Le Plan Nord essuie un premier revers

20 mai 2011: Jean Charest est à Fermont avec le vice-président d’ArcelorMittal, Peter Kukielski, qui annonce alors un investissement de 2,1 milliards. Hier, l’entreprise a confirmé qu’elle retardait une partie de cet investissement qui, disait-on en mai, était attribuable au Plan Nord du gouvernement Charest<br />
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot 20 mai 2011: Jean Charest est à Fermont avec le vice-président d’ArcelorMittal, Peter Kukielski, qui annonce alors un investissement de 2,1 milliards. Hier, l’entreprise a confirmé qu’elle retardait une partie de cet investissement qui, disait-on en mai, était attribuable au Plan Nord du gouvernement Charest

Contrairement à ce qui avait été annoncé en mai dernier lors d'une importante sortie médiatique à laquelle participait le premier ministre Jean Charest, il n'est absolument pas acquis qu'ArcelorMittal construira une deuxième usine de transformation du minerai de fer à Port-Cartier, et ce, malgré la hausse substantielle de la production de sa mine de Mont-Wright. Le minerai supplémentaire pourrait donc être exporté sans être transformé.

La multinationale exploite déjà une usine qui produit des boulettes de fer à partir d'un concentré du minerai extrait près de Fermont. Celle-ci en produit 9,5 millions de tonnes chaque année. Mais selon ce qui avait été affirmé en mai dernier, ArcelorMittal comptait doubler la production de boulettes en construisant une deuxième usine, toujours à Port-Cartier.

La première usine emploie actuellement 300 personnes. La construction de la deuxième aurait permis de faire passer le nombre de travailleurs à plus de 800. Une expansion rendue nécessaire en raison de la décision de hausser la production de concentré de fer à la mine de Mont-Wright. Et selon ce qu'a précisé hier le directeur, communications et affaires publiques de l'entreprise, Éric Tétrault, la croissance de la production a déjà commencé. Elle doit passer de 14 à 24 millions de tonnes par année.

Au total, les investissements — présentés par les libéraux comme la preuve que la multinationale est «un acteur de premier plan» du Plan Nord — devaient totaliser 2,1 milliards de dollars. Tous ces chiffres sont inscrits dans le communiqué diffusé par le gouvernement le 20 mai 2011. Celui-ci précise que l'usine doit être terminée «au printemps 2014».

Or, il n'est pas certain que cette seconde usine sera un jour construite. Selon les informations obtenues par Le Devoir, une personne qui avait été engagée par ArcelorMittal pour travailler de près au projet de développement des nouvelles installations a été congédiée il y a déjà quelques semaines. Cette personne a dit croire qu'ArcelorMittal souhaite donner priorité à l'exportation de concentré de fer, au lieu de se lancer dans la construction d'une nouvelle usine de boulettage.

M. Tétrault a expliqué pour sa part que l'entreprise évaluait toujours la pertinence de construire une nouvelle usine de boulettage. «On n'est pas en mesure d'annoncer quoi que ce soit en ce moment, a-t-il expliqué au Devoir. On est dans une période d'incertitude économique qui nous joue des tours pour la question de la boulette. C'est un marché qui est plus difficile à définir pour l'avenir prévisible que le marché du concentré, qui apparaît plus solide pour les prochaines années.»

Le concentré en question est produit directement sur le site situé près de Fermont. Il est ensuite transporté par train jusqu'à Port-Cartier, où il peut être transformé en boulettes. Il peut aussi être mis à bord de bateaux pour être exporté, sans transformation.

Éric Tétreault a toutefois assuré que la construction d'une nouvelle usine était présentement étudiée. Mais pour le moment, ArcelorMittal travaille sur l'augmentation de sa production de concentré de fer et sur l'«expansion» de ses infrastructures de «transport» et de «manutention» à Port-Cartier. «Est-ce qu'on assortit ça d'une usine de boulettage? On espère avoir des réponses plus claires dans les prochains mois», a-t-il dit.

La décision sera annoncée lorsque la minière aura terminé ses études de faisabilité. «Tant qu'on n'a pas un portrait plus précis de la demande pour nos boulettes faites à Port-Cartier sur nos marchés habituels, il n'y a pas de décision prise quant à l'usine.»

Le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, a reconnu la semaine dernière qu'ArcelorMittal profitait du tarif L, soit environ 4,5 ¢ le kilowattheure, pour l'approvisionnement électrique de sa mine située près de Fermont. Selon lui, la multinationale a droit à ce tarif préférentiel parce qu'elle fait aussi de la «transformation» au Québec. Et au dire du ministre, un refus du gouvernement «aurait peut-être compromis les investissements» annoncés en mai 2011. Lors de l'annonce des investissements prévus de 2,1 milliards, Nathalie Normandeau, alors ministre des Ressources naturelles, avait vanté le travail des dirigeants d'ArcelorMittal. «Ils sont alignés sur le modèle d'affaires novateur du Plan Nord», avait-elle déclaré.

