Le Québec à Rio - Un Canada sans ONG ni opposition!

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Sommet de la Terre Rio + 20

C’est une délégation d’environ 130 personnes, représentant près de 70 organismes québécois, qui prendra la route vers Rio en juin pour participer à la Conférence des Nations unies sur le développement durable. Certains de ces participants auront des antennes auprès des instances officielles ; d’autres agiront en marge, soit au Sommet des peuples, organisé parallèlement à Rio+20.

La structure organisationnelle de Rio+20 est complexe et comprend trois niveaux de participation. Le premier niveau est constitué des délégations officielles des pays qui participeront à la conférence. Ce sont ces délégations qui négocieront entre elles afin d’accoucher d’un texte commun à la fin de la conférence.


« C’est la première fois que la délégation canadienne ne fait aucune place aux organismes non gouvernementaux, ni aux partis d’opposition. Elle sera entièrement composée d’élus conservateurs, de fonctionnaires fédéraux et de représentants des provinces, dont ceux du Québec », souligne Patrick Bonin, directeur climat-énergie à l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).


« On dirait que la politique du gouvernement Harper est de faire taire la société civile dans les événements internationaux », croit pour sa part Louis Favreau, professeur associé en sociologie à l’Université du Québec en Outaouais. M. Favreau a collaboré étroitement avec les entreprises d’économie solidaire à la préparation de leur présence à Rio+20.


Participation de la société civile


Malgré ce tour de passe-passe du gouvernement conservateur, la société civile canadienne et québécoise aura tout de même voix au chapitre grâce au second niveau de participation, soit celui des groupes majeurs tel que défini par l’Agenda 21 de l’ONU. En effet, depuis 1992, l’ONU accorde à certains organismes internationaux de la société civile le statut de participant lors des rencontres internationales tenues sous son égide. « Les groupes majeurs sont donc à la table et peuvent organiser des événements à l’intention des représentants des États, afin de présenter leurs points de vue et leurs propositions », précise Louis Favreau. « C’est à ce niveau de participation qu’a lieu le dialogue entre les gouvernements et la société civile quant aux enjeux critiques qui seront soulevés à Rio+20 », souligne Patrick Bonin.


Les organisations écologistes québécoises seront présentes à ce second niveau grâce à leurs liens avec les groupes majeurs. Dans le cas de l’AQLPA, par exemple, le groupe majeur est le Réseau action climat international. Quant aux organisations québécoises de l’économie solidaire, elles seront représentées par l’Alliance internationale des coopératives et le Forum international des dirigeants de l’économie sociale, responsable des Rencontres du Mont-Blanc. « C’est une première pour l’économie solidaire, précise Louis Favreau, puisque c’est la première fois que l’ONU reconnaît des organisations internationales de l’économie solidaire comme groupes majeurs. »

 

En marge de Rio+20


Le troisième niveau de participation est celui des événements et des activités que mettront en place les différentes organisations de la société civile, en marge de la conférence officielle, lors du Sommet des peuples. Cette rencontre parallèle est une excellente occasion pour les organisations de la société civile d’échanger et de se réseauter et elle offre aussi une tribune pour donner davantage de visibilité médiatique à leurs propositions. « Évidemment, poursuit Patrick Bonin, il doit y avoir une interaction parmi les trois niveaux de participation et ce sont les représentants des groupes majeurs qui font le lien. Dans ce genre de rencontre, il est facile pour ceux qui sont à l’intérieur de ne pas être au courant de la réalité sur le terrain. »


La délégation québécoise qui se déplacera à Rio représentera l’ensemble de la société civile québécoise. Y seront donc présents les syndicats, les coopératives et les entreprises d’économie solidaire, les groupes altermondialistes, les associations écologistes ainsi que les organisations de développement et de coopération internationale. Ici aussi, une première, selon Louis Favreau. « Auparavant, les composantes de la société civile québécoise avaient l’habitude de travailler en silo sur le plan international. Mais, depuis quelques années, il y a eu un rapprochement entre les différentes composantes. Par exemple, les groupes écologistes ont compris que les entreprises d’économie solidaire ont maintenant pris le virage de l’économie verte. Et Rio+20 est un événement majeur dans la consolidation de ce rapprochement. »


Objectifs recherchés


La délégation québécoise s’est fixé plusieurs objectifs. Au premier chef, il y a l’objectif, partagé avec l’ensemble de la société civile internationale présente à Rio+20, d’influencer les décisions qui seront prises par les délégations officielles des gouvernements. Elle s’est aussi fixé certains objectifs plus spécifiques. « Dans le cas de l’économie solidaire, nous allons vouloir, dans un premier temps, souligner, auprès des représentants officiels, l’importance de l’économie solidaire dans le monde, explique Louis Favreau. Mais nous avons aussi des propositions concrètes d’actions que nous avons réunies autour de cinq chantiers prioritaires. »


Quant aux organismes écologistes, comme l’AQLPA, un des objectifs sera de dénoncer l’attitude du gouvernement Harper en matière d’environnement. « Nous allons en profiter pour faire connaître la véritable position du Canada en matière de protection de l’environnement à l’ensemble de la communauté internationale », souligne Patrick Bonin.


De plus, Rio+20 est une excellente occasion de motiver les troupes. « Un événement comme Rio+20 permet d’attiser la fibre militante des participants », croit Louis Favreau. Une mobilisation de la fibre militante qui est nécessaire, selon Patrick Bonin. « La vitesse d’avancement des ententes internationales est toujours inférieure à celle des problèmes auxquels la société est confrontée. On ne peut donc pas attendre les ententes avant d’agir. Il faut donc que ça avance sur le terrain par des actions et des gestes concrets sur le plan local. La solution viendra de la base et non du haut. »



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