Sondage - Aux citoyens d’assurer leur prospérité

Les Québécois comptent d’abord et avant tout sur leur propre engagement personnel pour assurer leur prospérité, rapporte un sondage. Des gouvernements, ils attendent surtout qu’ils mettent de l’ordre dans les finances publiques, et des compagnies privées, qu’elles créent plus d’emplois de bonne qualité et qu’elles investissent davantage dans leur compétitivité.

Près de quatre Québécois sur dix (38 %) estiment que ce sont les citoyens qui peuvent le mieux contribuer à l’atteinte de la prospérité au Québec, contre 29 % qui pensent que ce sont les entreprises privées et 27 % qui pencheraient plutôt du côté du gouvernement, révèle un sondage Léger Marketing réalisé pour le compte de l’Association des économistes québécois (ASDEQ) en vue de son congrès annuel qui se tiendra aujourd’hui et demain à Montréal.

Pour la plupart d’entre eux, il s’agit principalement « d’encourager les entreprises québécoises » (47 %) en privilégiant notamment, dit l’ASDEQ, l’achat chez nous. Un répondant sur cinq (19 %) pense plutôt pouvoir y arriver en investissant davantage dans sa propre éducation ou dans celle de ses enfants. Les jeunes de 18 à 24 ans se démarquent du lot en comptant beaucoup moins sur l’encouragement des entreprises par les citoyens (15 %) que sur leur plus grande participation dans la vie publique (36 %), que ce soit au niveau communautaire ou politique. Payer plus pour l’utilisation des services publics (5 %), fournir plus d’efforts au travail (5 %) et agir pour protéger l’environnement (4 %) arrivent beaucoup plus loin pour tous les groupes d’âge.


Cette conception individualiste et volontariste du développement économique se démarque de l’image généralement associée au Québec d’une société se tournant volontiers vers les outils collectifs pour assurer son épanouissement. « L’idée était d’aller voir quel levier les Québécois pensent avoir sur leur développement économique à une époque où l’on peut croire que l’on n’a plus aucun contrôle sur ce qui nous arrive à cause de la mondialisation », a expliqué hier au Devoir Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins et responsable, cette année, du programme du congrès de l’ASDEQ qui portera justement sur les choix du Québec pour arriver à la prospérité.


Priorité aux emplois


Réalisé par Internet du 9 au 11 avril auprès de 1001 Québécois, le sondage présente une marge d’erreur de plus ou moins 3 %, 19 fois sur 20. On y précise d’entrée de jeu que pour près de quatre répondants sur dix (37 %), une société prospère se reconnaît à ses emplois abondants et à ses salaires convenables, bien plus que par la croissance de son produit intérieur brut (23 %), les services essentiels (comme la santé et l’éducation) offerts gratuitement (21 %), sa capacité d’innovation (10 %) ou le faible nombre de pauvres (7 %).


Souvent placé au centre des stratégies de développement économique au Québec, l’État est pressé, cette fois, par trois répondants sur cinq (59 %), de s’occuper avant tout de « mieux gérer les fonds publics » s’il veut vraiment contribuer à améliorer la prospérité québécoise. Un quart des Québécois (24 %) voudrait plutôt qu’il s’attaque en priorité à « mieux redistribuer la richesse pour atténuer les inégalités sociales ». Ne restent plus ensuite que de maigres voix pour appeler les gouvernements à intervenir davantage dans l’économie (5 %), adopter des politiques plus écoresponsables (5 %), s’abstenir, au contraire, d’intervenir dans l’économie (3 %), ou augmenter l’accessibilité aux services publics (3 %).


Joëlle Noreau n’ose pas trop avancer d’explication sur cette apparente révision à la baisse du rôle de l’État dans l’économie. Elle rappelle cependant que des phénomènes comme le vieillissement de la population et la fatigue des infrastructures publiques forceront vraisemblablement les pouvoirs publics à adopter une approche plus conservatrice en matière de revenus et de dépenses qu’à l’époque où la population et les revenus étaient en pleine croissance et que tout était à construire.


Du côté des entreprises privées, plus du quart des répondants (27 %) s’attend à ce qu’elles s’occupent en priorité de créer plus d’emplois de qualité, soit un peu plus que ceux (24 %) qui voudraient surtout qu’elles investissent davantage pour être plus compétitive et productive. Un répondant sur cinq (20 %) préférait qu’elles commencent par payer plus d’impôt, mais cette proportion grimpe à 30 % chez les jeunes de 18 à 24 ans ainsi que chez les personnes dont le revenu annuel se situe entre 80 000 et 100 000 $. L’augmentation de leur investissement dans la formation de leurs employés (12 %), l’assouplissement de leurs conditions de travail (7 %), et l’adoption de méthode de production plus respectueuse de l’environnement (5 %) n’arrivent que loin derrière.


L’âge, le revenu… et le parcours de vie

Le coeur des Québécois continue de pencher à gauche sur certaines questions. Plus des deux tiers (71 %) des répondants estiment, par exemple, que « la solidarité contribue à la prospérité du Québec » et ils sont presque autant (70 %) à penser qu’il en serait de même si l’on procédait à une « plus grande redistribution des revenus ». Près de trois répondants sur cinq (58 %) croient également que « le succès des entreprises bénéficie surtout aux entreprises elles-mêmes ». Mais ils ne sont aussi que 18 % à penser que « les syndicats contribuent à la prospérité du Québec ». Étrangement, la protection de l’environnement est citée par très peu de monde (12 %).


Des écarts parfois importants apparaissent toutefois entre les réponses données par certains répondants. Au coeur du mouvement de contestation contre la hausse des droits de scolarité au moment de l’enquête, les jeunes de 18 à 24ans ont été plus nombreux à voir dans l’accessibilité des services publics l’un des enjeux importants pour l’atteinte de la prospérité (55 %, contre une moyenne de 36 %). Les plus riches et les plus vieux ont quant à eux eu plus tendance à s’en faire avec la santé des finances publiques et l’amélioration de la productivité. Phénomène remarquable, le petit groupe des 45 à 54ans se démarque aussi quant à l’importance qu’il accorde à la lutte contre la pauvreté (37 %), mais surtout à la création de bons emplois pour qu’une société soit prospère (43 %).


« Toutes ces différences dépendent du contexte économique actuel, de l’étape à laquelle les gens sont rendus dans leurs vies, mais aussi de leur parcours personnel, observe Joëlle Noreau. Ceux, par exemple, qui ont été frappés de plein fouet par les crises économiques du début des années80 et du début des années90 sont restés beaucoup plus marqués par la peur du chômage que peuvent l’être des jeunes qui débarquent aujourd’hui dans un marché de l’emploi aux prises avec des pénuries de main-d’oeuvre. »

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