Personnalité Arts-Affaires - « Peu importe les projets, j’ai toujours grandement appris »

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Pierre Bourgie
Photo: François Pesant - Le Devoir Pierre Bourgie

Ce texte fait partie du cahier spécial Montréal - Prix Arts-Affaires 2012

C’est l’homme d’affaires et philanthrope Pierre Bourgie qui reçoit cette année le prix Arts-Affaires dans la catégorie « Personnalité Arts-Affaires ». Nul doute que son engagement et sa contribution au nouveau pavillon Claire-et-Marc-Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, où loge aussi la salle de concert Pierre-Bourgie, ne sont pas étrangers à cet honneur.

Ce projet d’un pavillon muséal intégrant une salle de concert, de l’aveu même de Pierre Bourgie, a vu le jour grâce à un concours de circonstances. Ce n’est pas que l’homme d’affaires n’était pas déjà bien engagé dans la philanthropie et le soutien aux arts —Pierre Bourgie possède à cet égard une longue feuille de route — mais plutôt parce que ce dernier voulait opérer un changement.


« Je trouvais que je m’éparpillais trop dans mes projets de philanthropie et j’ai pensé alors qu’il était peut-être préférable de me concentrer sur un projet plus structurant, raconte-t-il. Je me suis donc tourné vers un projet culturel, car l’art, en particulier la musique et les arts visuels, est une de mes passions. J’avais constaté qu’il manquait à Montréal une salle de concert dédiée à la musique de chambre et j’ai alors pris la décision que cette nouvelle salle deviendrait ce projet structurant que je cherchais. Je me suis mis à la recherche d’un lieu et j’ai pensé aux églises. Mais ces recherches n’ont pas abouti, car les analyses indiquaient toujours que le projet serait trop difficile. »

 

Le pavillon Claire-et-Marc-Bourgie


C’est ici qu’entre en jeu le Musée des beaux-arts de Montréal. En 2008, ce dernier venait de faire l’acquisition de l’église anglicane Erskine and American, sise à l’angle de la rue Sherbrooke Ouest et de l’avenue du Musée, afin de convertir et d’agrandir le bâtiment dans le but d’y accueillir la collection d’art québécois et canadien.


« Je ne me souviens plus comment j’ai eu vent de ce projet, mais j’ai aussitôt pris contact avec les dirigeants du Musée des beaux-arts pour leur demander ce qu’ils entendaient faire de la nef de l’église. Comme l’église, même rénovée, ne pouvait convenir à des activités muséales, ils n’y avaient pas encore pensé. J’ai alors proposé, un peu au hasard, mon idée de convertir une église en salle de concert et, à ma grande surprise, ils ont non seulement accepté l’idée, mais ils l’ont fait avec beaucoup d’enthousiasme. La réussite de ce projet est une réussite d’équipe. »


Le projet de salle de concert pouvait donc aller de l’avant. « Mais le Musée des beaux-arts cherchait aussi un premier donateur privé afin de lancer le projet du nouveau pavillon. J’ai donc décidé de faire ce premier don de démarrage, en contrepartie de quoi le Musée des beaux-arts s’engageait à convertir la nef en salle de concert. » C’est d’ailleurs grâce à ce généreux don que le nouveau pavillon porte le nom des parents de Pierre Bourgie.


Au même moment, Pierre Bourgie met en place la Fondation Arte Musica, qui assumera la gestion de la salle et qui assurera une partie de la programmation. Il confie la direction d’Arte Musica à Isolde Lagacé, une amie et ancienne directrice du Conservatoire de musique de Montréal. « Une idée que nous avions ici était de faire un rapprochement, lorsque possible, entre la musique et les oeuvres exposées au Musée des beaux-arts. Par exemple, l’an prochain, le musée prépare une exposition sur la peinture française et une partie de la programmation de la salle sera consacrée à Debussy. Nous avons donné aussi une mission encyclopédique à la programmation, ce qui fait que la musique contemporaine comme la musique ancienne y trouveront leur place. »


Long et sincère engagement envers les arts


La passion de Pierre Bourgie pour les arts ne date d’hier. C’est d’abord par la musique qu’il fait la connaissance du monde des arts — enfant, il suit des cours de piano — pour ensuite s’ouvrir à d’autres disciplines artistiques, dont les arts visuels. « Pendant mes études en administration à l’Université d’Ottawa, nous étions obligés de prendre un cours hors faculté. Je n’avais aucune idée quoi choisir et j’ai choisi au hasard un cours d’histoire de l’art portant sur le dadaïsme et le surréalisme. À ma surprise, ce fut le cours le plus intéressant que j’ai suivi. Cela a aussi confirmé mon intérêt envers la culture. Aujourd’hui, je me considère à la fois comme un homme d’affaires et aussi comme un homme de culture, car, dans mon esprit, les deux milieux ne sont pas opposés. »


À sa sortie de l’université, il se joint à l’entreprise familiale, soit les maisons funéraires Urgel Bourgie, dont il prendra plus tard la direction. Ce sera aussi l’occasion de faire ses premiers pas en philanthropie. « Comme l’entreprise était connue, on sollicitait souvent notre aide, et c’est ainsi que j’ai commencé à m’engager. » Que ce soit dans le domaine social, avec l’hôpital Sainte-Justine, ou le domaine culturel, avec le Musée d’art contemporain, l’engagement civique de Pierre Bourgie n’a jamais fléchi. « Peu importe les projets, j’ai toujours grandement appris et je crois que nous devrions tous nous engager ainsi. »


Une philosophie d’engagement qui s’est poursuivie après la vente de l’entreprise familiale en 1996 et la création de la nouvelle entreprise, la Société financière Bourgie inc., dont il assume la direction. A-t-il de nouveaux projets en tête ? « Pour le moment, je me concentre sur celui-ci, car il y a encore beaucoup à faire pour en assurer son développement. Mais qui sait ? Le hasard fait parfois bien les choses. Ce projet de salle et de pavillon muséal en est la preuve. »


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Collaborateur