Et la lumière fut!


	Patrick Foley et Christian Fabi étaient avec Les Luminaires Eureka depuis une dizaine d’années déjà lorsque les propriétaires leur ont offert de prendre une participation dans l’entreprise.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
Patrick Foley et Christian Fabi étaient avec Les Luminaires Eureka depuis une dizaine d’années déjà lorsque les propriétaires leur ont offert de prendre une participation dans l’entreprise.

Souvent, une PME doit son existence à une personne qui en a eu l’idée et qui en fait son affaire pendant toute sa vie, ce qui parfois pose problème lorsque le temps arrive de laisser la place à une relève qui n’est pas là, parce que le patron ne l’a pas préparée. Bien sûr, il y a des exceptions, et un exemple remarquable à cet égard pourrait bien être le Groupe Luminaires, une société manufacturière québécoise peu connue du grand public, même si depuis 25 ans elle fait sa place dans le marché nord-américain, et dont la relève est d’ores et déjà assurée.

Serge Lambert et Guy St-Pierre, deux copains à l’Université de Sherbrooke, l’un étudiant en génie mécanique et l’autre en administration, avaient décidé de se lancer en affaires ensemble en achetant un distributeur de produits d’éclairage contemporain et haut de gamme, lesquels étaient importés. Mais pourquoi importer ? se sont-ils demandé. En 1987, ils décidèrent de lancer leur propre ligne de produits en fondant Les Luminaires Eureka, entreprise qui est devenue un leader dans la fabrication de solutions d’éclairage décoratif. En 1997, cette PME étendait ses marchés dans les grandes villes des États-Unis et faisait l’acquisition de quelques entreprises d’usinage, de peinture, de plaquage et de fabrication de métal.
 
Puis, en 2003, les fondateurs ouvrirent les portes de l’actionnariat à deux vice-présidents, Patrick Foley et Christian Fabi, lesquels comptaient déjà plus de 10 ans d’expérience au sein de la compagnie, donc de précieux partenaires qui allaient constituer la relève.
 
En 2012, les deux fondateurs n’ont pourtant que 52 ans, soit à peine une dizaine d’années de plus que les deux membres de la relève. En 2010, l’entreprise s’est restructurée pour devenir le Groupe Luminaires et se donner une stratégie de croissance plus importante. Les fondateurs demeurent les actionnaires majoritaires et n’occupent des fonctions officielles qu’au conseil d’administration du groupe en concentrant leur attention sur la vision et l’orientation globale. Pour leur part, les deux actionnaires minoritaires s’occupent des activités d’exploitation. M. Fabi est président du groupe et son collègue Foley est vice-président exécutif.
 
« Le mot d’ordre dans le groupe est de se partager les tâches pour mieux coopérer sans se piler sur les pieds. Il n’y a pas de hiérarchie : dans les réunions, c’est une personne, un vote. Nous sommes tous impliqués au conseil d’administration, dans le développement de produits et dans les acquisitions stratégiques », expliquent les deux membres de la relève, qui sont d’ailleurs les seuls à accorder une entrevue. Le partage des tâches et de l’actionnariat se fait non seulement dans le groupe, qui est en somme le holding de l’entreprise, mais également dans les trois compagnies manufacturières en éclairage, qui ont des activités complémentaires.
 
Le groupe compte environ 250 employés et génère des revenus qu’on peut évaluer à 45 millions de dollars. Les Luminaires Eureka demeurent le noyau principal du groupe, avec une centaine d’employés et des revenus d’environ 20 millions. Dans cette filiale, M. Foley est le président, tandis que M. Fabi occupe la fonction de vice-président exécutif, ce qui illustre bien la collégialité de la direction dans le groupe et ses composantes.
 
« Les fondateurs sont des entrepreneurs dans l’âme », disent leurs deux partenaires minoritaires, qui eux ont surtout pour rôle de donner suite aux idées qui sont retenues, ce qui ne les empêche pas de beaucoup voyager à travers le monde pour être en tout temps au courant des tendances nouvelles en matière de décoration luminaire.
 
Ouverts aux influences

« Nous considérons être dans une industrie comme celle de la mode. Ça prend toujours du renouveau », expliquent MM. Fabi et Foley. Les innovations proviennent beaucoup de l’Europe, en particulier de l’Italie, mais aussi de foires à Francfort, à Los Angeles, à Las Vegas ou à Hong Kong, destination vers laquelle M. Foley prend d’ailleurs l’avion aujourd’hui même, bien qu’il ne soit pas celui qui voyage le plus, car Les Luminaires Eureka, dont les installations sont à Montréal, occupent la plus grande partie de son temps.
 
Cette entreprise, raconte-t-il, est comme une mini-General Motors, qui ne fabrique pas de pièces, mais qui en fait le design, l’assemblage, la distribution et le marketing. Les achats de pièces se font partout dans le monde, notamment en Chine, mais grâce à l’assemblage et au design, 95 % des produits sont considérés comme fabriqués au Canada.
 
Le réseau du groupe s’appuie sur 80 agents manufacturiers et 800 distributeurs actifs en Amérique du Nord. Au fait, 50 % de ses ventes sont effectuées au Canada et le reste aux États-Unis. De toute évidence, la croissance future viendra surtout du marché américain.
 
Le groupe, qui a en 2010 acquis un manufacturier en Californie, veut faire d’autres acquisitions dans ce pays pour éviter d’être pénalisé par le « Buy American Act ». Sa clientèle est principalement celle des entreprises commerciales et institutionnelles, qui génèrent 80 % des revenus. Par exemple, on retrouve parmi les clients québécois les hôtels du Groupe Germain, l’hôtel W, l’aéroport Jean-Lesage à Québec, les Rôtisseries St-Hubert. Les espaces résidentiels haut de gamme constituent le bloc restant de 20 % de la clientèle, lesquels sont généralement rejoints par l’intermédiaire d’architectes et de designers. Il va sans dire qu’Eureka participait récemment au Salon international du design d’intérieur de Montréal.

Pour répondre aux attentes de cette clientèle très sensible aux courants d’avant-garde, Eureka peut notamment compter sur une équipe permanente de neuf designers. Un même produit peut avoir des milliers de configurations différentes, par ses couleurs, ses formes, ses dimensions ; il peut aussi être halogène, incandescent, DEL ou quoi encore ? En outre, 95 % des produits d’Eureka sont livrés en moins de 15 jours. Avec 10 000 composantes différentes possibles, il faut « une gestion d’entreprise bien maîtrisée », particulièrement en ce qui concerne la logistique des achats de pièces et l’inventaire.
 
L’industrie des produits luminaires comprend de nombreuses entreprises, ce qui a pour résultat que le marché est extrêmement fragmenté. Le Groupe Luminaires dit se situer parmi les plus gros des petits manufacturiers, en compétition avec cinq joueurs majeurs qui ont un chiffre d’affaires dans les milliards et qui n’ont finalement qu’une part de 30 % du marché. Il y a donc des possibilités considérables d’expansion par acquisitions.
 
Pour l’instant, les petites entreprises ont plutôt tendance à surévaluer leur valeur, ce qui met un frein aux acquisitions, mais le jour viendra où ces PME auront vieilli et deviendront plus ouvertes aux offres d’acquisition. Faut-il en déduire que les fondateurs ont eu une idée lumineuse en intégrant très tôt une relève ? En tout cas, le Groupe Luminaires semble aujourd’hui se retrouver en bonne position pour participer à une consolidation dans cette industrie pour plusieurs années à venir.
 

 
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