Semaine québécoise des adultes en formation - Dix ans et un nouveau départ

Jessica Nadeau Collaboration spéciale
Emmanuelle Béguineau, coordonnatrice de la Semaine québécoise des adultes en formation (SQAF) pour l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA).
Photo: Semaine québécoise des adultes en formation Emmanuelle Béguineau, coordonnatrice de la Semaine québécoise des adultes en formation (SQAF) pour l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA).

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue

Pour le dixième anniversaire de la Semaine québécoise des adultes en formation, les organisateurs de l'événement espèrent donner un nouveau souffle à cet enjeu, qu'ils considèrent comme primordial pour le bon fonctionnement de la société.

«Si on a un souhait à exprimer pour les dix ans de la Semaine québécoise des adultes en formation, il s'agit de faire en sorte que ce soit le départ d'un nouveau cycle de mobilisation autour de la formation des adultes.» Tel est le voeu d'anniversaire d'Emmanuelle Béguineau, coordonnatrice de la Semaine québécoise des adultes en formation (SQAF) pour l'Institut de coopération pour l'éducation des adultes (ICÉA).

Elle espère que les gens comprennent l'importance de la formation en milieu de travail, mais aussi pour briser le cycle de l'analphabétisme. «Je souhaite que les gens n'aient pas peur de se former dans tous les domaines, que ce soit pour mieux profiter des loisirs, pour aider sa collectivité, pour améliorer ses relations et ses performances au travail. Toutes les raisons sont bonnes et les occasions sont nombreuses.»

Du 24 mars au 1er avril

La Semaine québécoise des adultes en formation, qui se déroule cette année du 24 mars au 1er avril, est née en 2002 à l'issue de la déclaration de Hambourg sur l'éducation des adultes, qui visait l'éducation pour tous tout au long de la vie.

Le gouvernement du Québec s'était alors engagé à mettre sur pied un programme de sensibilisation pour l'éducation des adultes. Après une étude de faisabilité qui a duré deux ans, c'est l'ICÉA qui a hérité du mandat de porter le projet d'une semaine thématique.

«Nous avons réussi à convaincre différents acteurs en région, des acteurs du milieu de l'éducation formelle, mais aussi du secteur communautaire et du milieu du travail, se rappelle Emmanuelle Béguineau. Petit à petit, nous avons élargi nos bases, non seulement en allant chercher des partenaires de plus en plus nombreux, mais également en multipliant et en déclinant les thématiques.»

La particularité régionale


La Semaine québécoise des adultes en formation (SQAF) existe dans un certain nombre de pays, de même que dans les autres provinces canadiennes. Mais deux éléments permettent à la version québécoise de se démarquer des autres, selon sa coordonnatrice. «La particularité au Québec, c'est que le gouvernement a intégré la SQAF dans sa politique d'éducation des adultes et de formation continue. L'autre élément qui fait notre originalité, c'est l'enracinement dans les régions.»

Selon elle, la mobilisation dans les régions est très forte grâce à la contribution des 17 tables régionales de coordination qui fixent les priorités locales et régionales selon leurs réalités respectives. Cette collaboration a permis à la SQAF de proposer plus de 1000 activités sur l'ensemble du territoire l'an dernier, qui ont rejoint quelque 173 000 Québécois.

«C'est important de sensibiliser les gens à la nécessité de la formation des adultes. Nous sommes dans un monde qui bouge énormément, où les gens doivent continuellement se réadapter à de nouvelles réalités. Cela veut dire qu'ils doivent acquérir de nouvelles connaissances. Une personne qui n'a pas suffisamment de qualifications va avoir du mal à progresser dans la vie.»

Sensibilisation

Chaque année, la SQAF jette un éclairage particulier sur un certain nombre d'aspects bien précis de la formation tout au long de la vie, avec pour leitmotiv le slogan «1001 façons d'apprendre».

Pour la dixième édition, les organisateurs ont décidé de mettre l'accent sur trois orientations stratégiques, la première étant la formation en milieu de travail. «C'est pour sensibiliser les employeurs au développement de l'offre de formation pour leurs employés et sensibiliser les travailleurs à la nécessité de mieux se former pour accéder à des postes plus importants», explique Emmanuelle Béguineau.

On tend également à faire la lumière sur l'alphabétisation familiale, afin de briser le cycle de l'analphabétisme dans les familles plus démunies. «On parle ici de familles qui vivent des difficultés particulières, que ce soit d'ordre financier ou intellectuel, car souvent, lorsque les parents n'ont pas été suffisamment formés, ils ne réussissent pas à susciter le goût d'apprendre chez leurs enfants.»

Enfin, on s'arrête sur l'éducation en matière de citoyenneté, une thématique nouvelle pour la SQAF. «C'est très vaste, convient Emmanuelle Béguineau. Ça peut être, par exemple, de savoir comment s'intégrer à un conseil d'administration ou de comprendre pourquoi il est important d'aller voter aux élections municipales, mais ça englobe également toutes les offres de formation qui se développent dans le secteur du bénévolat.»

L'adulte apprenant en vedette

Tout au long de la semaine, plusieurs activités tenteront de convaincre les adultes de l'importance de retourner sur les bancs d'école, que ce soit terminer leur études secondaires, aller chercher un diplôme universitaire ou tout simplement pour acquérir une courte formation en milieu de travail.

La SQAF propose donc des soirées honorifiques pour les adultes apprenants, des colloques, conférences et ateliers, des cours de tango ou d'écriture de chanson, de même qu'une tournée régionale du documentaire Nou les écrivins, des réalisateurs Simon Trépanier et Abraham Lifshitz, une oeuvre cinématographique mettant en vedette les membres d'un groupe en alphabétisation du quartier Centre-Sud de Montréal.

Au cours des cinq dernières années, c'est le comédien Jici Lauzon qui a été le porte-parole de l'événement. Cette année, les organisateurs ont plutôt choisi de se tourner vers une équipe d'ambassadeurs, composée du comédien Guy Thauvette, de l'actrice Sophie Faucher et du sociologue Serge Bouchard.

«Nous voulions travailler avec plusieurs figures, mais ce que nous voulions surtout, c'est de mettre en vedette des adultes apprenants. C'est pourquoi les personnalités qui ont accepté de prêter leur voix et leur image pour faire la promotion de l'éducation des adultes sont jumelées avec de vrais adultes apprenants.»

La réalité et les accomplissements des adultes apprenants sont également mis en valeur par le biais de «La grande lecture», une activité qui réunit des adultes apprenants et des artistes sur scène. À Québec, des artistes feront, en duo, la lecture d'oeuvres d'adultes apprenants à la bibliothèque Gabrielle-Roy, alors que, à Montréal, c'est la Ligue nationale d'improvisation qui sera mise à contribution pour participer, avec des adultes apprenants, à des improvisations sur des thèmes liés au vécu de ces derniers.

Et, bien que le cap des dix ans soit passé, il reste encore plusieurs défis à relever pour les organisateurs de la Semaine québécoise des adultes en formation.

«Les défis sont nombreux, soupire Emmanuelle Béguineau. Il faut donner un nouveau souffle à la formation en milieu de travail, faire comprendre que le droit à l'éducation est un droit pour tout le monde et susciter une mobilisation de tous les acteurs concernés par les différents aspects de l'éducation et de la formation.»

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Collaboratrice du Devoir

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