Le scandale Barclays relance la polémique sur les excès de la finance

Après les rémunérations jugées exorbitantes, un scandale autour des pratiques de la banque britannique Barclays alimente la polémique sur les dérives du secteur financier, déjà en butte à des critiques virulentes.

Barclays a écopé mercredi d’amendes records des deux côtés de l’Atlantique pour avoir tenté de manipuler des taux d’intérêt de référence, le Libor et l’Euribor, qui définissent le prix auquel les banques se prêtent de l’argent, mais aussi indirectement ceux des crédits aux ménages et aux entreprises.


Le premier ministre britannique, David Cameron, a évoqué « des questions graves » auxquelles la direction de la banque devrait répondre. Son ministre des Finances, George Osborne, a dénoncé pour sa part « des preuves de cupidité » et « l’irresponsabilité » des acteurs de l’affaire, et en déplorant « la culture de banques comme Barclays dans la période d’avant la crise ». Il a annoncé que le gouvernement allait examiner la possibilité d’infliger des sanctions criminelles aux banques dans ce type d’affaire. De telles sanctions ont aussi été réclamées par le chef du parti travailliste d’opposition, Ed Miliband.


La presse, où l’affaire s’étalait en Une, n’a pas été plus conciliante. Le tabloïd Daily Mail a insisté sur la manière dont « les courtiers avides de bonus se sont promis des bouteilles de champagne pour truquer les chiffres qui affectent des millions de propriétaires et de petites entreprises ». Et le Times a souligné que « les emplois des chefs de Barclays sont en jeu », relayant des appels à la démission du patron controversé de la banque, Bob Diamond.


Le très riche américain, surnommé « le banquier aux 100 millions de livres », est considéré au Royaume-Uni comme le symbole des dérives de la finance. Il a alimenté les polémiques en affirmant l’an dernier que « le temps des remords pour les banquiers est révolu », ou en obtenant des bonus jugés faramineux.


Ce n’est pas par hasard si, dès la révélation de l’affaire mercredi et dans un geste pour tenter d’amadouer l’opinion, il a annoncé qu’il ne demanderait pas de prime cette année. Sous la pression de l’opinion, il avait déjà été contraint il y a quelques mois à renoncer à la moitié de celle qu’il devait toucher pour 2011, ce qui n’avait pas empêché un vote de défiance des actionnaires de la banque lors de la dernière assemblée générale.


L’affaire tombe d’autant plus mal que le monde de la finance est sous le feu des critiques.


Si Barclays est aujourd’hui singularisé, tout le secteur risque d’être éclaboussé, d’autant que des enquêtes se poursuivent contre d’autres banques. « Ce scandale peut seulement servir à endommager la réputation de la place de Londres », a commenté Simon Culhane, le dirigeant d’une des organisations professionnelles de la City, le CISI.


Cet avis semblait partagé à la Bourse de Londres : l’action Barclays y a plongé de jusqu’à 17 % en séance, mais elle a entraîné dans sa chute les autres valeurs bancaires.


 
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 29 juin 2012 11 h 34

    Malgré cela

    Malgré cela le gouvernement britannique est un des plus forts opposants à la règlementation et au contrôle de la spéculation, parce que Londres, avec Wall Street, Singapour et Hong-Kong est le refuge préféré des financiers cupides. Pire, Londres attire ainsi en G.B. des fonds douteux de partout dans le monde et finance ainsi facilement la dette britannique. Et la G.-B. a assez peu d'autres atouts économiques, elle fait assez pauvre figure dans le reste.