Rappport de l'OMC - La croissance du commerce mondial continuera de montrer des signes de faiblesse

Pascal Lamy, directeur général de l’OMC: «Nous ne sommes pas tirés d’affaire.»<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Fabrice Coffrini Pascal Lamy, directeur général de l’OMC: «Nous ne sommes pas tirés d’affaire.»

Genève — La croissance du commerce mondial, déjà affaiblie en 2011 après le rebond historique de 13,8 % en 2010, va encore fléchir cette année, avec une Union européenne peut-être déjà en récession et une Chine moins dynamique, a averti hier l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

En 2013, la situation devrait néanmoins légèrement s'améliorer, puisque l'OMC — qui pour la première fois publie des prévisions sur deux ans — s'attend à une légère reprise de la croissance du commerce mondial en volume, à 5,6 %. Ces prévisions supposent une croissance de la production mondiale de 2,1 % en 2012. D'ores et déjà, l'OMC prévient qu'il y a des risques importants pour la croissance, qui ne seraient pas sans conséquence sur le commerce.

«Plus de trois années se sont écoulées depuis l'effondrement du commerce en 2008-2009, mais l'économie mondiale et le commerce restent fragiles. La poursuite du ralentissement des échanges attendue en 2012 montre que les risques de détérioration restent élevés. Nous ne sommes pas tirés d'affaire», a déclaré le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy.

Les économistes de l'OMC estiment que la situation reste «fragile et incertaine, avec un risque accentué de détérioration».

En 2011, le commerce a ralenti sous l'effet de plusieurs chocs: crise de la dette souveraine en Europe, tsunami au Japon, inondations en Thaïlande et «printemps arabe».

D'un point de vue global, la valeur en dollars du commerce mondial de marchandises a augmenté de 19 % pour s'établir à 18 200 milliards, dépassant le record établi en 2008. Mais cette augmentation est due en grande partie à la hausse des prix des produits de base.

Par région, les résultats des économies développées ont dépassé les attentes, avec une croissance de 4,7 % en 2011, alors que ceux des économies en développement ont été moins bons que prévu, avec une croissance de 5,4 %, selon l'OMC.

Pour ce qui est des exportations, la croissance la plus forte a encore été enregistrée en Asie (+6,6 %) — avec un bond de 16,1 % en Inde tandis qu'en Chine elles ont augmenté de 9,3 % contre 28,4 % en 2011. En Amérique du Nord, elles ont progressé de 6,2 %, suivi du Moyen-Orient (+5,4 %), de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale (+5,3 %) et de l'UE (+5 %). En Afrique, elles ont en revanche reculé de 8,3 %.

Globalement, l'OMC s'attendait à un fort ralentissement de l'expansion du commerce en 2011. Mais en raison des multiples revers économiques survenus pendant l'année, la croissance s'est encore plus «essoufflée», conduisant à un ralentissement plus marqué que prévu au quatrième trimestre.

Ce ralentissement du commerce mondial devrait se poursuivre en 2012, avec une croissance de 3,7 %, un taux inférieur à la moyenne de 5,4 % des 20 dernières années. Si ces prévisions se réalisent, le volume du commerce mondial restera inférieur au niveau d'avant la crise.

Devant cette situation, les économistes du gendarme mondial du commerce mettent en garde les pays contre toute volonté de protectionnisme. «La lenteur de la reprise fait craindre que le recours limité mais soutenu à des mesures commerciales restrictives ne compromette peu à peu les bénéfices de l'ouverture des échanges», a souligné M. Lamy, appelant à «revitaliser le système commercial pour empêcher qu'un tel scénario se produise».