandé la désignation d’un expert-comptable pour examiner les finances du groupe, ce qui permet de repousser l’exécution du plan de suppression d’emplois.


«Ce n’est pas aux salariés du groupe de payer la note», a jugé Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT.