Groupe investissement responsable - L'heure est à l'investissement responsable à impact élevé

Martine Letarte Collaboration spéciale
Olivier Gamache, président-directeur général du GIR<br />
Photo: GIR Olivier Gamache, président-directeur général du GIR

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il existe de plus en plus de stratégies d'investissement responsable à impact élevé. Tour d'horizon avec le Groupe investissement responsable (GIR).

Investir de façon responsable dans une entreprise, c'est bien. Mais opter pour une stratégie d'investissement à impact élevé, c'est encore mieux! Le GIR remarque même un vent de changement chez les grands acteurs de la finance. Plutôt que de travailler chacun de son côté, ils font maintenant une place à la collaboration.

«Il y a de plus en plus de partage d'information entre les investisseurs et de démarches communes qui se font auprès de dirigeants d'entreprise pour influencer leurs façons de faire», affirme Olivier Gamache, président-directeur général du GIR.

Auparavant, c'était pratiquement impossible de voir deux gestionnaires de portefeuille s'asseoir ensemble pour discuter de la gestion des risques d'une entreprise dans laquelle ils investissaient, remarque M. Gamache.

«Chaque joueur avait sa stratégie et chacun travaillait en solo, explique-t-il. Tout était toujours camouflé. Depuis deux ans, de plus en plus d'acteurs agissent conjointement pour exiger de meilleures pratiques dans des entreprises.»

La mondialisation de l'investissement

La collaboration se fait sur la scène locale comme internationale, notamment grâce aux Principes pour l'investissement responsable des Nations unies.

«Le cinquième principe mentionne qu'il faut travailler ensemble pour accroître l'efficacité dans l'application de ces Principes. Des investisseurs issus de différents pays mettent donc tout leur poids dans la balance pour faire changer les pratiques d'une entreprise ou d'un secteur d'activité», explique Olivier Gamache.

Cette collaboration ne se fait toutefois pas au grand jour. «Les dialogues opèrent souvent à huis clos, précise-t-il. Les investisseurs n'ont pas intérêt à ce que cela se sache. Ils ne veulent pas que l'entreprise dans laquelle ils investissent ait mauvaise presse.»

Le GIR est bien placé pour voir ces dialogues, puisque plusieurs demandes de collaboration d'investisseurs passent par lui. «Nous transmettons ces demandes de collaboration à notre réseau pour trouver des appuis, et vice-versa», précise M. Gamache.

Alors que les entreprises jouent le jeu de la mondialisation depuis des années, c'est donc maintenant au tour des investisseurs d'entrer dans le bal. «Cela rééquilibre les forces. La collaboration fait en sorte de l'investissement responsable devient un vecteur de changement beaucoup plus rapide. Il y a vraiment une mouvance en ce moment», remarque le p.-d.g. du GIR.

Investir dans des solutions


Une autre stratégie d'investissement à impact élevé consiste à investir dans des secteurs d'activité qui apporteront des solutions aux grands problèmes actuels. «Par exemple: les entreprises du secteur des technologies vertes. Cela permet d'aller chercher une plus-value écologique pour les investissements responsables en soutenant l'innovation», affirme Olivier Gamache.

Il faut toutefois être conscient du fait que ce genre d'investissement apporte une part d'instabilité au portefeuille. «Ce sont souvent des entreprises en développement, donc le risque y est plus élevé que si on investissait dans des entreprises bien établies. Toutefois, ce genre d'investissement a aussi l'avantage de pouvoir apporter une grande croissance au portefeuille si la technologie prend son envol», explique M. Gamache.

Le spécialiste de l'investissement responsable remarque que, en ce moment, l'eau est devenue l'enjeu de l'heure pour ceux qui cherchent à investir dans des secteurs stratégiques.

«Au début des années 2000, c'était plutôt l'enjeu des changements climatiques qui était prioritaire. Aujourd'hui, on intègre souvent l'eau et les changements climatiques dans le même enjeu, parce que c'est très lié», affirme M. Gamache.

Investir dans sa collectivité

Une autre façon d'augmenter l'impact de son investissement responsable est d'investir dans sa collectivité. Si cela donne un rendement traditionnel souvent plus faible que d'autres types de produit, ce type d'investissement donne en plus un rendement social.

L'investissement dans la collectivité peut se faire via les entreprises d'économie sociale et les fonds de travailleurs.

«Cela favorise la création d'emplois et améliore la qualité de vie au sein de la collectivité. Ce sont des types de rendement importants qui doivent être comptabilisés, mais ils sont difficiles à traduire en chiffres. C'est un des défis importants à relever pour le monde de la finance responsable, parce que les gens ont besoin de ces chiffres pour prendre leurs décisions», reconnaît Olivier Gamache.

Enlever les freins à l'investissement responsable

Si l'investissement responsable fait son petit bonhomme de chemin, certains éléments nuisent à sa progression. Aux yeux d'Olivier Gamache, l'état actuel des caisses de retraite en est un.

«Comme société, il faut prendre des décisions, affirme-t-il. Tant qu'on ne règle pas le problème du déficit actuariel, on crée une pression sur les investisseurs institutionnels. Cela crée une urgence et ils ont tendance à aller vers des investissements qui donnent du rendement à court terme. Cela se fait au détriment souvent de la création de valeur à long terme, prônée par la communauté de l'investissement responsable.»

Le GIR remarque aussi qu'il y a encore des efforts à faire pour mieux former les conseillers financiers. «Ça tarde, affirme M. Gamache. Toutefois, la plupart des établissements financiers ont sorti des produits dans le domaine de l'investissement responsable et ils offrent des formations. Les conseillers financiers doivent mieux connaître les produits si on veut qu'ils rejoignent un grand public. En ce moment, on commence à voir le progrès.»

Enfin, Olivier Gamache rappelle que c'est la période de l'année, en ce moment, où les actionnaires reçoivent les procurations pour exercer leur droit de vote dans les entreprises où ils investissent.

«Plusieurs ont tendance à la mettre au recyclage, mais les particuliers représentent 30 % des droits de vote dans le marché. Pour avoir un changement plus rapide, c'est important que tous aillent voter.»

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Collaboratrice du Devoir