Hydro-Québec a refusé de rendre public le contrat signé avec ArcelorMittal. La société d'État a toutefois admis que l'entreprise avait obtenu le tarif L. Une entente décriée par le Parti québécois, qui a accusé les libéraux de vendre à perte l'électricité, lorsqu'on tient compte du coût des nouveaux kilowattheures. Selon certains économistes, l'hydroélectricité qui sera produite au complexe de la rivière Romaine devrait en effet coûter 10 ¢ le kilowattheure.

ArcelorMittal est présente dans une soixantaine de pays. Elle a cumulé des revenus de 94 milliards en 2011.
7 commentaires
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 28 février 2012 07 h 59

    Les coûts

    La nouvelle taxe sur le carbone, elle sera de combien pour une nouvelle usine de boulettes de fer?

  • Notsag - Inscrit 28 février 2012 08 h 38

    On s'est fait roulé proprement

    Si le marché du fer était si incertain, on ne doublerait pas la production de 12 à 24 millions de tonnes.

    Il est donc assez clair que ce minerai sera transformé ailleurs.

    Pendant que la minière ne fait que de vagues promesses, sans de véritables engagements, H-Q, elle, signe des contrats fermes sur la base de telles promesses.

    Donc résumons. Arcelor metal possède maintenant le minerai, se sont fait quasiment donner l'énergie, et maintenant on fait un doigt d'honneur aux naïfs "natives".

  • Hermil LeBel - Inscrit 28 février 2012 13 h 12

    Le valet de service

    Toujours la même stratégie : On annonce un investissement colossal qui permet de dorer la pilule de l'arnaque au sujet de l'énergie subventionnée par la collectivité afin de permettre à ces multinationales milliardaires de mieux venir voler nos ressources naturelles. Charest agit en valet au service des corporations délinquantes.

  • Donald Bordeleau - Abonné 29 février 2012 00 h 07

    Perte de 1000 emplois avant de les avoir. Arcelor a obtenu 4.5 cents KWH. Des pewwe qui gouvernement

    Avec 60,000 pertes d’emplois en 2011, il semble que se ne sera pas mieux en 2012. Arcelor Métal ou notre PM à couper un gros ruban recule maintenant, ils ont reçu l’assurance du coût de 4.5 cents KWH. Encore 1000 emplois qui ne seront pas créés.

    Notre PM devrait investir dans l’éducation. La savoir c’est payant, il ne semble pas comprendre cela.

    Je trouve que Monsieur Bouchard en parle au FM 93.3 aime bien descendre les étudiants, il est mal informé. Si je vous imposais une augmentation de ce type pour une autre raison exemple les aînés ont endetté la jeune génération donc il serait normal qu’il paie la même somme pour alléger la dette. D’abord on sait très bien que nous n’avons pas endetté la jeune génération, on n’avait rien au départ mais comment défaire les mythes lorsque nous avons des préjugés sur les autres sans d’abord détenir les vrais informations. J’en ai marre des radios poubelles qui se servent de la radio pour faire de la publicité.

    Ce Monsieur Bouchard est de la même race que Jeff Fillion il aime utiliser les médias pour vendre sa propre cause. Malheureusement beaucoup adhère à sa thèse sans vérifier le bien fondé. Si le gouvernement avait le courage de s’engager à limiter les dépenses folles tels que l’îlot voyageur, des recteurs qui partent avec 1 million de bonis en plus du condo payé.

    Si le gouvernement nous donnait les vrais chiffres investis dans les universités nous aurions peut être des surprises. Je crois que les étudiants ont une juste cause cependant je n’accepte pas le vandalisme.

    De plus si les aînés avaient un peu de courage ils descendraient dans la rue, écouter les étudiants pour connaître leur point de vue avant de porter des jugements faussés. Il est temps au Québec de tendre la main entre les générations, au lieu de se massacrer au grand plaisir de Monsieur Bouchard, radio 93,3.

    Je suis retraité et je vais appuyer les étudiants le 22 m

  • Jacques Morissette - Inscrit 29 février 2012 12 h 23

    Le Plan Nord n'est pas qu'un risque économique, il est aussi un risque politique.

    Les entreprises qui acceptent de vivre une aventure économique avec le Plan Nord mettent en même temps sur la balance la politique Libérale.

    Parce que le Plan Nord n'est pas surtout économique, il est un projet pour faire lever la politique de Jean Charest. Pour s'attirer les entreprises, Jean Charest met trop d'argent public sur la balance.