Le prix de l'équilibre budgétaire: 100 000 emplois, dit Kevin Page

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Photo: Agence Reuters Christopher Pike
Kevin Page, le directeur parlementaire du budget.

Ottawa —Le frein appliqué aux dépenses publiques permettra probablement aux gouvernements du pays d'atteindre l'équilibre budgétaire, mais cela entraînera aussi un ralentissement de la croissance économique et la perte de 100 000 emplois, a prévenu hier le directeur parlementaire du budget.

Le plus récent rapport économique et fiscal publié par Kevin Page étonne, en convenant que le gouvernement Harper réussira à équilibrer le budget en 2015-2016 — et même possiblement un an plus tôt. Il prévient toutefois que les restrictions budgétaires ont un prix: les mesures adoptées par Ottawa retrancheront 52 milliards à l'économie, et celles des provinces un 9 milliards supplémentaire. «Le DPB [directeur parlementaire du budget] s'attend à ce que la restriction et les réductions des dépenses de programmes du gouvernement au Canada freinent la croissance économique et la création d'emplois, creusant davantage l'écart entre le rendement réel de l'économie et son rendement potentiel, et retardant la reprise économique», écrit l'agence fédérale indépendante du gouvernement.

M. Page doit témoigner aujourd'hui devant le comité des finances de la Chambre des communes, et évite les médias avant de rencontrer les députés. Son rapport a toutefois été mis en ligne.

Le document précise qu'il utilise les multiplicateurs de Finances Canada pour formuler ses prédictions en ce qui touche les emplois et la croissance, et qu'il croit le gouvernement sur parole concernant le frein aux dépenses et l'abolition de 19 000 postes au sein de la fonction publique. La prudence annoncée par Ottawa et les réductions aux dépenses de programmes réduiront son rôle au sein de l'économie à 5,5 % en 2016-2017, comparativement à 7,3 % actuellement. Cela aura un impact direct sur l'économie, prévient M. Page. Les restrictions et les réductions des dépenses prévues réduiront la croissance économique de 0,3 % cette année et de 0,88 % en 2014.

L'économie canadienne, conséquemment, connaîtra une croissance de seulement 1,6 % en 2013, soit huit dixièmes de point de moins que ce qui est prévu par la Banque du Canada et le secteur privé.

Sur le marché du travail, les restrictions se traduiront par 18 000 emplois de moins cette année et 108 000 emplois de moins en 2015. La plupart de ces pertes découlent des décisions fédérales, même si les restrictions provinciales auront aussi un impact. Le taux de chômage, qui est actuellement de 7,2 %, passera à 7,9 %en 2013, prédit le rapport.

Ces deux scénarios sont nettement plus pessimistes que le consensus des économistes, une situation que le DPB attribue aux restrictions du secteur privé et à une adaptation aux risques économiques.

Les réductions de dépenses et les coupes au sein de la fonction publique — surtout fédérale — auront toutefois l'effet recherché dans les finances gouvernementales. M. Page prédit que le gouvernement Harper réussira à équilibrer le budget en 2015-2016, comme il le souhaite, et qu'il pourrait même y parvenir un an plus tôt. De plus, Ottawa engrangera un solide surplus de 10,8 milliards en 2016-2017, soit environ 3 milliards de plus que ce que prédit le budget Flaherty.

Le DPB a fréquemment critiqué les prédictions fiscales trop roses d'Ottawa, mais semble maintenant être essentiellement sur la même longueur d'ondes que le gouvernement. De plus, l'agence croit que le gouvernement fédéral pourrait éliminer son déficit structurel sous-jacent dès l'an prochain, et que seule la faiblesse de l'économie sera responsable de la présence d'un déficit pendant encore quelques années. «L'amélioration envisagée du solde budgétaire du gouvernement à moyen terme est principalement attribuable aux mesures prises pour restreindre et réduire les dépenses de programmes directes; elle est donc de nature structurelle», précise le document.
2 commentaires
  • northernbud - Inscrit 26 avril 2012 11 h 44

    Ridicule

    100000 emplois de moins, avec les retombées négatives (chômage, perte de revenus fiscaux, etc) risquent tout simplement de replonger le pays en crise économique. Alors, goodbye le déficit zéro ! Ça prend pas un MBA pour comprendre ça.

  • Roland Berger - Inscrit 26 avril 2012 15 h 15

    100 000 emplois ?

    100 000 emplois ? Ça me rappelle quelque chose... Ah oui, c'est ce qu'a promis Robert Bourassa pour faire élire le parti libéral du Québec. Mais cela s'est passé en 1970, dans un passé très lointain, en politique, une éternité.
    Roland Berger