Cogeco tente encore sa chance à l’étranger

Six ans après avoir payé 660 millions pour un câblodistributeur portugais qu’il a revendu au prix de 59 millions en février dernier, le groupe Cogeco tente une nouvelle sortie à l’étranger, cette fois aux États-Unis, où il offre 1,36 milliard $US pour le 14e câblodistributeur du pays. À la Bourse de Toronto, les actions de Cogeco et de sa filiale de câble ont chuté de 13,5 et 15 % respectivement.

Les grands patrons de Cogeco, deuxième câblodistributeur au Québec et en Ontario, n’ont cessé hier de chanter les louanges de l’équipe de direction d’Atlantic Broadband, un groupe dont le bassin de 250 000 clients au câble est réparti entre la Pennsylvanie, la Floride, le Maryland, le Delaware et la Caroline du Sud. Cogeco en compte 870 000.

« Cette transaction n’est pas une affaire de synergies », a dit le président de Cogeco, Louis Audet, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers. « C’est un geste visant à établir une base solide à partir de laquelle nous pourrons prendre de l’expansion aux États-Unis. »


Atlantic Broadband est une société privée qui appartient présentement à ABRY Partners et Oak Hill Capital Partners. Pour financer l’acquisition, Cogeco va puiser 150 millions dans ses liquidités, tirer 550 millions sur une ligne de crédit dont elle dispose déjà et faire un emprunt de 660 millions au nom de la société acquise.


Selon M. Audet, parmi les critères ayant contribué à déterminer la pertinence de l’achat figurent le positionnement géographique d’Atlantic Broadband, situé dans le même fuseau horaire, le taux de change favorable et la qualité des dirigeants de la compagnie.


L’acquisition de Cabovisão, au Portugal, avait causé des remous dès son annonce, le 2 juin 2006. À l’époque, M. Audet avait affirmé : « Cabovisão jouit d’une bonne position dans le marché en forte croissance des télécommunications par câble au Portugal. » Le 3 juin, à la Bourse de Toronto, l’action de Cogeco et celle de Cogeco Câble s’étaient repliées de 17 %, tandis que l’agence de notation de crédit DBRS avait placé Cogeco sous surveillance.


« Comme vous le savez déjà, notre dernière grosse acquisition a eu lieu en 2006. Nous sommes aujourd’hui en 2012, a dit hier Louis Audet en guise d’introduction. Nous avons vraiment pris notre temps pour choisir la meilleure façon d’entrer dans le marché américain. » Entre autres, a-t-il ajouté, le « paysage de la concurrence » est celui qu’affichent généralement les petits et moyens centres urbains, « ce avec quoi nous sommes très habitués ».

 

Analystes sceptiques


Invité par un analyste de BMO Nesbitt Burns à dire ce qu’il ferait pour calmer les préoccupations des actionnaires qui s’interrogent sur la capacité de Cogeco à mener à terme son projet, M. Audet a dit mal comprendre que des gens puissent « imaginer » de telles préoccupations. « Cette entreprise [Atlantic Broadband] fonctionne sans l’appui d’une société mère depuis au moins sept ans, et elle se porte extrêmement bien », a-t-il affirmé.


En plus de ses 250 000 clients au câble, Atlantic Broadband compte 155 000 clients d’accès Internet et 72 000 clients à son service de téléphonie, portant le total à 480 000. Cogeco en compte quatre fois plus.


« Nous aurions préféré l’acquisition au Canada d’une petite société facilement intégrable ou d’un centre de données, qui auraient pu donner lieu à des synergies, a écrit Maher Yaghi, analyste chez Valeurs mobilières Desjardins. Cette acquisition augmente les risques réglementaires et compétitifs pour l’entreprise. »


Selon M. Yaghi, au lieu de faire des acquisitions hors de ses marchés, la compagnie aurait pu « retourner l’argent de ses profits aux actionnaires par l’entremise de dividendes ». Il estime aussi que la compagnie devrait investir dans ses propres services pour faire face à la concurrence venant de la télévision offerte via ligne téléphonique (comme le Bell Télé Fibe).


Au cours du troisième trimestre terminé fin mai 2012, Cogeco a enregistré un bénéfice des activités poursuivies de 55 millions, un million de plus que l’an dernier. Son chiffre d’affaires s’est élevé à 358 millions, en hausse de 8 %.


Cogeco voudrait clore la transaction d’ici la fin de l’année.

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