La rencontre réussie de deux mondes

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Ce texte fait partie du cahier spécial Montréal - Prix Arts-Affaires 2012

Toutes catégories confondues, qu’il s’agisse de gens du commerce, des finances ou de l’industrie, le milieu des affaires consomme de l’art de diverses manières. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) est associée de près à l’attribution des prix Arts-Affaires.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM, occupe des fonctions qui le conduisent à porter ce regard sur les rapports entre le monde des arts et le monde des affaires : « C’est une relation qui est assez riche et qui a de multiples facettes. Il est clair qu’au départ les gens d’affaires sont souvent de grands consommateurs de culture ; on sait bien qu’ils en ont les moyens et on voit que non seulement ils participent à des événements culturels ou vont assister à des spectacles, mais aussi qu’ils finissent même par être des acquéreurs d’oeuvres artistiques, sur une base privée ou au profit de leurs entreprises. »


« Quand ils deviennent assez ou très riches, il arrive qu’ils deviennent des mécènes dans divers domaines », ajoute-t-il, tout en insistant sur une réalité : « Il faut garder à l’esprit que, comme nous tous, ce sont des consommateurs de la culture et, sur le plan personnel, des amoureux de celle-ci à des degrés divers. Le deuxième point à relever, c’est que ces gens-là sont très conscients en bout de ligne que cette culture-là possède une caractéristique ici à Montréal : elle finit par être créatrice de richesse et elle ne fournit pas seulement un apport identitaire ou pour l’enrichissement de nos concitoyens ; elle apporte en plus de l’eau au moulin de la prospérité économique de notre ville. »


Il relève ce qui lui apparaît comme un trait génial de la vie montréalaise : « C’est de retrouver, avec le temps, des entreprises qui vivent d’une créativité étroitement liée à la culture et qui la commercialisent. Ultérieurement, de consommateurs que sont les gens d’affaires, ils cherchent à devenir également des investisseurs. » Il puise cette observation issue des croisements entre les deux mondes : « Je vois ces échanges qui prennent diverses tournures ; selon leur nature, ils vont conduire à du mécénat, à du partenariat de commandite ou, le cas échéant, au soutien de petites entreprises culturelles dans leur développement et aussi dans leur rayonnement international. »


Le secteur privé apporte une contribution


Il y a des avantages à tirer d’un rapprochement entre ces deux milieux, comme le souligne M. Leblanc : « Sur un premier plan, on sait que, pour avoir une culture dynamique, on a besoin des créateurs et des diffuseurs ; de leur côté, ces gens-là doivent vivre alors que, dans une petite société comme la nôtre, il est difficile de parvenir à les soutenir suffisamment par la simple contribution des consommateurs ; donc, le mécénat et la commandite leur servent à réussir “à vivre”. » Il résulte de l’intervention du secteur privé une plus large diffusion des oeuvres et un regain de l’activité culturelle.


Il parle des retombées économiques qui en découlent : « À travers les collaborations et les appuis du secteur privé, il y a des initiatives qui naissent et qui créent de la richesse économique. Quand on voit un Lepage qui crée une oeuvre attirant des touristes à Québec ou ce que peut réaliser Moment Factory sur la place des Festivals en faisant de Montréal un lieu de création qui séduit les jeunes, on constate que c’est bon pour ces créateurs, que c’est profitable pour l’économie et que c’est avantageux pour le rayonnement de la ville. »

 

Hommage aux lauréats


Il existe quatre catégories dans les prix Arts-Affaires et, avant de se tourner vers les gagnants en 2012 dans chacune d’elles, Michel Leblanc relève un des aspects du concours de cette année : « Le jury a retenu des récipiendaires qui ont eu un impact sur les organismes culturels qu’ils ont appuyés, mais qui ont également contribué au rayonnement international de notre culture. »


Le président de la CCMM salue le gagnant de 2012 dans la catégorie« Grande Entreprise » : « Il s’agit de Standard Life, qui soutient l’Orchestre symphonique de Montréal depuis 20 ans ; on doit faire ressortir l’aspect de la durée dans l’aide apportée, ce qui témoigne de la grande valeur de l’engagement à long terme de nos gens d’affaires et de nos mécènes. On doit aussi souligner que cet appui a pris plusieurs formes et s’est manifesté de diverses façons, tant sur la scène nationale qu’internationale. »


Il passe à la PME : « Publicité Sauvage, parrainée par le Théâtre de Quat’Sous, reçoit le prix. Cette boîte de pub a modifié l’affichage culturel extérieur de la compagnie ; elle a établi avec celle-ci une relation durable et structurante depuis 1994 ; encore dans ce cas-là, on approche des 20 ans dans le soutien apporté. » Il se penche sur les interventions en cause de la part des publicitaires : « Ils ont donné une part importante des coûts d’affichage en commandite, ils ont fourni des conseils sur l’élaboration de la stratégie publicitaire et, de façon générale, ils offrent des tarifs particulièrement bas au milieu de la culture pour l’affichage publicitaire commercial. On est ici dans un rayonnement sur le marché local, dans la capacité pour un organisme culturel d’aller rejoindre son public. »


Dans la catégorie « Personnalité », il vante les mérites du vainqueur : « Cette année, cela semblait aller de soi que cet honneur échoie à Pierre Bourgie, président de la Société financière Bourgie, qui a été parrainé par le Musée des beaux-arts de Montréal ; il a étroitement contribué au projet d’agrandissement de ce lieu culturel, qui a pris naissance en 2008 et forme en 2012 ; la salle Bourgie et le pavillon Claire-et-Marc-Bourgie sont des additions majeures pour le musée. Encore là, cette contribution sert au rayonnement des expositions et de Montréal à l’étranger. »


Finalement, Derek A. Price, parrainé par le Musée McCord, est reconnu pour son bénévolat : « C’est un mécène qui est peu connu ; on doit faire ressortir que, parmi ceux-ci, se trouvent souvent des gens qui travaillent et qui peuvent avoir un impact majeur, tout en demeurant malgré tout méconnus ; ce sont des gens de l’ombre. Il est l’instigateur du musée tel que nous le connaissons aujourd’hui ; grâce à son appui, il a propulsé celui-ci dans un réseau muséal de renommée dépassant nos frontières. »

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