L’enthousiasme s’empare des marchés à l’issue du sommet de l’UE

La chancelière allemande, Angela Merkel, s’adressant à la presse à l’issue du sommet européen.
Photo: Agence France-Presse (photo) John Thys La chancelière allemande, Angela Merkel, s’adressant à la presse à l’issue du sommet européen.

Les marchés financiers de la zone euro ont signé leur plus belle séance de l’année, enthousiastes après l’accord arraché dans la nuit de jeudi à hier au sommet de Bruxelles, qui devrait permettre de relâcher la pression sur l’Espagne et l’Italie.

Les places boursières européennes ont clôturé en forte hausse. Paris a pris 4,8 %, Francfort 4,3 %, Madrid 5,7 % et Milan 6,6 %. Plus modestement, Londres a gagné 1,4 %. Sur le marché de la dette, l’apaisement était aussi de mise. Les taux d’emprunt de l’Espagne repassaient sous les 6,3 %, contre près de 7 % jeudi, et les rendements italiens sous les 6 %.


Enfin, l’euro s’appréciait face au dollar à 1,2670 $US contre 1,2442 $US jeudi.


«Les dirigeants européens se sont enfin accordés sur des mécanismes qui peuvent soutenir les pays fragiles de la zone euro sur la durée, tout en maintenant la pression sur les finances publiques des États», se félicite René Defossez, économiste de Natixis. Mais, pour Christian Parisot d’Aurel BGC, «la bonne réaction des marchés vient surtout du fait que les investisseurs ne s’attendaient quasiment à rien au vu des divergences qui semblaient s’être creusées entre Paris et Berlin. Or il y a eu de réelles bonnes surprises».


La zone euro va mettre en place d’ici la fin de l’année un mécanisme permettant de recapitaliser directement les banques, sous certaines conditions, via le Fonds de secours de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES). Pour Gilles Moec, co-responsable de la recherche économique européenne de Deutsche Bank, ce point est «primordial». «On sépare enfin le risque souverain du risque bancaire. Une banque qui a besoin d’être recapitalisée n’affectera plus les comptes publics d’un État», explique-t-il.


Les valeurs bancaires se sont envolées. L’indice Stoxx des banques de la zone euro a avancé de 8,5 %, la plus forte hausse sectorielle en Europe. Les banques grecques ont bondi de 12,7 %, l’italienne Intesa Sanpaolo de 11,6 % et l’espagnole BBVA de 9 %.


À Paris, Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont caracolé en tête du CAC 40 avec des gains compris entre 8,7 % et 10 %.


L’union monétaire est également prête à faire un usage plus «souple» des fonds de secours européens afin qu’ils puissent acheter de la dette des États. En théorie, ces mécanismes financiers peuvent déjà le faire directement lors d’une émission obligataire d’un pays ou sur le marché secondaire, là où s’échangent les titres déjà émis. Mais cette disposition n’a jamais été utilisée. «Cela serait très étonnant que l’Europe accepte qu’ils interviennent directement sur le marché de la dette car cela reviendrait à mutualiser les dettes de la zone euro, ce que Berlin a toujours refusé catégoriquement», souligne M. Parisot.


Autre avancée pour les opérateurs: le statut de créancier préférentiel devrait être retiré au MES quand il apportera son soutien au secteur bancaire espagnol.


Aux yeux des analystes, de nombreuses interrogations demeurent toutefois sur la mise en oeuvre effective des décisions de Bruxelles. «Aucune précision n’est apportée sur le rôle exact de la Banque centrale européenne» (BCE), souligne M. Moëc. «La BCE va assumer des tâches de supervision», a simplement indiqué son président, Mario Draghi, sans plus de précisions.


«Encore plus inquiétant, nous n’avons aucune précision sur la feuille de route vers une union budgétaire, renvoyée à plus tard», déplore M. Moëc.


«Les négociations ont abouti à un consensus qui va au-delà des attentes. Les dirigeants se sont accordés sur des mécanismes de soutien à court terme pour les pays périphériques tout en maintenant la pression sur les finances publiques des États avec une conditionnalité forte», ont commenté dans une note les stratégistes du Crédit Mutuel-CIC. Ils ajoutent toutefois qu’«un autre point pourrait faire retomber rapidement l’optimisme»: le rôle que pourrait jouer la Cour constitutionnelle allemande. Les députés allemands se prononcés hier soir en faveur du pacte budgétaire et le MES. Mais ce vote intervient sur fond de blocage juridique outre-Rhin où la Cour constitutionnelle a suspendu la ratification de ce texte, souhaitant l’examiner plus en détails. Cet ajournement risque de retarder la mise en place du MES, initialement prévue début juillet.

 

Finie la consanguinité


«Un des problèmes majeurs de la Grèce était que les prêteurs officiels désiraient être prioritaires par rapport aux créanciers existants, et cela a immédiatement affecté les obligations souveraines grecques», estime Saxo Banque dans une note. «Un des soucis de l’Europe était que la même chose risquait de se répéter en Espagne. Cela ne sera pas le cas grâce au sommet d’hier soir.»


Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé au petit matin que les dirigeants de la zone euro s’étaient mis d’accord sur le principe de la création d’une instance unique de supervision des banques de la zone euro, et étaient convenus qu’elles pourraient être recapitalisées directement par le Mécanisme européen de stabilité financière (MES). Ce dispositif mettrait fin, comme le souhaitaient les marchés, au lien de «consanguinité» entre les banques et les émetteurs souverains de la zone euro. «Si les fonds alloués sont suffisants, cela permettra de dresser une barrière entre les difficultés bancaires et budgétaires d’un pays», souligne-t-on chez CM-CIC Securities.


L’accord trouvé à Bruxelles permettra aux pays qui ont sollicité un plan de sauvetage pour leurs banques - Espagne et Chypre - de ne pas alourdir leur dette publique, mais les investisseurs estiment que des précisions doivent encore être apportées. Pour l’heure, le marché se projette déjà vers les prochaines étapes: la réunion du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne prévue jeudi prochain et celle de l’Eurogroupe le 9 juillet. Les investisseurs se montrent d’autant plus prudents que plusieurs sommets européens ont déçu les attentes du marché au cours des deux dernières années.


«Toutefois, pour être complètement rassuré, il va falloir que l’on sache comment les banques vont avoir concrètement accès au financement, souligne Christian Rabeau, directeur de la gestion chez Axa IM. Pour l’instant, on a fait un pas dans la bonne direction et cela justifie un moindre pessimisme.»