Caisse d'économie solidaire - Oui à l'économie réelle!

Jessica Nadeau Collaboration spéciale
Le théâtre La Licorne à Montréal a pu s’offrir une cure de rajeunissement au coût de cinq millions de dollars.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le théâtre La Licorne à Montréal a pu s’offrir une cure de rajeunissement au coût de cinq millions de dollars.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un peu partout sur la planète, les Indignés de Wall Street ont dénoncé les dérives de l'économie boursière virtuelle l'automne dernier. Au Québec, sans descendre dans la rue, de plus en plus d'épargnants choisissent de favoriser l'économie réelle plutôt que l'économie virtuelle en optant pour des placements à rendement social de la Caisse d'économie solidaire. Tour d'horizon d'un phénomène en pleine croissance.

La Caisse d'économie solidaire a vu le jour il y a plus de 40 ans, en 1971, à l'initiative de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). L'idée de départ était de créer un réservoir d'épargne qui pourrait soutenir des projets à caractère social, afin d'assurer une plus grande justice sociale et un meilleur partage de la richesse.

Au fil des décennies, la Caisse d'économie solidaire, qui fait partie du Mouvement Desjardins, a développé un créneau qui lui est spécifique, à savoir le financement des entreprises en économie sociale, que ce soit des associations ou des coopératives, comme les centres de la petite enfance, les coopératives d'habitation ou les organismes d'insertion sociale. La Caisse a également un volet culturel et aide le financement de petites compagnies de théâtre et d'autres organismes à but non lucratif.

«La finance n'est pas la finalité; la finalité de la Caisse, c'est d'avoir un impact au niveau social et, de plus en plus, sur le plan écologique», explique Colette Harvey, directrice du développement stratégique pour la Caisse d'économie solidaire Desjardins.

La Caisse d'économie solidaire finance ces entreprises à caractère social avec l'argent déposé par ses quelque 12 000 membres, citoyens ou entreprises. Elle recueille cet argent notamment par le biais de son produit-phare, le placement à rendement social.

«C'est un produit de cueillette d'épargne qui nous est spécifique, précise Colette Harvey. Les gens viennent déposer chez nous pour des REER ou des comptes d'épargne libre d'impôt et cet argent-là nous sert à financer les entreprises en économie sociale.»

Le placement à rendement social est l'équivalent, dans un établissement financier régulier, d'un certificat de placement garanti ou d'un dépôt à terme. Ce sont des fonds dont le capital est garanti, avec un taux d'intérêt connu sur un certain nombre d'années. Selon la directrice du développement stratégique de la Caisse, les rendements sont équivalents. La seule différence, c'est que les fonds servent à financer des projets d'économie sociale au Québec, plutôt que des industries tous azimuts.

Économie réelle et économie virtuelle

La force de ce type de placement, c'est d'être ancré dans l'économie réelle, estime Colette Harvey. C'est peut-être même ce qui explique sa popularité croissante depuis quelques années.

«C'est un secteur qui est en progression chez nous, et on sent qu'il y a, chez les individus, un besoin de revenir à des projets qui sont dans l'économie réelle, c'est-à-dire des projets qui ne sont pas axés sur la Bourse. [...] C'est toute cette financiarisation de l'économie qui est actuellement montrée du doigt par des mouvements comme Occupy Wall Street, et c'est ce désir-là qu'on sent chez l'investisseur: revenir à des choses un peu plus terre à terre et dans son milieu.»

Le placement à rendement social est donc à l'abri de la spéculation. Mais il existe aussi des solutions de rechange pour ceux qui souhaitent tout de même profiter des rendements de la Bourse. «En lien avec notre mission, on comprend que les gens souhaitent diversifier leur portefeuille, alors on ne néglige pas cet aspect-là. Pour la portion du portefeuille que le membre souhaite faire progresser, on va offrir ce qu'on appelle les fonds socialement responsables — ou les fonds éthiques — qui sont offerts sur le marché québécois.»

Les placements à rendement social et les fonds éthiques sont deux types de produit financier complètement différents qui, à ce titre, ne peuvent être comparés en matière de rendements, estime Colette Harvey.

«Dans le cas du placement à rendement social, on finance une entreprise qui n'est pas en Bourse, c'est un placement dont le capital est garanti. Pour ce qui est du fonds éthique, c'est un actif qui est investi en actions à la Bourse sans garantie de capital, avec des rendements qui ne sont connus qu'à la fin de l'année. Ce sont deux produits qui ne se comparent pas, mais qui se complètent bien dans un portefeuille.»

Des projets pour changer le monde

Pour Colette Harvey, l'investissement socialement responsable est bien plus qu'une mode. Et les chiffres semblent lui donner raison. En effet, les actifs générés dans la finance solidaire et les placements boursiers à caractère éthique ont fait un bond faramineux dans la dernière décennie au Canada, passant de 50 milliards de dollars en 2002 à plus de 531 milliards en 2010. Sur la scène mondiale, ces mêmes actifs représentent 9000 milliards de dollars américains pour 2007 et 30 000 milliards pour 2011.

À elle seule, la Caisse d'économie solidaire a franchi le cap du milliard de dollars en 2011, dont près de 570 millions en dépôts dans le placement à rendement social. Cet argent a contribué au financement de centaines de projets sur la base de quatre enjeux fondateurs, soit le vivre-ensemble, l'écologie, la solidarité et la démocratie.

Des exemples? Colette Harvey en a à la tonne. Qu'on pense au théâtre La Licorne à Montréal, qui a pu s'offrir une cure de rajeunissement au coût de cinq millions de dollars, à la Maison du développement durable, aux nombreuses coopératives d'habitation ou à la nouvelle maison de Santropol roulant au centre-ville.

Au camp musical Saint-Alexandre, à Kamouraska, les jeunes auront de nouveaux espaces de pratique et un studio d'enregistrement, pendant qu'à Matane la bière coule désormais à flots dans un petit pub coopératif. Dans la Vieille Capitale, on a investi dans l'église centenaire qui accueille depuis 15 ans l'École de cirque de Québec.

Les projets sont nombreux. Trop nombreux pour que Colette Harvey puisse tous les énumérer. «Nous avons entre 700 et 800 entreprises que nous finançons. Travailler ici, c'est une bouffée d'air d'optimisme, parce que les gens ont des projets novateurs extraordinaires qui ont un impact social. C'est vraiment intéressant de travailler avec tous ces gens qui veulent changer les choses.»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Richard Evoy - Abonné 18 mars 2012 09 h 10

    Foutaise...

    Le capitalisme basée sur la dette demande une croissance économique infinie qui est fortement liée avec une demande accrue de ressources.

    Or les ressources de la planète ne suffisent déjà plus à nourrir cette croissance.

    La notion de développement économique durable est un leurre. C'est tout le système qui est au bord de l'effondrement...et c'est très bien ainsi car c'est pour l'humanité une occasion remettre ses véritables besoins au centre de ses préoccupation...et pas seulement de fournir du rendement au actionnaires comme le veut notre modèle économique actuel.