Forum Plan Nord - Des perspectives d’emplois fort ambitieuses

Les autochtones participent au forum, eux qui ont été nombreux à manifester lors du Salon Plan Nord de Montréal, le mois dernier.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les autochtones participent au forum, eux qui ont été nombreux à manifester lors du Salon Plan Nord de Montréal, le mois dernier.

Québec - Dans sa volonté de présenter un projet industriel de grande envergure, le gouvernement Charest a probablement péché par optimisme lorsqu’il a chiffré à 20 000 la création et le maintien d’emplois en raison de son Plan Nord. En fait, il faudra peut-être envisager de diviser ce chiffre par deux, selon l’expert en développement Marc-Urbain Proulx. Et quoi qu’on fasse, le « chantier d’une génération » ne représentera qu’une très petite portion du PIB québécois.

Depuis le lancement de son Plan Nord, le gouvernement libéral n’a cessé de répéter que cet ambitieux projet de développement industriel d’un territoire en grande partie vierge allait générer et contribuer à maintenir au moins 20 000 emplois. Une récente étude du groupe SECOR a même avancé le chiffre de 37 000 emplois.

Mais pour Marc-Urbain Proulx, directeur du Centre de recherche sur le développement territorial à l’Université du Québec à Chicoutimi, ces chiffres sont on ne peut plus optimistes, voire exagérés. « Le chiffre présenté par le gouvernement est très optimiste. Je pense que, pour être réaliste, il faudrait peut-être bien le réduire de moitié. On peut certainement s’attendre à ce que ce soit moins important », a-t-il expliqué hier au Devoir, en marge du Forum Plan Nord 2012. Cette rencontre de deux jours, à laquelle participent 300 personnes, a pour but de poser un regard critique sur ce chantier tant vanté par le gouvernement Charest.


« C’est très difficile d’anticiper le nombre d’emplois qui seront créés. Mais la tendance nous indique clairement qu’on crée de moins en moins d’emplois pour extraire de plus en plus de minerai, a souligné M. Proulx. En fait, il faut de deux à quatre fois moins de travailleurs pour extraire la même quantité de minerai par rapport aux années 50 et 60. »


Il faut dire que la technologie a bien évolué au fil des décennies. Dans le cas du fer - qui représente plus de 40 % de la production minière au Québec -, il fallait 459 travailleurs pour extraire un million de tonnes en 1950. Il en faut aujourd’hui près de 150. Dans le cas de l’or, le nombre de travailleurs requis a été réduit de moitié au cours des décennies, alors qu’il a reculé de près de 90 % dans le cas du nickel. Une tendance lourde qui ne peut que se poursuivre, selon M. Proulx.


Qui plus est, les nouveaux projets qui seront développés au cours des prochaines années au Québec sont surtout conçus en fonction d’une exportation directe des ressources à l’état brut. On peut donc redouter une faible création d’emplois dans le domaine de la transformation. Marc-Urbain Proulx estime donc qu’il faudrait obliger les entreprises à en faire ici, ce que le gouvernement refuse catégoriquement de faire. Le Parti québécois aurait pour sa part souhaité inclure, dans la nouvelle Loi sur les mines, une disposition stipulant la nécessité de « maximiser » la transformation. Même fin de non-recevoir des libéraux.


Jacques Fortin, professeur de sciences comptables à HEC Montréal, estime quant à lui que l’ensemble des prévisions liées au Plan Nord sont difficiles à confirmer ou à infirmer. « Il nous faudrait beaucoup plus d’informations pour pouvoir se faire une idée précise des chiffres qui nous sont présentés. On ne sait pas, par exemple, qui va acheter nos ressources, ni quels seront les projets d’Hydro-Québec. Et est-ce qu’on va vendre notre électricité à perte ? »


Ce dont on peut toutefois être certain, selon lui, c’est que le programme promu par les libéraux se construit selon un « culte de la précipitation » potentiellement très risqué, surtout qu’il se développe dans un territoire « dont la fragilité peut se comparer à la forêt amazonienne ».


