Scandale financier - Au tour du «banquier aux 100 millions de livres» de démissionner

Jusqu’à hier, Bob Diamond dirigeait la banque Barclays, mais le scandale des taux d’intérêt aura eu raison de lui.
Photo: Agence France-Presse (photo) Carl Court Jusqu’à hier, Bob Diamond dirigeait la banque Barclays, mais le scandale des taux d’intérêt aura eu raison de lui.

Le scandale des manipulations du taux Libor par la banque britannique Barclays a provoqué hier deux nouvelles démissions à son sommet : le directeur général Bob Diamond, qui était devenu le symbole honni des dérives de la City, suivi quelques heures plus tard par le directeur des opérations, Jerry del Missier.

« La pression extérieure sur Barclays a atteint un niveau qui risquait de porter atteinte à l’entreprise et je ne pouvaispas laisser cela arriver », a déclaré M. Diamond dans un communiqué pour expliquer son départ-surprise avec effet immédiat. « Je suis très déçu parce que les événements de la semaine dernière donnent une image de Barclays et de ses employés qui ne pourrait pas être plus éloignée de la réalité », a-t-il ajouté.


Dans l’après-midi, c’est le départ avec effet immédiat de M. del Missier qui était annoncé. Il était directeur des opérations, l’une des plus hautes fonctions de la banque, depuis juin seulement.


Barclays avait annoncé mercredi dernier qu’elle allait payer au total l’équivalent de 290 millions de livres - soit environ 463 millions $CAN - pour mettre fin aux enquêtes des régulateurs britannique et américain dans cette affaire. Les taux interbancaires définissent le prix auquel les banques se prêtent de l’argent mais aussi indirectement celui des crédits aux ménages et aux entreprises.


Le président du conseil d’administration de Barclays, Marcus Agius, avait déjà annoncé sa démission lundi pour tenter d’atténuer le scandale, qui enflammait l’opinion et la classe politique britanniques. Mais M. Agius reste président pour l’instant et a désormais pour mission de trouver un nouveau directeur général et d’assurer l’intérim en attendant, a précisé Barclays hier.


Le gouvernement a salué le changement de direction générale à la tête de la banque privée. « C’est la bonne décision pour Barclays et pour le pays », a commenté le ministre des Finances, George Osborne. « J’espère que c’est le premier pas vers une culture de la responsabilité dans le secteur bancaire britannique », a-t-il ajouté sur la radio BBC. M. Diamond, qui est convoqué cet après-midi devant des parlementaires britanniques pour s’expliquer, était sous une pression croissante et le chef de l’opposition travailliste, Ed Miliband, avait même clairement appelé à son départ.


Après avoir rejoint Barclays en 1996, Bob Diamond était devenu le responsable de son activité de banque d’investissement à l’époque des manipulations de taux, ce qui rendait sa position inconfortable. M. del Missier était coprésident de l’activité de banque d’investissements Barclays Capital entre 2005 et 2008, lorsqu’une partie des faits se sont produits.


M. Diamond, surnommé « le banquier aux 100 millions de livres » pour ses rémunérations faramineuses, était devenu l’incarnation des excès et de l’arrogance de la finance dans un pays par ailleurs confronté à la récession et au chômage.


Le scandale n’est cependant pas clos pour autant, alors que des enquêtes ont été ouvertes sur plusieurs continents pour des tentatives de manipulation des taux britannique Libor et européen Euribor. D’autres banques, comme la Royal Bank of Scotland (RBS), sont incriminées dans cette affaire. En plus du volet réglementaire, les autorités britanniques envisagent également des poursuites pénales contre les banquiers concernés. Par ailleurs, le premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé lundi le lancement d’une commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur ce sujet.