Le CEFRIO, plus actif que jamais


	Vincent Tanguay, vice-président à l’innovation et au transfert au CEFRIO, a auparavant œuvré à la direction du secrétariat de l’autoroute de l’information.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
Vincent Tanguay, vice-président à l’innovation et au transfert au CEFRIO, a auparavant œuvré à la direction du secrétariat de l’autoroute de l’information.

Au départ, en 1987, le CEFRIO était le sigle d’une nouvelle créature du gouvernement québécois qui avait pour nom officiel le Centre francophone d’informatisation des organisations. Les ordinateurs personnels qui venaient d’apparaître sur le marché affichaient des claviers unilingues anglais, sans aucun accent. Y avait-il place pour le français dans ce nouvel environnement ? Le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO) a eu pour mission de relever ce défi, le premier de plusieurs autres qui allaient se poser dans les 25 années subséquentes, notamment avec l’arrivée d’Internet et, plus récemment, des réseaux sociaux. Il y a donc encore beaucoup de boulot pour le CEFRIO.


Vincent Tanguay, vice-président à l’innovation et au transfert arrivé au CEFRIO en 2005, après avoir été à la direction du secrétariat de l’autoroute de l’information, créé en 1995 dans le cadre d’un plan pour que le français ait sa place sur Internet, confirme que le CEFRIO a beaucoup été mis à contribution dans le développement de contenu en français. Il note cependant que le Québec demeure le village gaulois sur lequel pèsent toujours des menaces, et pas seulement d’ordre linguistique. Cela explique sans doute pourquoi le sigle original s’applique désormais à un autre nom officiel : le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations.


En fait, le CEFRIO est plus actif que jamais, avec une cinquantaine de projets menés de front auxquels participent de 60 à 75 chercheurs provenant des universités québécoises. « Nos projets leur permettent de travailler ensemble. Les éléments transversaux sont très importants, ce qu’ils n’ont pas beaucoup la chance de faire dans leurs facultés respectives », souligne M. Tanguay. Ici, on parle de recherche appliquée et opérationnelle sur de nouvelles pratiques, de nouveaux usages, selon une approche d’orientation ouverte, telle que développée à Harvard et qui est utilisée pour les projets de transferts en continu du CEFRIO.


Depuis 25 ans, cette institution a mené 450 projets qui ont généré des revenus évalués à 64 millions. Et pourtant, le CEFRIO fonctionne avec un budget modeste, soit 3,6 millions au cours de l’exercice financier 2011-2012. Depuis le début, le ministère du Développement économique lui verse annuellement une subvention de 1,2 million, ce qui représente aujourd’hui 33 % de ses revenus. Le reste, soit 67 %, provient du financement obtenu dans les milieux où sont expérimentés les projets, lesquels, en somme, s’autofinancent avec des ressources provenant des secteurs public, parapublic et privé, dont les grandes sociétés spécialisées en informatique. Par exemple, le président du conseil d’administration du CEFRIO est Adrien Pouliot, par ailleurs président de Fujitsu Canada. Jacqueline Dubé, la p.d. g., prévoit qu’au cours de la présente année, le chiffre d’affaires généré par les programmes de recherches et de transfert va doubler. La mission du CEFRIO est maintenant de contribuer à faire du Québec une société numérique, en tirant profit de son modèle d’innovation et de transfert dans le futur, que ce soit en éducation, en santé, dans les services gouvernementaux, dans les entreprises ou dans le développement de la main-d’oeuvre et des territoires. Le CEFRIO compte quelque 150 organisations membres. À ses débuts, il avait moins de cinq employés, il en a maintenant une trentaine.