Et quoi qu’en disent ces défenseurs, le Plan Nord ne pourra être à lui seul la locomotive économique de la province. Selon les données les plus optimistes, le chantier industriel représentera, au mieux, 1,7 % du PIB. À titre de comparaison, le secteur touristique représente environ 2,5 % du PIB. Et si le « chantier d’une génération » génère les 20 000 emplois promis, M. Fortin a rappelé hier que le Québec en compte 4,2 millions. « C’est très peu. Ce qui est gros, ce sont les conséquences sur l’environnement et l’équilibre social. Ça, c’est très gros. »


Plusieurs autochtones qui participent au Forum Plan Nord ont d’ailleurs insisté hier sur les risques sociaux importants que fait peser ce projet sur leurs communautés respectives. Réal Mckenzie, chef de la nation innue Matimekush - Lac John, a même lancé un sérieux avertissement au gouvernement : « Sans le consentement des nations du Québec, le Plan Nord est un plan mort. »


Par ailleurs, Québec estime que les redevances minières s’élèveront à 400 millions de dollars par année au cours de la prochaine décennie. Mais le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a refusé de préciser au Devoir combien de mines ont effectivement payé des redevances au cours des deux dernières années. Cette information est considérée comme confidentielle.


4 commentaires
  • Cypriote - Inscrit 3 mai 2012 07 h 57

    Au secours, Nathalie!

    Je crois que ces spécialistes s'inquiètent pour rien. L'ancienne ministre Nathalie Normandeau, la «mère» du plan Nord, bien assise dans son bureau de l'entreprise privée, va tout nous régler cela, dans le plus grand respect du bien public et de l'éthique...

    • yves mailloux - Inscrit 3 mai 2012 15 h 26

      oui, vous avez surement raison !
      Un peu comme Hydro-Québec qui par mal chance a foré pour ses recherches à quelques mètres d'un des plus gros gisement mondial sans rien trouvé, alors qu'en vendant les droits de l'isle d'anticosti au privé, eux plus chanceux ont tous trouvés...

      Qui était au commande lors de cette vente ? quel Ministre ?


      Ca me rapelle une histoire de 40 milliards de perte a la caisse de dépôt ( incluant les PCAA) ou un Alban d'amour président du Comité des risques de la caisse est venu expliqué cette déconfitures en mentionnant a la chambre des communes qu'il s'agissait probablement d'Un Acte of good ( acte du bon dieu )

  • yves mailloux - Inscrit 3 mai 2012 08 h 36

    redevances minières

    Il serait très important de connaitre combien de mines ont effec tivement payé des redevances a la province de Québec au cours des deux dernières années, selon l'article cela serait confidentièle d'après le ministère des ressourses naturelles.

    Oui Combien de mines ont payés des redevances ?

    Combien aussi ont été subventionné et combien de montant ont t'ils recus pour leurs recherche et leurs exploitations ?

    Je mets formellement en demeure le ministère des ressources naturelles de nous répondre.

    yves mailloux
    geste.avec@yahoo.fr

  • MelB82 - Inscrit 3 mai 2012 16 h 57

    Des emplois pour qui?

    En plus de s'inquiéter pour les redevances, il faudra aussi savoir à qui iront ces emplois. Pour l'instant, plusieurs minières emploient des géologues de Terre-Neuve et de l'Ontario puisque ces minières ont un siège-social dans ce provinces. Même chose pour les études d'impacts préalables à ces travaux, seront-elles remises à des firmes au Québec ou les minières d'autres provinces préfèreront-elles faire affaire avec des cies de chez elles? Il ne faut pas oublier que les minières sont des compagnies privées qui ne sont pas soumises au processus d'appel d'offre publique dans l'octroi de contrats. Elles engageront qui ils veulent sans se soucier des lmites territoriales : elles ont le beau jeu "Construisez nous une route d'accès avec l'argent des québécois et on va vous l'exploiter votre sous-sol!"