Mort subite à 46 ans d'un homme d'affaires iconoclaste - Sylvain Vaugeois n'a pas eu le temps de réaliser son dernier projet

Sylvain Vaugeois, sur le lac Mékinac, avec son chien Ti-Boule, il y a quelques jours à peine.
Photo: Sylvain Vaugeois, sur le lac Mékinac, avec son chien Ti-Boule, il y a quelques jours à peine.

L'homme à l'origine de la Cité du multimédia et de la venue à Montréal du géant des jeux vidéo Ubi Soft n'est plus. Sylvain Vaugeois, homme d'affaires et lobbyiste bien connu pour ses idées innovatrices et son style coloré, est décédé dans la nuit de dimanche à hier d'une attaque cardiaque. Il avait 46 ans.

Sylvain Vaugeois était le président et fondateur du Groupe Vaugeois. Selon les observateurs de la scène économique, il a grandement contribué à faire de Montréal une des villes fortes en nouvelles technologies. Pour donner une impulsion à son désir de développer une métropole du multimédia, il a créé le plan Mercure, qui consistait à subventionner, à l'aide de crédits d'impôts, une partie des nouveaux emplois dans le domaine en plein essor des créateurs de jeux, plateformes et logiciels informatiques.

Pour prouver l'efficacité de son projet, il entreprend des démarches à l'étranger pour dénicher une multinationale qui voudra s'installer à Montréal. Le géant français des jeux vidéo, Ubi Soft, accepte en 1997 et déménage une partie de ses activités au Québec. Pour M. Vaugeois, c'est la preuve que son plan d'aide fonctionne.

La direction de Ubi Soft ayant récemment changé, personne dans les hautes sphères de l'entreprise ne pouvait témoigner de ses liens avec M. Vaugeois. Au service des communications, on affirme l'avoir côtoyé à quelques reprises dans différents événements. «Il était très coloré, il prenait beaucoup de place, se souvient Vincent Paquet, directeur des communications chez Ubi Soft. Il marchait droit, il savait où il s'en allait. Quand il avait une idée, il faisait tout pour que ça fonctionne.» Ubi Soft, toujours en croissance, compte aujourd'hui 690 employés à Montréal.

Inspiration

Le plan Mercure sera d'ailleurs l'inspiration d'un modèle d'aide qui sera reproduit, avec des variantes, dans plusieurs domaines et régions du Québec. La Cité du multimédia suivra cette idée, tout comme la Cité du commerce électronique, toujours en construction près du Centre Bell, à Montréal. Les carrefours technologiques qui verront le jour un peu partout dans la province en multimédia, en biotechnologie et en photonique s'inspirent de ce plan de crédits d'impôt. La Cité du multimédia, maintenant contestée et qui s'est vu couper l'aide gouvernementale dans le dernier budget provincial, abrite près de 6000 travailleurs.

Le chef de l'opposition, Bernard Landry, qui a bien connu M. Vaugeois, a qualifié ce dernier «d'entrepreneur visionnaire» et de «concepteur de projets novateurs», principalement dans le secteur de la nouvelle économie. «Ses stratégies ont permis notamment d'attirer la française des jeux Ubi Soft dont l'implantation à Montréal déclencha plusieurs autres investissements du même genre. Il a su voir loin pour le développement économique de Montréal et celui du Québec» a dit Bernard Landry par voie de communiqué.

À l'hôtel de ville de Montréal, Pierre Bourque a également souligné «l'homme exceptionnel» qu'était Sylvain Vaugeois. «J'ai travaillé avec lui pour la Cité du multimédia, a-t-il dit en entrevue au Devoir. Il était flamboyant, intense et intelligent. Il avait toujours de grandes idées. Il y a peu d'hommes comme lui dans sa génération. C'est vrai que souvent il tournait les coins ronds, surtout quand il s'adressait aux gens au pouvoir, à la Ville ou au gouvernement, au tout début d'un projet. Mais il savait se faire aimer. J'ai été bouleversé en apprenant sa mort ce matin.»

Personnage controversé

Sylvain Vaugeois avait défrayé les manchettes en 2002, alors que ses liens étroits avec le gouvernement du Parti québécois en tant que lobbyiste avaient été mis en lumière par les médias. Le Groupe Vaugeois recevait des ristournes sur les crédits d'impôt obtenus pour la création d'emplois dans la Cité du multimédia.

En 2001, il avait aussi tenté d'acquérir Unimédia et ses journaux Le Soleil, Le Droit et Le Quotidien. Le prix demandé était alors trop élevé selon lui. Dans la même période, le Groupe Vaugeois avait l'oeil sur Le Devoir. Là aussi, rien n'a été possible.

Avant son décès, l'homme d'affaires travaillait au développement d'un grand complexe récréotouristique sur les rives du lac Mékinac, en Mauricie, avec un associé américain. Le projet de 200 millions de dollars comprenait l'érection de 830 unités résidentielles et de trois auberges totalisant 200 chambres sur un terrain de 18 km2.

Sylvain Vaugeois voyait grand, comme toujours. Et il voulait que ça roule à fond de train dans chaque projet. Aucune demi-mesure. Il n'avait donc pas apprécié se faire ralentir par des fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles du Québec qui lui avaient ordonné de détruire le petit héliport qu'il venait de construire sur les terres publiques du lac Mékinac. Cet épisode du mois de mai dernier montre d'ailleurs toute la couleur du personnage. «Je suis écoeuré, avait-il dit au journal le Nouvelliste, de Trois-Rivières. Je passe des heures à méditer pour savoir quel projet pourrais-je développer qui me survivra. Je veux apporter la prospérité. Je ne peux pas abandonner la population qui est derrière ce projet à 100 %. Mais, pendant ce temps, des fonctionnaires me prennent pour un bandit et un homme qui n'a pas d'honneur. C'est vrai que je n'avais pas demandé la permission à personne, mais je ne pensais pas que c'était nécessaire pour faire des choses positives.»

Il laisse derrière lui sa conjointe et deux enfants. Les détails des arrangements funéraires seront annoncés plus tard cette semaine.

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