Les Européens s’entendent sur un plan de relance de 120 milliards d’euros

Les journaux et périodiques ne se gênent pas pour critiquer la position rigide qu’a adoptée jusqu’ici Angela Merkel, comme en fait foi cette première page de NewStatesman.
Photo: Les journaux et périodiques ne se gênent pas pour critiquer la position rigide qu’a adoptée jusqu’ici Angela Merkel, comme en fait foi cette première page de NewStatesman.

Les pays européens, qui ont multiplié les plans d’austérité relativement à la crise de la dette, ont mis au point hier lors d’un sommet à Bruxelles un « pacte de croissance » déjà jugé insuffisant pour relancer une zone euro en récession.

« Nous nous sommes mis d’accord pour améliorer le financement de l’économie à hauteur de 120 milliards d’euros pour des mesures immédiates de croissance », a déclaré le président de l’Union européenne Herman Van Rompuy. Cela correspond peu ou prou à 1 % du produit intérieur brut (PIB) de l’UE.


Mais l’adoption formelle de ce pacte par les chefs d’État et de gouvernement était toutefois en suspens dans la nuit de d’hier. L’Italie et l’Espagne la conditionnaient à la mise en oeuvre concomitante de solutions d’urgence pour faire baisser les taux d’intérêt prohibitifs que leur imposent les marchés pour se financer.


Après des dizaines de réunions passées à renforcer la discipline budgétaire, les Européens ont récemment érigé la croissance en priorité. La grogne sociale dans plusieurs pays soumis à des cures de rigueur draconiennes, conjuguée à de sombres perspectives économiques pour le Vieux Continent, ont imposé ce sujet à l’ordre du jour.


L’élection en mai en France de François Hollande, qui refuse de faire ratifier le traité de discipline budgétaire adopté en mars s’il n’est pas complété par un volet croissance, a contribué à ce nouvel élan.


Concrètement, le « pacte de croissance » reprend des propositions de la Commission européenne, qui peinait jusque-là à les imposer.


Il repose en grande partie sur l’utilisation de fonds existants, afin de financer des investis-sements nouveaux.


Si le pacte est adopté aujourd’hui, les États membres donneront leur feu vert à une recapitalisation de la Banque européenne d’investissement (BEI), bras financier de l’UE, à hauteur de 10 milliards. La BEI assure pouvoir ainsi lever des fonds sur les marchés pour financer des projets pour un montant de 60 milliards, dans l’innovation, les petites et moyennes entreprises, l’efficacité énergétique et les infrastructures stratégiques.


La BEI va aussi mettre en place des « project bonds », des émissions communes « lancés à l’été », selon Herman Van Rompuy, pour financer des infrastructures de transport et d’énergie, d’un montant de 5 milliards d’euros. Les Européens veulent enfin réallouer 60 milliards de fonds structurels inutilisés jusqu’ici.


L’Europe, minée par son endettement, n’a pas réussi à rebondir depuis le début de la crise en 2008. La zone euro traverse même une légère récession, selon les économistes, qui risque de s’amplifier si la crise n’est pas résolue.


Un pacte léger


Pour autant, le « pacte de croissance » reste léger au regard des besoins, jugent les analystes. « Ce n’est pas très substantiel, d’autant qu’il n’est pas vraiment composé de dépenses publiques nouvelles », estime Frédérique Cerisier, de BNP Paribas.


Selon elle, « ça ne va pas contrebalancer les effets des politiques de rigueur actuelles », et sa banque n’envisage pas de revoir ses perspectives économiques à l’aune de ces nouvelles mesures.


« Tout à fait favorable à un tel programme », Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, juge aussi que les montants évoqués « restent assez limités ». En outre, souligne cet économiste belge, « cela prend du temps de mettre autant de projets en place », ce qui réduit l’effet immédiat sur la croissance.