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Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Environ 11 000 des 18 000 étudiants du Cégep@distance proviennent du système régulier et sont déjà inscrits dans un collège au Québec. Ils suivent au Cégep@distance les quelques cours qui leur manquent pour obtenir un diplôme.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alain Jocard Environ 11 000 des 18 000 étudiants du Cégep@distance proviennent du système régulier et sont déjà inscrits dans un collège au Québec. Ils suivent au Cégep@distance les quelques cours qui leur manquent pour obtenir un diplôme.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue

Le programme est méconnu du grand public et pourtant il a fêté ses 20 ans cette année. Créé à la demande du ministère de l'Éducation, le programme du Cégep@distance prend naissance au Collège de Rosemont, qui est alors mandaté pour développer le Centre collégial de formation à distance. Ce type d'enseignement existait déjà, mais c'est en 1991 qu'il connaît un essor considérable. «C'est en 2002 que le Centre change de nom et devient le Cégep@distance. Avant cette date, on parlait surtout de cours par correspondance: on remplace le professeur par du matériel, et l'étudiant peut suivre sa formation à son rythme. Puis, avec l'évolution des moyens de communication, on en est venu à la télévision et on est aussi passé par les cédéroms, pour en arriver à Internet», explique Viet Pham, directeur du Cégep@distance.

Le fonctionnement du Cégep@distance est assez simple: c'est le bon vieux cours à distance qui s'est modernisé. «Depuis 20 ans, on a construit un patrimoine de cours basé sur le modèle du cours à distance, puis, depuis les années 2000, on commence à développer de plus en plus de cours plurimédias: un cours peut combiner du matériel papier avec Internet ou des DVD. On choisit le moyen qui convient le mieux aux besoins. Internet devient un outil parmi ceux qui existent déjà», explique M. Pham. Progrès technologique oblige, avec le temps, Internet prend de plus en plus de place et, peu à peu, les cours offerts sur d'autres supports s'adapteront à Internet.

Le Cégep@distance, c'est pour qui?

Ici, la clientèle est très variée... et très nombreuse: 18 000 étudiants! De ce groupe, 60 %, donc environ 11 000 étudiants, proviennent du système régulier et sont déjà inscrits dans un collège au Québec. Ils suivent au Cégep@distance les quelques cours qui leur manquent pour obtenir un diplôme. La plupart sont ici parce que le cours choisi ne se donne pas dans leur collège et peut-être aussi à cause d'échecs: «À cause de nombreux échecs, un étudiant peut être renvoyé d'un collège. Pour être réadmis dans un collège, l'étudiant doit faire la preuve qu'il peut réussir un cours de niveau collégial. Il peut passer par le Cégep@distance pour suivre un seul cours et retourner ensuite dans le collège de son choix.» Bref, ici on donne une petite chance à ceux qui n'en ont plus beaucoup.

Le reste de la clientèle, soit le groupe des 40 % (7000 étudiants), on les appelle, dans le jargon, «les admis»: ce sont des adultes dont la moyenne d'âge est de 27 ans et qui s'inscrivent au Cégep@distance pour un programme complet. Ces gens-là sont, la plupart du temps, déjà sur le marché du travail et de retour aux études. C'est donc ici qu'ils peuvent le mieux réaliser cette fameuse conciliation travail-famille. Pour cette clientèle, le cheminement est plus long que pour un étudiant régulier, parce qu'on n'y étudie pas à temps plein. Il y a aussi ces quelques étudiants qui sont appelés à voyager constamment: on pense entre autres aux athlètes de haut niveau et au personnel de l'armée. «On a des étudiants qui jouent dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. On a eu un soldat basé en Afghanistan qui a achevé tout son DEC chez nous.»

Avec ce grand nombre d'étudiants, on ne peut que constater que la formule plaît énormément. C'est toutefois un modèle difficile à exporter: comme le cégep n'existe qu'au Québec, son diplôme n'a pas vraiment d'équivalence et donc de reconnaissance ailleurs dans le monde. Pourtant: «On commence à avoir des demandes de partenariat de la part de certains pays comme Haïti, ainsi que des pays d'Afrique et du Moyen-Orient. On aimerait bien développer ce secteur», précise M. Pham.

L'offre de cours

Présentement, on offre plus d'une centaine de cours au Cégep@distance, trois DEC et trois AEC (attestation d'études collégiales). Les étudiants choisissent parmi des programmes en sciences humaines, en comptabilité, en éducation à l'enfance et en assurance de dommages. Quant aux cours offerts, le choix est vaste et va du cours de photo au cours d'astronomie, en passant par l'italien et les mathématiques. Avec ces cours, on peut terminer une formation générale, y suivre des cours complémentaires ainsi qu'acquérir les prérequis universitaires.

Dans les prochaines années, le Cégep@distance s'appliquera à bonifier son offre de cours. «On continuera à bien faire ce qu'on fait déjà, soit développer du matériel pédagogique pour l'apprentissage à distance, et on va enrichir cette offre avec plus d'interaction avec un mentor et avec les pairs. L'étape suivante sera la téléprésence, c'est-à-dire qu'on pourra réunir les étudiants dans divers campus avec vidéoconférence et qu'ils auront l'impression d'être en classe», explique M. Pham. De cette manière, on perd un peu de flexibilité, mais on gagne une clientèle qui est difficile à rejoindre et qui n'est pas nécessairement prête à étudier de manière complètement autonome.

Formation d'avenir

Avec ce type d'enseignement, on peut maintenant penser rejoindre tous les étudiants sur le territoire québécois: les murs tombent, les classes ne sont plus contingentées ou, à l'inverse, les cohortes ne sont jamais trop petites. Mais le plus grand enjeu dans l'enseignement à distance, c'est la persévérance.

La nature humaine étant ce qu'elle est, on a toujours tendance à remettre à plus tard. «On a un haut taux d'abandon, parce que, à force de remettre les choses à plus tard, les échéances arrivent et on n'est pas prêt. Nous, on travaille très fort pour remédier à ça.» Aujourd'hui, avec des échanges avec le mentor et avec les pairs, on tente de créer un sentiment d'appartenance qui pousse l'étudiant à poursuivre. Le taux d'abandon atteint de 30 à 35 %.

«Normalement, un étudiant qui confirme, après six semaines, vouloir continuer ses cours n'abandonne pas. Chez nous, les gens nous confirment vouloir continuer, mais souvent on se rend compte qu'ils n'ont rendu aucun devoir.» Afin de contrer ce phénomène, le Cégep@distance a mis sur pied tout un système qui assure le suivi avec les étudiants et procure ainsi une certaine persévérance.

«Mais quand l'étudiant persévère, il réussit mieux et le taux de réussite frôle alors les 96 %.» Pas mal, comme statistique!

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Collaboratrice du Devoir

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