L’inévitable compromis franco-allemand

François Hollande et Angela Merkel: le couple franco-allemand est contraint de s’entendre pour relancer l’économie.
Photo: Agence France-Presse (photo) John MacDougall François Hollande et Angela Merkel: le couple franco-allemand est contraint de s’entendre pour relancer l’économie.

Paris — La volonté de François Hollande d’évoquer les très controversées euro-obligations lors duConseil européen d’aujourd’hui suscite des remous qui devraient s’apaiser devant l’obligation de résultat à laquelle est soumis le couple franco-allemand.

 

Les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-sept se réunissent à Bruxelles de manière informelle pour préparer le sommet européen de juin prochain, où des décisions doivent être prises pour relancer la croissance dans la zone euro.

 

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié hier des prévisions économiques qui insistent sur la menace que fait peser une éventuelle sortie dela Grèce de la monnaie unique et une possible contagion.
 

Le nouveau président français avait, pendant sa campagne électorale, présenté des propositions relativement consensuelles au niveau européen pour relancer l’activité économique.


Sujet sensible

Il y était question de mobilisation en faveur des PME des 80 milliards d’euros de fonds structurels européens non utilisés,de lancement d’euro-obligations pour financer des grands projets d’infrastructures et d’une augmentation des capacités de prêt dela Banque européenne d’investissement (BEI).


Même si ces mesures ne sont pas susceptibles de doper la croissance à court terme, elles sont étudiées depuis plusieurs mois à Bruxelles, comme l’a rappelé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, dans une lettre adressée lundi aux dirigeants européens avant le sommet d’aujourd’hui.
 

Si les Européens se sont concentrés jusqu’ici sur l’adoption d’un traité de discipline budgétaire, « le temps est venu de mettre plus l’accent sur les mesures plus directement liées à l’encouragement de la croissance et de l’emploi, dans la foulée de notre sommet de janvier », a-t-il écrit.
 

François Hollande avait quant à lui indiqué qu’il pourrait renoncer à son exigence d’une renégociation du traité de discipline budgétaire s’il obtenait satisfaction sur la croissance dans un texte séparé, tout en s’engageant à redresser les finances publiques françaises.


Le nouveau président est toutefois revenu mardi dernier lors de sa rencontre avec la chancelière allemande, Angela Merkel, sur une revendication qui était passée à l’arrière-plan ces dernières semaines, le lancement d’euro-obligations non pas pour financer des projets, mais pour mutualiser la dette.
 

Or, ce sujet touche une corde sensible en Allemagne, où l’on ne veut pas offrir une assurance tout risque à des pays comme la Grèce, qui pourraient emprunter à des taux très bas, ce qui allègerait la pression pour mener à biens les réformes.


« C’est la mauvaise prescription, au mauvais moment avec les mauvais effets secondaires », a déclaré à la radio allemande le ministre adjoint allemand aux Finances, Steffen Kampeter.
 

Un responsable allemand a réaffirmé cette position hier, soulignant que la position allemande ne changerait pas.


Penser à l’avenir

La ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, a quant à elle qualifié d’« absurdes » les idées d’euro-obligations.
 

« De la croissance financée par de la dette ? Ce sont des recettes d’avant-hier. Les arguments que développe François Hollande sont absurdes […] », dit-elle, citée par le journal Oberösterreichische Nachrichten.
 

Pour l’Allemagne, qui a déjà dû accepter des entorses autraité de Maastricht, qui interdit formellement le sauvetage de pays comme cela a été le cas avec le plan grec, et les actions de la Banque centrale européenne (BCE) en faveur des banques, accepter de tels mécanismes est politiquement impossible.
 

François Hollande, qui dispose toutefois de soutiens au sein de l’UE, a d’ailleurs pris soin de souligner qu’il n’entendait pas entrer en conflit avec l’Allemagne sur ce point.

« Je suis dans une démarche ou je n’interdis à personne deporter des propositions. De la même manière que je parle des eurobonds il est légitime que les Allemands parlent des réformes structurelles », a-t-il dit lundi lors de la conférence de presse finale du sommet de l’OTAN de Chicago.


Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank, estime d’ailleurs que la France n’exercera pas une pression « massive »pour imposer à l’Allemagne une idée dont elle ne veut pas.
 

« Je ne pense pas que les euro-obligations joueront un rôlecrucial dans la négociation. Hollande sait probablement qu’ils’agit d’une ligne rouge pour Merkel », explique-t-il.

Herman Van Rompuy s’est efforcé de déblayer le terrain pour éviter tout affrontement lors du Conseil européen d’aujourd’hui.
 

Toutes les idées, « même les plus controversées », doiventpouvoir être évoquées, a-t-il écrit dans sa lettre.
 

« Dans ce contexte, je pense aussi qu’il ne devrait pas y avoir de tabou en ce qui concerne les perspectives à long terme.Il n’est pas trop tôt pour penser à l’avenir et réfléchir à de possibles changements plus fondamentaux à l’intérieur de l’UEM[Union économique et monétaire] », a-t-il ajouté.
 

Le président du Conseil européen replace ainsi le débat dans un contexte qu’Angela Merkel est prête à accepter selon plusieurs de ses proches : les euro-obligations peuvent être un instrument utilisable une fois que tous les pays de la zone euro auront remis de l’ordre dans leurs finances publiques.
 

C’est ce délicat équilibre que Paris et Berlin, qui se sontengagés à présenter des propositions communes au Conseileuropéen de juin, devront trouver dans les semaines à venir,d’autant plus que la crise grecque les force à s’entendre.