 

Proje-pilote numérique en Gaspésie


Très concrètement, pour le CEFRIO, la démarche vers un Québec numérique est déjà amorcée dans le territoire de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine où la Conférence des élus (CRÉ) s’est engagée en 2009 à faire de cette région le premier territoire numérique au Québec. Pour sa part, M. Tanguay, qui a déjà été directeur d’école en Gaspésie, y travaille depuis cinq ans. On mène en parallèle plusieurs projets d’expérimentation en santé, en éducation, en formation à distance avec le cégep de Gaspé, un laboratoire sur la convergence des médias et même, cette année, un projet sur un homardier pour la traçabilité des homards capturés. Cette démarche vise, grâce au numérique, à mettre ensemble même à distance tous les acteurs de la région et à leur donner toutes les informations pour un meilleur aménagement du territoire. En quelque sorte, on en arrive aujourd’hui dans cette région à un BAEQ 2.0. En effet, dans les années 1960, il y a eu dans ce même territoire le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec, expérience pilote d’aménagement régional dont le modèle administratif a par la suite été appliqué dans toutes les régions du Québec.


M. Tanguay souligne que l’arrivée de la fibre optique qui couvre désormais l’ensemble du territoire québécois à 1 ou 2 % près, a permis de faire « un saut quantique ». Au CEFRIO, cela soulève une question : « Comment une région peut-elle s’approprier ces nouveaux outils ? » Dans certains cas, les progrès sont facilement mesurables. Par exemple, dans le commerce électronique, plus de cinq milliards ont été dépensés en 2011 pour de petits achats (livres, voyages, mais pas d’autos), contre 3,5 milliards en 2008.


Par ailleurs, avec l’arrivée des réseaux sociaux en 2003, M. Tanguay constate qu’on découvre le véritable sens d’Internet, c’est-à-dire la télécollaboration, la construction d’un nouveau savoir, le télétravail et la gestion des connaissances. « Le CEFRIO a des projets de recherche dans tous ces champs d’expérimentation », mentionne-t-il. Le télétravail a donné lieu au projet d’école éloignée en réseau. Puis, avec les messages textes, « on voit de plus en plus de jeunes qui vont chercher l’information sur les ordinateurs et les réseaux sociaux. Ça les amène ailleurs, à l’actualité, aux blogues. Ça devient une approche différente de l’information et du traitement de l’information. C’est un autre monde », soutient M. Tanguay, reprenant à son compte le propos du philosophe Michel Serres voulant que ces nouvelles méthodes aient pour effet de transformer le cerveau des jeunes. « On n’apprend plus de la même façon. Le cerveau sera programmé de façon différente », pense aussi le vice-président du CEFRIO.


Parmi les projets de l’avenir qui intéressent le CEFRIO, il y a bien sûr l’éducation et l’école 2.0 qui est toute proche, puisque le ministère veut que dans trois ans chaque professeur ait un portable. « Quel usage en fera-t-il ? Nous, on prévoit que d’ici à cinq ans, les élèves auront aussi leur propre équipement. Le geste pédagogique va changer. On veut mener des projets d’expérimentation sur ça. J’ai 150 élèves devant moi. Ils ont tous leur ordinateur. Comment j’organise ça ? Je ne sais plus s’ils me suivent. Ils peuvent aller chercher l’information sur Internet. En quoi le professeur fait-il une différence ? Par l’approche de résolution de problèmes ? Par la gestion de la classe en formant des petits groupes ? Il y a là des expérimentations à faire. »


Dans le domaine de la santé, il y aura certainement la question de « l’habilitation du citoyen à son dossier », qui inspirera des projets au CEFRIO. Ce sera aussi le cas pour le télétravail, qui devient de plus en plus une option avec la mobilité, le sans-fil et le lien « nuagique », ce qui va contribuer au développement des capacités en entreprise et même à l’extérieur, puisque « le 9 à 5 signifie de moins en moins de chose ». En somme, il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour le CEFRIO pour au moins un autre quart de siècle au Québec, et même à l’extérieur, comme en fait foi son implication récente dans le volet numérique au Forum mondial de la langue française, à Québec, et sa contribution antérieure dans des écoles au Maroc, au Burkina Faso et sans doute en Haïti dans un avenir rapproché.


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