William.coop et le commerce solidaire - Le chiffre d'affaires de william.coop avoisine aujourd'hui les 25 millions de dollars

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Aujourd’hui, Jacques Lambert estime que le chiffre d’affaires de william.coop avoisine les 25 millions de dollars et que les CPE membres ont fait des économies de cinq millions de dollars en cinq ans, soit une économie de 7 % en moyenne pour chacun d’eux.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Aujourd’hui, Jacques Lambert estime que le chiffre d’affaires de william.coop avoisine les 25 millions de dollars et que les CPE membres ont fait des économies de cinq millions de dollars en cinq ans, soit une économie de 7 % en moyenne pour chacun d’eux.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Commerce solidaire a amorcé ses activités cette semaine. Cette plateforme transactionnelle, développée sur le modèle de william.coop, vise à réduire les coûts et à structurer l'offre des produits et services des entreprises d'économie sociale, tout en facilitant la consommation responsable.

En 2005, plusieurs centres de la petite enfance (CPE) et bureaux coordinateurs (BC) de la garde en milieu familial ont créé une coopérative de solidarité iconoclaste: william.coop. Le but: rassembler «nos forces pour pouvoir négocier avec les fournisseurs», explique Jacques Lambert, directeur général de william.coop.

Dans l'objectif de réduire les coûts, ce regroupement de 638 CPE et BC négocie des prix à la baisse en achetant en gros des articles courants, comme des couches, des aliments, de l'équipement de bureau, des produits d'entretien, etc. Une plateforme web a été créée pour faciliter les transactions depuis toutes les régions du Québec.

La formule fait mouche. Aujourd'hui, Jacques Lambert estime que le chiffre d'affaires de william.coop avoisine les 25 millions de dollars et que les CPE membres ont fait des économies de cinq millions de dollars en cinq ans, soit une économie de 7 % en moyenne pour chacun d'eux. Un faible pourcentage de chaque transaction (3 %) retourne à la coopérative pour assurer son fonctionnement.

Reprise de formule

Le Chantier de l'économie sociale, soufflé devant cette utilisation inventive du pouvoir d'achat, a décidé d'élargir le modèle à l'ensemble des entreprises d'économie sociale. Ainsi, Commerce solidaire a entamé cette semaine un plus vaste regroupement d'achat. Une centaine d'entreprises d'économie sociale ont déjà signé leur adhésion, en plus des CPE intégrés à cette plateforme. Et 50 fournisseurs agréés répondent pour l'instant aux besoins. Le Chantier de l'économie sociale a délégué la gestion administrative de Commerce solidaire à william.coop, capitalisant ainsi sur son expertise éprouvée. Bien que le Chantier eût déjà mis en place un portail d'information et de répertoire, «cette expertise de william.coop, c'est ce qui manquait à l'économie sociale pour devenir plus accessible», assure Charles Guindon, directeur du développement et des outils financiers au Chantier de l'économie sociale.

Car Commerce solidaire innovera aussi en ajoutant, à partir de l'été prochain, un volet de commercialisation. Ainsi, sur une même plateforme de transaction, les entreprises d'économie sociale s'unissent pour acheter des articles et deviennent du même coup les fournisseurs pour les autres. Une façon de les aider à commercer ensemble.

Cette deuxième phase instaurera une boutique en ligne. Dans la plateforme, chaque entreprise possédera son site dans lequel il détaillera son catalogue. Elle pourra aussi y afficher des produits ou des services complémentaires offerts par d'autres entreprises membres, récoltant du même coup un pourcentage sur une vente effectuée via son site.

Mises en ligne

Jacques Lambert espère que de 2000 à 3000 boutiques seront mises en ligne. À l'automne, Commerce solidaire ouvrira son service d'achat au grand public, tant auprès des consommateurs que des gouvernement et des municipalités. «Ça permettra à des gens de faire des choix équitables et d'acheter localement plus facilement, sans avoir à faire un chemin de croix», dit Charles Guindon, aussi président de Commerce solidaire.

Bien que le site Internet transactionnel demeure un pilier, une entreprise d'économie sociale peut participer sans passer par la plateforme web. Certains membres de william.coop continuent de commander par téléphone en indiquant de vive voix leur code. Les factures sont acheminées à la coopérative et ensuite remboursées par ces membres.

Choisir son entreprise

Malgré le regroupement, les diverses missions des entreprises d'économie sociale seront toutes respectées au sein de ce modèle. Chacune d'elle aura la latitude de fixer des critères afin que son approvisionnement respecte sa politique d'achat responsable. «On met à leur disposition un ensemble de fournisseurs, puis, à partir de là, ils décident», résume M. Guindon. Par exemple, un organisme à but non lucratif peut demander de n'être approvisionné en nourriture que par des entreprises servant des aliments bio, et une coopérative peut indiquer qu'elle ne s'approvisionnera qu'auprès d'entreprises syndiquées ou d'entreprises de réinsertion pour un produit particulier.

D'ailleurs, Jacques Lambert précise que l'une des règles de william.coop consiste à «ne jamais donner d'exclusivité à un seul fournisseur dans un secteur d'activité. Il y a toujours au moins trois fournisseurs.»

Acheter localement

Aussi, Charles Guindon tempère les craintes, manifestées par plusieurs, de voir le marché local s'effriter dans un tel système. Au contraire, toute entreprise d'économie sociale pourra demander que ses fournisseurs soient établis dans sa région. «C'est extrêmement important que ce pouvoir d'achat serve au développement des collectivités», insiste M. Guindon.

«À mesure qu'un groupe d'achat régional, local, national ou sectoriel arrive avec une demande particulière, ça va faire un marché de plus pour william.coop, des fournisseurs additionnels à trouver», indique M. Guindon. Selon lui, si un groupe d'achat ne trouve pas de fournisseurs qui cadrent avec ses critères, cela mettra en lumière le besoin dans une région ou un secteur, ce qui incitera des entrepreneurs à combler ce marché «On va donner une variété. On va donner un choix en fonction d'une consommation responsable. Donc, on va aussi avoir un effet sur les fournisseurs privés. Ça va mettre au défi tout le monde qui fournit, parce qu'on va se regarder en fonction de nos missions et de nos ambitions», croit-il.

Inversement, Commerce solidaire respectera les limites que s'imposeront certaines entreprises s'inscrivant comme fournisseurs et ne les forcera pas à s'engager dans une logique de croissance. Commerce solidaire donnera possiblement plus de chances aux entreprises d'économie sociale de mieux former des consortiums afin de répondre à des appels d'offres.

Un Québec qui innove

M. Guindon et M. Lambert ne camouflent pas leur espoir de voir se mondialiser cette manière d'effectuer du commerce. Des transactions pourraient ainsi être facilitées entre, par exemple, le Chantier de l'économie sociale et le Forum brésilien d'économie solidaire, lorsque des entreprises d'ici désireraient s'approvisionner de manière équitable en articles qu'on ne peut acheter localement.

Jacques Lambert a d'ailleurs présenté son modèle lors du Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS), qui s'est déroulé à Montréal en octobre dernier. «Avec l'expérience de william.coop, c'est clair que c'est au Québec qu'on est le plus avancé dans la structuration de l'offre, des achats et des transactions dans le milieu de l'économie sociale», juge M. Guindon.

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Collaborateur du Devoir