Acquisition - UPS, le géant prend du poids

Un camion de livraison de UPS est garé devant le siège social de TNT, qu’il vient d’acquérir.<br />
Photo: Agence Reuters Robin van Lonkhuijsen Un camion de livraison de UPS est garé devant le siège social de TNT, qu’il vient d’acquérir.

Amsterdam — Le groupe américain United Parcel Service (UPS) a accepté de débourser près de 5,2 milliards d'euros [6,9 milliards $ CAN) pour racheter son concurrent néerlandais TNT Express, ce qui permettra au numéro un mondial de la messagerie et de la logistique de se renforcer en Europe.

UPS, dont le chiffre d'affaires annuel sera ainsi porté à 45 milliards d'euros [60 milliards $ CAN], s'assure en outre l'accès aux réseaux développés par TNT dans plusieurs pays d'Asie et d'Amérique latine en forte croissance.

L'annonce de leur rapprochement pourrait se traduire par des difficultés accrues pour certains de leurs concurrents. L'allemand Deutsche Post DHL, leur principal rival en Europe, a demandé à la Commission européenne d'étudier attentivement le projet.

TNT a précisé que son directoire et son conseil de surveillance soutiendraient à l'unanimité l'offre d'UPS à 9,50 euros par action, supérieure de 0,50 euro à l'offre initiale présentée en février et qui représente une prime de 54 % sur le cours de clôture du 16 février, veille des premières déclarations sur le projet.

Le premier actionnaire du groupe, PostNL, qui détient 29,8 % du capital, a également dit soutenir l'opération.

«C'est un jour à la fois difficile et formidable, a déclaré Marie-Christine Lombard, p.-d.g. de TNT Express. Difficile parce que TNT est une entreprise fière et qu'il est difficile d'accepter d'être racheté; formidable parce que le rapprochement des deux entreprises [...] va vraiment créer un chef de file mondial sans rival.»

L'offre, qui sera en partie autofinancée, met fin à des années de spéculations sur l'avenir du néerlandais, scindé de PostNL, la poste néerlandaise, et coté séparément l'an dernier.

Confronté à la baisse de ses bénéfices et à des perspectives d'activité défavorables pour 2012, la direction de TNT était soumise aux pressions d'actionnaires «activistes» comme les fonds d'investissement Jana Partners et Alberta Investment Management, afin qu'elle trouve un acquéreur.

De son côté, UPS s'intéressait depuis longtemps à TNT dans le but de se développer en Europe, et notamment en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. TNT réalise les deux tiers environ de son chiffre d'affaires en Europe mais il est en croissance constante en Chine, en Inde et au Brésil, des régions qui intéressent aussi UPS.

UPS a précisé que le rachat aurait un impact positif sur ses résultats financiers dès la première année et qu'il est certain d'obtenir toutes les autorisations officielles pour la mener à bien.

Mais des analystes estiment que le nouvel ensemble pourrait devoir céder certaines activités pour obtenir le feu vert des autorités de la concurrence. «Nous nous attendons à ce que des cessions soient nécessaires pour obtenir les autorisations concurrentielles», a dit Robert Czerwensky, de DZ Bank.

Un porte-parole de Deutsche Post DHL a estimé de son côté que le rapprochement UPS-TNT se traduirait par le renforcement d'un acteur déjà important sur un marché dont le nombre d'acteurs est limité.

Un argument rejeté par l'américain. «Le marché européen de la logistique est très fragmenté et diversifié. Il ne s'agit pas d'un marché unique», a dit un porte-parole d'UPS.

Des syndicats ont déclaré pour leur part n'avoir pour l'instant obtenu aucune information sur d'éventuelles suppressions de postes résultant de la fusion.

«Nous sommes au début du processus. Il est bien trop tôt pour parler de doublons. Nous étudierons l'organisation et nous chercherons comment organiser au mieux le réseau», a simplement dit le p.-d.g. d'UPS, Scott Davis.

Son groupe prévoit que le rachat de TNT lui permettra d'accélérer sa stratégie de croissance mondiale en portant la part du chiffre d'affaires réalisée à l'étranger de 26% à 36%.

Elle apportera des synergies de 400 à 550 millions d'euros d'ici la fin de l'année lorsqu'elle sera, a priori, bouclée. Pour y parvenir, UPS précise qu'il engagera dans un premier temps des dépenses avant impôt de 1,3 milliard d'euros.

S'il émergeait une contre-offre contraignante dépassant l'offre d'UPS de 8 % au moins, TNT ou UPS auraient la possibilité de rompre leur accord. Mais les analystes doutent qu'un concurrent se présente, jugeant que le principal rival d'UPS, FedEx, dégagerait moins de synergies d'une telle opération.