À Joliette - Le milieu québécois se concerte

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La transition écologique de l'économie et la création d'une agence québécoise de coopération internationale seront au centre des discussions à Joliette, le 26 avril prochain, lors d'un rendez-vous organisé conjointement par la Caisse solidaire Desjardins et le Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ).

Le thème de la transition écologique de l'économie, qui amorcera la journée de réflexion du 26 avril, tombe à point. Dans quelques mois, du 20 au 22 juin, la Conférence internationale de Rio+20 sur le développement durable s'articulera, entre autres, autour du grand thème de l'«économie verte».

Plusieurs acteurs de la société civile, ici comme à travers le monde, ont commencé à hausser le ton et manifestent leur crainte de voir l'économie capitaliste détourner cette conférence des objectifs de protection de l'environnement. «Il est très important d'avoir une stratégie de résistance au capitalisme vert, qui ne fait pas de véritable virage. On ne peut pas laisser aux entreprises privées le soin de fournir une réponse à la crise écologique, approuve Louis Favreau, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités. Mais attention ! L'économie n'est pas que capitaliste. Il y a une autre économie, qui consiste à entreprendre de façon collective avec des finalités sociales, et on est capable de démontrer qu'il y a eu des réussites significatives de l'économie solidaire au niveau du développement durable.»

L'économie sociale devient donc une solution de rechange à considérer sérieusement.

Concertation

La journée de réflexion du 26 avril s'inscrira donc dans la continuité de la rencontre internationale ayant été organisée le 17 octobre dernier par le GESQ. «On s'est dit qu'il fallait organiser, comme on l'avait fait en octobre, quelque chose qui irait encore plus loin, non seulement en vue de préparer Rio, mais aussi pour travailler sur la conversion écologique de notre économie au Québec et pour faire en sorte que nos projets de solidarité internationale soient encore plus écologiques qu'auparavant», explique M. Favreau.

«Les entreprises coopératives et associatives, avec leur finalité sociale, ont une porte ouverte sur le développement durable et il y a une démarche d'entamée», affirme-t-il. Le sociologue admet que ce virage peut parfois faire « l'objet de tensions et de débats», contrairement au raccourci parfois véhiculé qui prétend que, «comme l'économie sociale et solidaire a des finalités sociales, elle va avoir automatiquement des finalités écologiques. Ce n'est pas vrai.»

Cette transition écologique peut s'avérer complexe dans certains secteurs d'activité. Louis Favreau évoque les enjeux dans le milieu agricole. «On est dans un contexte d'agriculture industriellement intensive. À Chamonix, le débat tournait autour d'une agriculture écologiquement intensive. Une fois que les principes sont là, comment on les réalise? C'est une transition majeure qui va prendre des années et des années. Ce n'est pas facile à faire. Il y a beaucoup de débats dans les structures du mouvement coopératif à ce sujet, mais c'est un travail de longue haleine.»

Louis Favreau constate, par contre, que les coopératives forestières du Québec opèrent «un virage écologique assez fantastique», même s'il reconnaît qu'elles s'y engagent «plus par nécessité que par option: elles voient bien que la création d'emplois dans l'avenir passe par le reboisement, la plantation d'arbres, la biomasse».

Contrer le fédéral


L'université d'été du GESQ, qui se déroulera en après-midi au même moment où la Caisse solidaire Desjardins tiendra son assemblée générale, met à l'ordre du jour le virage engagé par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) depuis l'arrivée au pouvoir du Parti conservateur.

Suite à la divulgation par l'ACDI, le 23 décembre dernier, de la liste des projets financés, les organismes québécois de coopération ont constaté que leur financement venait de se réduire comme peau de chagrin. La SOCODOVI et UPA développement international, tous deux membres du GESQ, ont d'ailleurs encaissé une sévère réduction de leurs subventions.

«Ceux qui veulent que les coopératives et l'économie solidaire québécoise s'engagent davantage dans la coopération internationale sont pris avec un problème, qui est celui du financement public de leurs projets, parce que l'ACDI a radicalement modifié sa stratégie de financement des organismes», se préoccupe Louis Favreau.

Le 26 avril, un groupe de réflexion s'articulera donc autour de l'idée que Louise Beaudoin avait lancée dans les pages du magazine L'actualité, puis dans celles du Devoir, qui suggérait que le Québec crée sa propre agence de développement international. La députée amorcera la discussion, tandis qu'Alexandre Cloutier, député péquiste, et Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, ajouteront leur grain de sel à cette proposition.

Louis Favreau confie que le GESQ «va tenter de soutenir l'AQOCI et Madame Beaudoin pour que l'Agence québécoise de développement international soit un enjeu» lors des prochaines élections. À l'instar des Rencontres du Mont-Blanc, qui ont adressé vingt propositions reliées à cinq chantiers, dans une lettre envoyée à près de 200 chefs d'État dans la perspective de Rio+20, le GESQ prévoit dresser un cahier semblable en vue des prochaines élections. «Ce serait un tournant, parce que, généralement, si le mouvement syndical se prononce, le mouvement coopératif se tait en période électorale. Aux prochaines élections québécoises, ça se pourrait qu'il s'ouvre la boîte», prévient M. Favreau.

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Collaborateur du Devoir