Le Mouvement québécois des adultes en formation - Quels droits pour les 370 816 adultes en formation?

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le MQAF souhaite ni plus ni moins une loi-cadre qui ferait de la formation de base un droit.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le MQAF souhaite ni plus ni moins une loi-cadre qui ferait de la formation de base un droit.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Non seulement les étudiants des centres d'éducation des adultes (CEA) et des centres de formation professionnelle (CFP) ne peuvent pas se regrouper en association, mais ils ne peuvent pas non plus former des comités d'élèves. C'est avec désarroi que le Mouvement québécois des adultes en formation (MQAF) a appris ce vide juridique, il y a quelques mois, de la voix de représentants du ministère de l'Éducation (MELS).

Depuis qu'il a été informé de cette situation, le MQAF réclame carrément une modification de la Loi sur l'accréditation et le financement des associations d'élèves ou d'étudiants, afin d'y inclure les centres d'éducation des adultes (CEA) et les centres de formation professionnelle (CFP). Si la réponse du MELS devait être négative, le MQAF envisage de proposer une résolution en assemblée générale, lors du 10e colloque des adultes en formation, prévu les 31 mars et 1er avril prochains, qui l'autoriserait à «aller rencontrer la Commission des droits de la personne pour lui expliquer qu'il y a peut-être une discrimination systémique», déclare Robert Martin, président du MQAF.

Issu du colloque des adultes en formation, le MQAF visait, dès ses débuts, à promouvoir le droit des étudiants des CEA et des CFP de «former de véritables associations accréditées», explique M. Martin. Comme le gouvernement ne voulait pas modifier la Loi sur l'accréditation et le financement des associations d'élèves ou d'étudiants, il a plutôt conseillé au MQAF de passer par la Loi de l'instruction publique, qui prévoit la création de comités d'élèves, rapporte Robert Martin. Bien que cette loi n'accorde pas aux comités les droits de percevoir des cotisations, d'afficher à certains endroits et d'occuper un bureau, le MQAF avait décidé de respecter ces indications. Il a soutenu depuis la création de plusieurs comités d'élèves à travers les CEA et les CFP du Québec.

Or, il y a quelques mois, le ministère de l'Éducation a indiqué au MQAF que les adultes n'étaient pas compris dans les mesures concernant les comités d'élèves. Celles-ci n'encadrent en fait que les élèves du secondaire et n'ont pour but que de favoriser la responsabilité sociale des jeunes. Robert Martin demeure surpris de voir que, après environ une dizaine d'années, «la loi dans laquelle on nous disait de fonctionner ne nous le permettait pas».

Dossier complexe

Toujours sans réponse quant à leur revendication, au moment d'écrire ces lignes, Robert Martin dit tout de même comprendre la complexité que peut représenter le traitement d'un tel dossier pour le ministère. N'empêche, «ce sont des adultes. Ces gens-là devraient avoir les mêmes droits qui sont prévus dans les cégeps et les universités, pour être capables d'assurer leur représentation», insiste l'homme à la barbe blanche et au sourire bienveillant. Selon les statistiques publiées par le MELS en 2008, le Québec compte 370 816 étudiants adultes, dont 164 309 dans les CEA et 98 775 dans les CFP.

Il s'agit donc, pour le MQAF, de la première bataille à achever. «Tant qu'on n'est pas capable d'avoir une clarification juridique de ses droits et de la façon qu'on va pouvoir assurer sa représentation, c'est difficile.» Une situation qui exclut le point de vue des étudiants dans la gestion de ces établissements scolaires. «Il y a toutes sortes de règlements dans les CEA. On ne peut les contester nulle part, parce qu'on n'a pas une association étudiante qui va rencontrer la direction, qui va mettre un point à l'ordre du jour, signaler tel problème ou telle situation.»

Cet obstacle à l'association laisse aussi les adultes en formation sans voix au sein de la société québécoise. Le MQAF, à l'origine, répondait à la volonté de créer un mouvement qui pourrait leur assurer une représentation politique auprès du gouvernement, un peu comme les étudiants collégiaux ont la FECQ et les étudiants universitaires ont la FEUQ et l'ASSÉ. «Les jeunes, dans les universités, ont un poids de négociation qui est important. Ils ont les capacités de faire de la recherche, de faire entendre les besoins de leurs membres, alors que, chez les adultes au Québec, il n'y avait rien.» Reconnaître le droit de se regrouper dans les CEA et les CFP permettrait à des associations d'amasser des cotisations. Ce mouvement nourrirait, en bout de ligne, le MQAF ou toute autre fédération qui permettrait aux adultes en formation de mieux s'organiser et de se faire davantage entendre dans l'espace public.

Revendications


Or, au-delà du droit d'association, les adultes en formation ont beaucoup d'autres revendications. Au bout de neuf colloques, le MQAF a déjà constitué un vaste programme politique. Il préconise, entre autres, que toute personne qui retourne à l'école et qui n'a pas encore complété une formation de base, soit la 5e secondaire ou l'équivalent, «devrait avoir accès à ses études gratuitement, avec l'aide financière nécessaire sous forme de bourse et non de prêt». Une démarche qui aurait des retombées collectives, selon M. Martin. «Ça permettra à des personnes, par la suite, d'être réintégrées au marché du travail. Elles pourront payer des impôts parce qu'elles auront des revenus. Puis, elles pourront aussi payer des taxes parce qu'elles auront une capacité d'action. Sinon, on les limite à l'aide sociale toute leur vie», dit M. Martin, très sensible à cette réalité puisque lui-même a été un raccrocheur qui a réussi à terminer sa 5e secondaire avant de s'inscrire à l'université.

Le MQAF insiste aussi pour que soit respectée la liberté de choix des adultes qui veulent retourner aux études. Il pourfend les critères utilisés par les Centres locaux d'emploi (CLE) et Emploi Québec pour déterminer si la personne mérite l'aide financière en regard du domaine de formation qu'elle choisit.

Persévérer?

Le MQAF exige aussi de meilleurs services pour les adultes en formation. «Quand on a des jeunes qui ont des problèmes de dyslexie ou des problèmes psychosociaux dans nos écoles, on va les aider. Il va y avoir des spécialistes qui vont les rencontrer, comme des psychologues. À l'éducation des adultes, il n'y a rien.»

Le MQAF souhaite ni plus ni moins une loi-cadre qui ferait de la formation de base un droit. «C'est une obligation pour le jeune de rester à l'école jusqu'à 16 ans. Pour nous, c'est insuffisant.» Lorsqu'il devient majeur, tout devrait être mis en oeuvre pour donner à l'ancien décrocheur l'accès à une formation en vue de satisfaire «un autre besoin fondamental: le droit au travail, à un revenu, à l'autonomie», argumente M. Martin.

Le colloque des adultes en formation aura, cette année, pour thème la persévérance. Un clin d'oeil aux nombreux organismes qui scandent ce mantra depuis quelques années. «C'est une façon de dire: "C'est bien beau, vos grands discours, mais que fait-on quand on est dans la merde, dans la misère, qu'on n'a pas d'argent, qu'on ne nous reconnaît pas? On est bien d'accord que vous nous parliez de persévérance, mais il faudrait que vous nous en donniez les moyens".» Plus de 200 participants sont attendus à cet événements. La ministre Line Beauchamp avait prononcé une allocution lors du colloque tenu l'année dernière.

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Collaborateur du Devoir